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AN 2 8762

Liszt, Rachmaninov: Sonates

Interprètes
Date de sortie 12 mai 2009
Numéro de l'album AN 2 8762

Informations sur l'album

Lauréate du Premier Grand Prix lors de l’édition 2008 du Concours Musical International de Montréal, la pianiste Nareh Arghamanyan interprète pour son premier enregistrement deux chefs-d’œuvre du répertoire pour piano, des sonates de Liszt et de Rachmaninov.

 » Très cher Franz, à ce moment-là je te sentais près de moi. Ta sonate est belle au-delà de toute expression, grande, gracieuse, profonde, noble, sublime comme tu l’es. Elle m’a touché au plus profond de moi-même et d’un seul coup, toute la misère de Londres est oubliée.  »
?Richard Wagner, 5 avril 1855

Liszt : Sonate pour piano en si mineur, S. 178

Ample, libre, orchestrale, l’unique Sonate de Liszt reste un monument pianistique. Composée entre 1852 et 1853, elle s’articule, selon la forme cyclique, en un seul grand mouvement. Si le choix de Liszt d’opter pour un matériau thématique minimal a étonné ou choqué ses contemporains qui ont multiplié les critiques assassines – notamment Schumann, dédicataire de l’œuvre –, la Sonate se veut plutôt prolongement naturel des derniers essais du genre de Beethoven, tant au niveau de sa conception psychologique que de l’exploitation du bithématisme.  » Je puis construire avec quelques éléments seulement un édifice musical. […] Ce n’est pas dans la prodigalité que réside l’essentiel, mais dans la limitation à ce qui est absolument essentiel « , précisait lui-même le compositeur. Cette apparente absence de cadre lui permet également de magnifier le dialogue et le combat dramatiques entre les deux idées maîtresses.

L’œuvre s’ouvre sur une introduction lente, construite sur une gamme hongroise (ou tzigane) descendante qui se dissout en deux sol répétés, séparés par un soupir particulièrement prégnant, qui contient en son germe la trame narrative de tout ce qui suivra. Une fois le rideau levé, les deux principaux éléments antagonistes sont présentés. Le premier, en doubles octaves, volontaire, rugit à coups de larges intervalles. Le deuxième surgit, sans transition, un rire éructé par un Méphisto troublant de proximité. Après un autre silence, une lutte violente s’engage entre les deux thèmes, l’un et l’autre ne cédant pas un millimètre de terrain. Le premier remporte une brève victoire, bientôt soutenu par un rappel de l’introduction, qui finira par se fondre dans un nouveau thème, Grandioso, solennel mais lyrique, se hissant au-dessus d’une masse harmonique particulièrement dense. Cet intermède laisse la voie libre à une relecture mélodique du premier thème ornée d’arpèges. Le sujet diabolique l’interrompt promptement, avant de se métamorphoser en un sublime nocturne qui se consumera en une cadence tissée de trilles.

L’apaisement n’est point consommé que l’engagement reprend de plus belle, le compositeur démontrant ici sa maîtrise du contrepoint, les motifs se liant l’un à l’autre à travers augmentations, renversements, superpositions. Les octaves zèbrent la partition, sardoniques, jusqu’à ce que réapparaisse le Grandioso, porté par un souffle puissant. Liszt intercale subtilement des bribes de récitatif issu du premier thème, bientôt balayé par le rire démoniaque, qui finit par s’unir à une version en accords du premier thème. Un répit est accordé aux combattants avec l’Andante sostenuto, propice au recueillement. Le Grandioso semble en émerger, plus tragique que lumineux. Liszt nous prépare à une nouvelle confrontation, les deux motifs devenant les sujets d’un spectaculaire passage fugué, âpre, rêche, incisif. Des gammes descendantes interrompent à peine les hostilités. Le Grandioso renaît de ses cendres, avec une vigueur herculéenne. Liszt convoque une dernière fois le nocturne, avant de précipiter la pièce vers une conclusion en apparence échevelée. Pourtant, les forces abandonnent progressivement les deux belligérants. La sérénité s’installe peu à peu, teintée des rappels thématiques presque grinçants. L’œuvre s’achève comme elle s’est amorcée, par une sombre descente de gamme, atténuée par des accords éthérés dans l’aigu. Un si grave, ultime coup de timbale; la Sonate est happée par le néant.

Rachmaninov : Sonate pour piano no 2 en si bémol mineur, opus 36

Tout comme Liszt, Rachmaninov, érige ses partitions avec la constance du bâtisseur. Convaincu de la nécessité de demeurer le serviteur d’une architecture supérieure, il tentera toute sa vie d’atteindre économie de moyens et simplicité d’expression. Il expliquait à la poétesse Mariette Shaginyan que chaque pièce devait être façonnée autour de son point culminant :  » Toute la masse sonore doit être mesurée, la profondeur et la puissance de chaque son doivent être rendues avec un degré suprême de pureté et de progression et ce sommet s’accomplit dans un geste du plus haut naturel apparent, même si, en fait, son accomplissement est le plus grand art.  » Malgré tout, constamment, il doute. Écartelé entre ses diverses identités – pianiste, chef d’orchestre, compositeur, père de famille –, les décisions à assumer, Rachmaninov tente d’atteindre un délicat équilibre.

Un exemple éloquent en demeure sa Deuxième Sonate en si bémol mineur, opus 36, amorcée en 1912 à Rome (dans une chambre autrefois occupée par Tchaïkovski) et complétée l’année suivante, à l’ombre des bouillonnements d’une imminente révolution. Ouragan d’octaves, magma sonore d’une puissance redoutable, l’énergie brute traverse cette sonate. Pourtant, en filigrane, on y décèle une certaine fragilité, une instabilité parfois presque précipitée, fragments kaléidoscopiques des sentiments de Rachmaninov. Près de 20 ans plus tard, Rachmaninov remaniera entièrement l’œuvre, éliminant des sections entières et gommant en partie la rugosité de certaines lignes mélodiques.

En trois mouvements liés entre eux par de nombreux recoupements thématiques, l’œuvre assume son romantisme et se veut tour à tour passionnée, désespérée, énergique, tendre. Les accalmies soudaines s’y multiplient, balayées par une écriture de haute voltige pianistique. Dès le premier fulgurant arpège descendant, les fondements tremblent. Le tumulte deviendra drame, puissance, mélancolie, adoptera certaines intonations tziganes, carillonnera à tue-tête – aucune surprise ici, la Sonate ayant été composée en même temps que sa symphonie chorale Les Cloches. Le Lento reste une page des plus émouvantes, empreinte d’une tristesse songeuse, sur laquelle semblent se briser les emportements d’un monde qui court à sa perte. L’œuvre se déploie enfin en un flamboyant et majestueux troisième mouvement, l’un des plus électrisants jamais écrits par le compositeur.

© Lucie Renaud

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À propos

AN 2 8745 Max Richter Portrait
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