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FL 2 3128

Vivaldi Per Archi: Concertos pour cordes

Compositeurs
Date de sortie 26 mars 1998
Numéro de l'album FL 2 3128
Periodes Baroque

Informations sur l'album

Pendant près de quarante ans, Antonio Vivaldi (1678-1741) dirigea à Venise les jeunes musiciennes du Pio ospedale della Pietà et composa pour elles un nombre incalculable d’œuvres dans tous les genres et pour tous les instruments du temps. Nul doute que leur entrain et leur total engagement eurent sur l’art vivaldien une influence décisive, et qu’en retour la direction du Prete rosso sut discipliner l’énergie de ces jeunes personnes pour faire de leurs prestations l’orgueil de la Sérénissime.

Vivaldi et l’Ospedale della Pietà

La république de Venise compte à l’époque et depuis plusieurs siècles quatre institutions charitables, prévues au départ pour être des hôpitaux, au sens qu’on donnait alors à ce mot, c’est-à-dire tant des lieux de soins que des asiles. Ce sont : l’Ospedale dei Derelitti, un orphelinat aussi nommé Ospedaletto; San Lazzaro dei Mendicanti, d’abord un lazaret puis un refuge pour mendiants; l’Ospedale degli Incurabili, soignant les malades chroniques — le premier hôpital public de l’histoire, fondé en 1485 — et l’Ospedale della Pietà. Mais, voyant graduellement se greffer à leur mission originale des fonctions d’éducation et de formation musicale, ces maisons sont devenues avec le temps de véritables conservatoires.

L’État leur confie le soin d’élever les enfants illégitimes de sexe féminin, les orphelines et parfois les prostituées Dio convertite, c’est-à-dire repenties; quant aux garçons, sans doute plus faciles à placer en adoption ou à faire travailler sur les chantiers navals ou dans les ateliers de quelque artisan, seuls les Incurabili les admettent. Pour toutes ces jeunes filles, la vie quotidienne se déroule comme dans un couvent et, malgré le témoignage de nombreux voyageurs qui rapportent maintes frivolités et galanteries, les règlements sont stricts et les punitions sévères.

Le régime, monastique, prévoit les heures de sommeil et de prière, le silence et la lecture aux repas, la messe quotidienne, la confession fréquente et les travaux divers — coudre les voiles des navires de la Sérénissime —, tandis que les manquements amènent retenues de salaire, amendes, isolation ou coupe de cheveux. La couleur de l’uniforme de chaque maison est prévue : il est bleu, couleur de la foi, aux Incurabili; blanc, couleur de la virginité, aux Derelitti; violet, couleur du deuil, aux Mendicanti; et rouge, couleur de la charité, à la Pietà. Bien peu de pensionnaires prononcent leurs vœux cependant, car on les destine au mariage.

Comme le note Marcel Marnat, « la coutume s’était en effet établie, dans la bourgeoisie et la petite noblesse, de venir chercher là quelque épouse qui, peut-être, n’aurait pas l’expérience du monde »; sans compter qu’on y choisit aussi parfois une maîtresse. Sont permises les visites une fois le mois, en présence d’une aînée, et parfois des sorties de groupe supervisées par une prieure. Les figlie di commun sont les plus nombreuses, qui reçoivent une éducation générale comprenant le latin, l’arithmétique et les choses de la foi; les musiciennes sont les figlie di coro, qui apprennent également à chanter ou à jouer des instruments et qui ont pour tâche de copier la musique. Les meilleures d’entre elles deviennent les privileggiate di coro; elles enseignent aux débutantes les techniques instrumentales, la théorie musicale, et elles dirigent les exercices et les pratiques; ce qu’elles ne peuvent assurer est confié à des maîtres « de bonne éducation et de bonnes mœurs ».

Au nombre d’une cinquantaine à la Pietà à l’époque de Vivaldi — l’institution compte alors plus de 1 000 pensionnaires —, ce sont les privileggiate qui donnent les concerts vocaux et instrumentaux. Tantôt gratuits, tantôt payants — ils sont une source de revenus non négligeable —, ceux-ci sont très courus par la noblesse vénitienne et les visiteurs étrangers. L’orchestre et les chœurs sont alors cachés au public par des grilles, si bien que plusieurs virtuoses deviennent célèbres sans qu’on connaisse leurs visages! Les avis sont unanimes à louanger le haut niveau musical des concerts de la Pietà; Joachim Quantz en 1726 les place au premier rang, et le président de Brosses écrit en 1739 : « Celui des quatre hôpitaux où je vais le plus souvent et où je m’amuse le mieux, c’est l’hôpital de la Pietà: c’est aussi le premier pour la perfection des symphonies. Quelle roideur d’exécution! C’est là seulement qu’on entend ce premier coup d’archet, si faussement vanté à l’Opéra de Paris ».

Certaines de ses musiciennes sont passées à l’histoire, leur nom accolé à celui de leur instrument : ainsi nous sont connues Anna-Maria del violino — au sujet de laquelle le voyageur Christoph Nemeitz déclarait en 1721 que peu de virtuoses du sexe masculin l’égalaient —, Lucietta dalla viola, Catharina dal cornetto et autres Bianca Maria organista. Et, tandis que la Marietta chante en 1715 au théâtre San Angelo dans l’Agrippina de Hændel, c’est avec une violoniste formée à la Pietà, Regina Strinasacchi — une génération après Vivaldi cependant —, que Mozart jouera pour la première fois en 1784 sa Sonate pour violon K. 454.

Tout juste après avoir été ordonné prêtre, Vivaldi entre à la Pietà en septembre 1703 comme maestro di violino. Son contrat, qui doit être renouvelé chaque année, prévoit qu’outre le violon, il doit enseigner les viole all’inglese — de diverses tailles, elles sont munies de cordes sympathiques comme la viole d’amour — et voir à l’achat et à l’entretien des instruments. Il travaille sous la direction du maestro di coro Francesco Gasparini, qui lui confie graduellement des tâches plus importantes, comme la direction des ensembles et la composition. Ainsi, c’est en 1716 que Vivaldi sera nommé maestro di concerti, mais il se prévalait de ce titre depuis déjà plusieurs années.

À partir de 1713, après le départ de Gasparini, il reçoit une rémunération supplémentaire pour composer des œuvres religieuses pour des effectifs de toutes dimensions, motets, parties de messe et oratorios. Il est arrivé que son contrat annuel ne soit pas reconduit, en 1709 par exemple, mais son lien d’emploi ne fut jamais tout à fait rompu, ses compositions ne cessant d’être jouées. Vivaldi s’absente parfois de l’institution, principalement pour organiser hors de Venise et hors d’Italie les représentations de ses opéras, mais même alors, on exige qu’il fournisse chaque mois quelques concertos. Cette collaboration prend fin en 1740, année où Vivaldi se rend à Vienne, invité par le duc de Saxe-Meiningen; il y meurt un an plus tard d’une « inflammation interne ».

Concertos pour orchestre à cordes

Ses premières compositions coïncident avec son arrivée à la Pietà; dédiées au comte Annibale Gambara, les douze sonates de l’opus I sont publiées à Venise en 1705. Ce sont des sonates en trio, genre obligé dont Corelli vient de fixer le modèle et dans lequel les jeunes compositeurs font leurs premières armes. Vivaldi rend hommage au maître mais se pose aussi comme son égal : la dernière sonate du recueil est en effet constituée de périlleuses variations sur La Folia, thème qu’avait employé Corelli dans la dernière sonate de son opus V.

Les premiers concertos de Vivaldi sont ceux de l’opus III, recueil intitulé L’Estro armonico, c’est-à-dire « le jaillissement harmonique », publié à Amsterdam en 1711 — les imprimeurs hollandais utilisaient des techniques plus modernes que les Vénitiens — avec une dédicace au prince Ferdinand III de Médicis. Écrits pour un, deux et quatre violons solos, ils font le pont entre le concerto grosso de Corelli et le concerto moderne; avec sa virtuosité d’écriture et l’intérêt constant de son dialogue musical, l’essentiel du génie de leur auteur s’y manifeste pleinement, et ces douze concertos auront dans toute l’Europe un retentissement considérable.

Vivaldi n’a publié qu’une petite partie de ses concertos pour divers instruments — où les cordes dominent — et la plupart, écrits pour ses jeunes élèves de la Pietà, ont été conservés en manuscrits. Ses sources d’inspiration sont multiples et empruntent parfois à des sujets descriptifs.

À côté des Saisons, le concerto pour violon intitulé L’Amoroso, composé vers 1725, évoque, avec sa tonalité de mi majeur, associée à la paix et à la joie, le bonheur de l’état amoureux. Quant au concerto Alla rustica, il est marqué au coin des musiques populaires vénitiennes. Il fait partie de ces concertos sans soliste, dans lesquels Vivaldi se préoccupe uniquement de faire sonner l’orchestre des cordes. Appelé tantôt concerto ripieno, tantôt sinfonia, et confondu avec l’ouverture d’opéra, ce type de concerto est écrit à quatre parties; particulier à Vivaldi, on y retrouve une écriture homophone, souvent éclatante, et parfois, dans des tonalités mineures, le style fugué.

Par leur déroulement et leur recherche de sonorités, tant sur le plan de la masse que sur celui du détail, ces concertos, que Walter Kolneder décrit comme des « études orchestrales », posent les fondements de la symphonie classique. Il est des compositeurs parfaitement insérés dans leur milieu musical et dont l’inspiration correspond exactement aux moyens que celui-ci met à leur disposition.

Des pensionnaires de la Pietà, dont les plus douées n’avaient pour toute distraction que le plaisir de faire ensemble de la musique, Vivaldi a su tirer le meilleur parti; cet instrument de travail exceptionnel, ce laboratoire, permit que s’épanouisse « l’œuvre immense et complexe d’un des génies les plus discutés et pourtant les plus indiscutables de la musique », pour reprendre les mots de Marcel Marnat.

La nouveauté, l’élan, la fraîcheur et l’immédiateté de l’art de Vivaldi, qualités qui nous touchent encore aujourd’hui, n’auraient pu s’épanouir, n’eut été la jeunesse et la disponibilité de ses élèves. Et le travail qu’il a su leur imposer montre assez que peuvent aller de pair discipline et liberté créatrice.

© François Filiatrault

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À propos

Angèle Dubeau & La Pietà
Angèle Dubeau
AN 2 8724

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