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FL 2 3041

Scarlatti: 18 sonates pour clavecin

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 14 août 1995
Numéro de l'album FL 2 3041
Periodes Baroque
Genres Piano et autres claviers

Informations sur l'album

Né en 1685, la même année que J.S. Bach et G.F. Hændel, Domenico Scarlatti n’a pas connu de son vivant la gloire et la renommée de ses illustres collègues, car son activité en tant que maître de musique de la reine d’Espagne, si prestigieuse qu’elle fut, n’a pas obtenu auprès du public du XVIIIe siècle le retentissement qu’elle connaît à notre époque. Sans doute, cela est-il dû au fait que le compositeur napolitain ait destiné l’essentiel de sa production musicale à un instrument unique: le clavecin.

De nos jours, alors que l’instrument à cordes pincées a retrouvé sa place dans la vie musicale contemporaine, Scarlatti a lui aussi justement repris la position de premier plan qu’il mérite aux côtés de Liszt et Chopin comme un des plus grands compositeurs pour le clavier de tous les temps et comme le véritable précurseur de la technique moderne de clavier.

Son père, Alessandro Scarlatti, fut l’un des plus célèbres musiciens de son époque. Établi à Naples, il y déploya une intense activité créatrice, composant environ une centaine d’opéras et plus de 600 cantates! De ses dix enfants, la plupart musiciens, seul Domenico connaîtra une brillante carrière. Après avoir commencé ses études musicales avec son père et débuté comme organiste de la Chapelle royale de Naples, il se rend à Venise en 1705. Il y rencontra Hændel alors en voyage d’études en Italie. Lors d’une soirée au palais du cardinal Ottoboni, les deux musiciens se seraient affrontés dans un concours amical d’improvisation et de virtuosité. D’après les témoignages, Hændel aurait été déclaré supérieur à l’orgue alors que Scarlatti remporta les honneurs au clavecin, son excellence ayant consisté en une certaine élégance et délicatesse de l’expression.

De 1709 à 1714, Domenico Scarlatti vit à Rome, au service de la reine Maria Casimira de Pologne. En 1715, il devient maître de chapelle de la Cappella Giulia et travaille pour l’ambassadeur portugais. Il quitte le Vatican en 1719 pour un séjour en Angleterre, peut-être pour y retrouver Handel ou son oncle Francesco, mais on ignore s’il s’y est effectivement rendu. L’année suivante, Scarlatti est au Portugal mais ne sera nommé officiellement au poste de maître de chapelle de la cour qu’en 1728. Entre-temps, il retourne à Rome où il se marie, et à Naples, sa ville natale. En 1729, au terme d’un séjour de près de dix ans à Lisbonne, Scarlatti accepte de suivre son illustre élève, l’infante Maria Barbara qui vient d’épouser le prince des Asturies, futur Ferdinand VI d’Espagne. Jusqu’à sa mort en 1757, le musicien vivra à Madrid, mettant son génie au service de Maria Barbara.

Durant cette période, Domenico Scarlatti se consacrera exclusivement à la composition de sonates pour le clavecin, sans doute destinées à divertir la reine. Celle-ci avait certainement été une brillante exécutante au clavecin dans sa jeunesse, mais les charges de sa fonction l’obli-gèrent à abandonner la pratique de l’instrument. Cependant, Maria Barbara conservera toujours une passion pour la musique et on peut supposer que Scarlatti composait et exécutait ses nouvelles sonates pour son agrément.

L’œuvre de clavecin de Scarlatti a connu un sort particulier. Entre 1752 et 1757, la reine Maria Barbara fit recopier 496 sonates par des copistes professionnels et fit relier les quinze volumes en cuir précieux gravé aux armoires royales. Ces somptueux volumes, principale source des éditions modernes, ont été ensuite légués par la reine au fameux castrat Farinelli. Ils sont présentement conservés à la Biblioteca Marciana de Venise. Assez curieusement, aucun manuscrit autographe de Scarlatti n’a jamais été retrouvé; on suppose qu’ils ont été détruits après la copie officielle afin d’éviter les publications non autorisées et ainsi permettre à la reine d’Espagne de conserver l’exclusivité de cette merveilleuse musique. Seule une collection de trente sonates de jeunesse, intitulée Essercizi per Gravicembalo, a été publiée du vivant du compositeur, à Londres en 1738.

Au début du XXe siècle, le musicologue italien Alessandro Longo a établi la première édition moderne de l’œuvre de Scarlatti. Comme cette édition comportait des erreurs, des omissions et des ajouts discutables, le claveciniste américain Ralph Kirkpatrick, après de longues et minutieuses recherches — publiées en 1953 par la Princeton University Press et en 1982 par les éditions Jean-Claude Lattès — a repris tout ce travail, établissant, entre autre, une chronologie approximative et le regroupement par paires des sonates, en plus de publier le texte original en fac-similé. Ainsi le « K » apparaissant après chaque sonate réfère-t-il au catalogue établi par Kirkpatrick. Suite à ces travaux, le claveciniste canadien Kenneth Gilbert a préparé pour la maison Heugel de Paris la première édition complète « Urtext » des sonates de Scarlatti, publiées de 1971 à 1984, en onze volumes.

De nos jours, Domenico Scarlatti est considéré comme le véritable créateur de la technique mo-derne de clavier. Il découvre ou invente de nouveaux moyens pour rendre la musique toujours plus expressive: batterie d’accords, sauts, croisements de mains, notes répétées, traits rapides, etc. Sa musique est idiomatique, inventive, savamment écrite en fonction de la virtuosité de l’exécutant et des ressources sonores de l’instrument dont elle exploite brillamment tous les registres. Vivacité et contraste du mouvement, rythmes entraînants, harmonies surprenantes, mélodies caractéristiques, le clavecin est traité comme ins-trument tout à la fois mélodique, dynamique et à percussion. Enjouée, joyeuse, ensoleillée, la musique de Scarlatti, par ses effets imitant tour à tour la guitare, les castagnettes, les cors de chasse, les trompettes et les tambours, évoque les mélodies envoûtantes des gitans, suggère les piétinements obsédants des danseurs de flamenco et invite irrésistiblement l’auditeur à la danse.

Héritage du passé, la musique de Scarlatti est restée moderne et vivante. Dissipons ici un malentendu: si elle apparaît jolie, élégante et raffinée lorsqu’exécutée au piano, sa vigueur caractéristique s’en voit malheureusement atténuée. Ce n’est qu’au clavecin qu’elle prend tout son relief, son ampleur sonore et ses véritables couleurs originales. D’ailleurs, contrairement à la coutume de son époque, Scarlatti lui-même prétendait que sa musique ne pouvait pas être exécutée sur n’importe quel instrument à clavier.

Quant à l’appellation « sonate », rappelons qu’il ne s’agit pas ici du sens classique du terme, mais plutôt d’une appellation générique faisant référence à l’étymologie du mot sonate, soit une pièce à « sonner », comme les toccates sont des pièces à « toucher » et les cantates des pièces à « chanter ». La forme des sonates est très simple, presque toujours en deux parties avec reprises facultatives: au début, une entrée en matière qui accroche l’auditeur, un court développement et une ritournelle entraînante à la fin. Assez souvent, deux sonates de même tonalité s’enchaînent, formant ainsi une paire.

Pour ce récital, Luc Beauséjour a sélectionné dix-huit sonates parmi les plus belles des quelques 555 laissées par Scarlatti. Devant une telle abondance où la qualité va de pair avec la quantité, un choix s’avère toujours très difficile; aussi, le parti pris de donner un éventail représentatif du monde sonore de Scarlatti, l’intérêt musical de chaque composition, le plaisir de l’interprète à les jouer et celui de l’auditeur à les écouter sont-ils passés avant toute autre considération.

©Pierre Gouin
Translation: Rachelle Taylor

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À propos

Luc Beauséjour
AN 2 9763

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