fbpx

Informations sur l'album

Comme à l’époque de Louis XV, quatre musiciens se rencontrent pour jouer de la musique entres amis. Luc Beauséjour, Hélène Plouffe et Grégoire Jeay se joignent au gambiste argentin Juan Manuel Quintana pour interpréter un répertoire centré autour du Paris des années 1740. Des œuvres de Telemann, Blavet, Forqueray et Leclair mettant en valeur tantôt le violon, la flûte ou la viole de gambe alternent avec des extraits de Clavecin en concert de Rameau.

Pour Voltaire, 1715, année de la mort de Louis XIV,  » devait marquer le terme d’une grande époque, après laquelle tout allait paraître terne et mesquin « . Jusqu’au milieu du siècle, en effet, l’histoire française et internationale reste pauvre en grands événements. En réalité, après la stabilité des structures sociales, économiques ou intellectuelles du XVIIe siècle, ce sont les bases les plus profondes de la société qui commencent à se transformer. Ces bouleversements, souterrains, qui, aux yeux des contemporains, transparaissent peu en surface, préparent pourtant les  » Lumières  » et la chute du régime.

Alors que, de l’Espagne à la Russie, de Stockholm à Naples, les grandes et les petites cours bâtissent partout des imitations de Versailles et adoptent la langue et le style du Roi Soleil, la vie intellectuelle et l’avant-garde artistique refluent vers Paris, qui devient le modèle du bon goût en Europe et plus que jamais le creuset de la culture. La richesse n’est plus l’apanage de la seule noblesse. La bourgeoisie arrivée, celle de la haute finance en particulier, cultive le mécénat : c’est le cas de certains fermiers-généraux grands amateurs de musique. Les salons littéraires, temples du bel esprit, emboîtent le pas et s’ouvrent de plus en plus aux nouveautés musicales.

Bien sûr, les hauts lieux de la musique restent toujours l’Académie Royale (avec la survivance des privilèges exorbitants instaurés par Lully) et l’Opéra. Depuis 1725, le Concert Spirituel propose à un public payant une programmation de 20 à 25 manifestations par an. Au même moment se créent d’autres sociétés de concerts, où l’on peut découvrir des compositeurs étrangers, les Italiens d’abord, puis peu à peu des Allemands. Chez le financier Crozat, les concerts ont lieu deux fois par semaine. Le  » Concert Italien  » de Madame de Prie, programmé lui aussi deux fois par semaine dans un salon des Tuileries, tout à côté du Concert Spirituel, reposait sur les libéralités de 60 souscripteurs, grâce à quoi les meilleurs artistes étaient engagés. On donne aussi de la musique chez le prince de Conti, chez le duc d’Aumont, plus tard chez le baron de Bagge, pour ne citer que ces nobles fortunés, mélomanes et souvent interprètes ou compositeurs de bon niveau, mais aussi chez les musiciens qui, pour  » s’attirer pratique « , mettre à l’épreuve un nouveau programme ou régaler des amis, organisent des concerts particuliers.

Rameau: Troisième et Cinquième concert

Mais les plus brillantes soirées musicales de Paris étaient éclipsées par celles que donnait le fermier-général Le Riche de La Poplinière rue Neuve-des-Petits-Champs, puis rue de Richelieu et au château de Passy. Nul mieux que lui savait discerner les nouveaux talents, choisir les meilleurs musiciens et leur offrir la plus exquise hospitalité. Le plus célèbre d’entre eux, et l’un des premiers, fut Jean-Philippe Rameau (1683-1764), que La Poplinière logea et entretint, lui et sa famille, alors qu’il n’était connu que comme théoricien, et à qui il confia la direction de son orchestre. C’est chez La Poplinière que Rameau créa la plupart de ses chefs-d’œuvre, à commencer par Hippolyte et Aricie qui le rendra célèbre à la scène et asseoira sa réputation de compositeur d’avant-garde. L’œuvre en effet était révolutionnaire pour les mélomanes frottés de Lully et de Campra. Dès lors, le château de Passy devint la  » citadelle du Ramisme  » et un véritable laboratoire musical, que continuèrent, après Rameau, Stamitz et Gossec.

Leclair: Sonate en trio en ré majeur

Autour d’un Rameau champion de la musique française se regroupent ici les plus prestigieux musiciens d’une génération plus jeune et nourrie de musique étrangère, italienne en particulier. Parmi eux, on compte Jean-Marie Leclair (1697-1764), le plus grand compositeur de sonates pour violon en France. Il réussit à la perfection la fusion des styles italien et français, telle que l’avait tentée un Couperin par exemple. Natif de Lyon, il est un moment maître de ballet à l’opéra de Turin puis monte une première fois à Paris en 1723 et publie ses premières sonates. Il séjourne de nouveau à Turin et prend des leçons auprès de Somis. De retour à Paris en 1728, il fait ses débuts au Concert Spirituel, où il se produira très souvent. La Hollande et l’Espagne l’éloignent quelques années. Il revient définitivement à Paris en 1744. C’est un proche d’Antoine Forqueray et surtout de son fils Jean-Baptiste, qui l’accompagne souvent.

Forqueray: La Buisson

Jean-Baptiste Forqueray fait paraître en 1747 cinq suites de pièces qu’il attribue, à l’exception de trois d’entre elles, à son père Antoine Forqueray (1672-1745), sans qu’il soit possible de déterminer la part de chacun dans cette livraison. Antoine avait la réputation de vouloir réussir sur la viole tout ce que les Italiens réussissaient sur le violon, et il est vrai que si les pièces de Forqueray suivent l’ordonnance française de la suite pour viole et basse continue, elles révèlent aussi l’influence de l’école de violon italienne par les audaces harmoniques et les moyens techniques déployés, en quoi elles surpassent les pièces de Marin Marais . Les relations d’amitié avec Leclair n’y sont peut-être pas étrangères.

Blavet: Sonate en mi mineur, opus 3 no 3

Entièrement autodidacte, Michel Blavet (1700-1768) a gardé toute sa vie la particularité de jouer de la flûte du côté gauche. Dès 1726 il se produit au Concert Spirituel avec un succès qui ne se démentira pas, et fait passer la flûte au rang d’instrument soliste. Il avait, disait-on, l’embouchure la plus nette, les sons les mieux filés, une vivacité qui tient du prodige. Son amitié avec Quantz et sa renommée lui valurent une invitation de Frédéric II, qui fut déclinée.

Telemann: Quatuor en sol majeur

Georg Philipp Telemann (1681-1767), infatigable promoteur de la musique française dans son pays, offre un bel exemple de réciprocité puisqu’il sut intéresser les Français à la musique allemande. Il séjourne plusieurs mois à Paris entre 1737 et 1738, devient le premier Allemand programmé au Concert Spirituel, lance une souscription pour ses Nouveaux Quatuors. En 1745, par exemple, on retrouve Forqueray aux côtés de Blavet, Marella et Labbé pour la création de quatuors de Telemann, justement surnommés Quatuors parisiens. Ceci justifie la présence d’un musicien allemand dans ce concert très français.

© Pierre Jaquier

Clavecin à deux claviers de type Ruckers-Taskin, à grand ravalement, signé Réjean Poirier, Montréal 1975.

Lire la suite

À propos

Luc Beauséjour
FL 2 3079
FL 2 3079
FL 2 3079

Start typing and press Enter to search