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Le Petit livre d’Anna Magdalena Bach (extraits)

À l’été 1720, alors que Bach séjourne à Karlsbad avec son employeur, le prince Léopold d’Anhalt-Coethen, survient, totalement inattendue, la mort de sa femme Maria Barbara; elle sera enterrée le 7 juillet, avant le retour de son mari musicien. Âgé de 36 ans et père de quatre enfants, Bach songe bientôt à se remarier, mais ce n’est qu’un an plus tard qu’il fixe son dévolu sur Anna Magdalena Wilcke (ou Wülcken), une jeune cantatrice de seize ans sa cadette qui se produit parfois à la cour de Coethen; il l’épousera en décembre 1721, soit un an et demi avant d’être engagé comme cantor à Saint-Thomas de Leipzig.

Il n’est pas impossible qu’Anna Magdalena Bach ait dû renoncer à des projets de carrière à l’opéra afin de s’occuper des enfants du premier lit de son mari, enfants alors âgés de six à treize ans. Et l’on sait bien peu de choses de sa vie à l’ombre du grand Bach, si ce n’est qu’elle mettra au monde treize enfants, dont sept dans les sept années suivant le mariage, et qu’elle sera durant près de trois décennies une épouse exemplaire, entretenant le ménage et sachant bien recevoir les très nombreux cousins, amis et élèves de son mari, dont la maison est toujours pleine.

On faisait beaucoup de musique chez les Bach, comme on peut s’en douter, et le témoignage le plus attachant de cette activité domestique reste le Notenbüchlein vor A.M. Bachin ou  » Petit livre d’Anna Magdalena Bach « , dans lequel plus d’un apprenti musicien a reçu, depuis, ses premières leçons de piano ou de clavecin. Il y avait eu deux autres de ces  » petits livres  » dans la famille: celui copié en 1720 pour l’éducation de Wilhelm Friedemann et comprenant les premières versions de quelques préludes du futur Clavier bien tempéré ainsi que les Inventions et Sinfonies à deux et trois voix, et celui, daté de 1722, qui rassemblait pour Anna Magdalena les cinq premières Suites françaises, mais dont les deux tiers environ sont aujourd’hui perdus. Le recueil qui fait l’objet de notre disque a ceci de particulier cependant que lorsque Bach l’offre à sa femme en 1725, il n’est qu’amorcé. Anna Magdalena y ajoutera avec les années le premier Prélude du Clavier bien tempéré, les deux premières Suites françaises – la seconde incomplète –, l’Aria qui servira aux variations  » Goldberg « , ainsi que des pièces vocales souvent anonymes, airs, chorals et lieder évoquant le plus souvent l’apaisement, le sommeil ou le repos éternel. Elle transposera également en sol majeur, pour son propre usage, le premier récitatif et la seconde aria de la Cantate Ich habe genug BWV 82, cette dernière aria se présentant sans les ritournelles instrumentales et ne prévoyant pour seul accompagnement que la basse continue. À côté de ces œuvres, figurent, copiées par divers membres de la famille, de nombreuses pièces toutes simples, écrites souvent dans le style galant. Notés de façon anonyme et sans doute dans un but pédagogique, ces menuets et polonaises, qui devaient également servir à l’apprentissage de la danse, ne sont pas de la plume de Bach père, mais de divers compositeurs, tels Christian Petzold ou Johann Adolph Hasse.

Au delà du nom illustre auquel il se rattache, le Petit livre d’Anna Magdalena Bach reste le témoignage par excellence de cette pratique musicale privée, ou Hausmusik, par laquelle la bourgeoisie montante manifeste ses valeurs, encore nouvelles, de tendresse et de bonheur domestique, valeurs si bien représentées en France à la même époque par les personnages, les objets et les situations quotidiennes que Chardin met en scène dans quelques-uns de ses plus beaux tableaux.

© François Filiatrault

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À propos

Luc Beauséjour
FL 2 3079
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