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AN 2 8763

Prokofiev: Intégrale des sonates pour violon

Compositeurs
Date de sortie 03 mai 2011
Numéro de l'album AN 2 8763
Periodes XXe siècle
Genres Piano | Violon

Informations sur l'album

Prokofiev
Intégrale des sonates pour violon

«Le mérite principal de ma vie (ou, si vous préférez, son principal inconvénient) a toujours été la recherche de l’originalité de ma propre langue musicale. J’ai horreur de l’imitation et j’ai horreur des choses déjà connues.» (Prokofiev)

Au cours des années 1940, Sergueï Prokofiev approchera à trois reprises le genre de la sonate pour violon : une fois pour instrument seul et deux pour violon et piano. Pourtant, il s’avèrerait futile de souhaiter tracer des parallèles entre les trois œuvres, tant elles offrent un éclairage en apparence contradictoire, mais foncièrement complémentaire, du travail du créateur. «Je n’ai besoin de rien de meilleur, de plus flexible ou de plus complet que la forme sonate, qui contient tout ce dont j’ai besoin au niveau des structures», affirmait déjà Prokofiev une décennie auparavant.

Sonate pour violon et piano, opus 80

Les premières ébauches de la Sonate pour violon et piano, opus 80, datent de 1938, après que le compositeur eut entendu la Sonate en pour violon et basse continue de Handel, selon ses dires. Débordé par les multiples commandes (opéras, ballets, musiques de film) et happé par l’achèvement des monumentales Sixième, Septième et Huitième Sonates pour piano, il n’y mettra la dernière main toutefois que huit ans plus tard. Rappelant les deux concertos pour violon, l’œuvre possède un souffle et une richesse thématique indéniables. En découvrant pour la première fois la partition, David Oistrakh, qui devait en assurer la création le 23 janvier 1946, se serait écrié : «Rien de ce qui a été écrit pour le violon depuis des années, ici ou ailleurs, ne peut égaler cette pièce en beauté et en profondeur. Je peux l’affirmer sans la moindre exagération.» Le compositeur Nikolai Miaskovsky, également présent, touché par sa profondeur, n’aurait pas hésité quant à lui à considérer la sonate comme «un objet de génie», répétant : «Ne réalises-tu pas ce que tu as écrit?» Quand viendra le moment, en 1953, de puiser dans le catalogue de Prokofiev pour honorer sa mémoire lors de ses obsèques, Oistrakh interprètera d’ailleurs les premier et troisième mouvements de l’œuvre. «Je n’ai jamais travaillé avec autant de passion une autre œuvre. Avant la première de la sonate, je ne pouvais jouer ou penser à rien d’autre», a-t-il souligné.

Sombre, tragique, dense, la pièce suscite même à l’occasion un certain malaise. Prokofiev aurait indiqué à Oistrakh que le passage de gammes menaçantes de l’Andante assai devait rappeler «le vent dans un cimetière». Il ne faut pas oublier qu’au moment où le compositeur posait les premiers jalons de l’œuvre (le début du premier mouvement, l’exposition du deuxième et le thème du troisième datent de 1938), quelque sept millions de Russes avaient été arrêtés, dont plusieurs artistes, notamment l’écrivain Osip Mandelstam. Si la plupart purgeaient leur peine au goulag, près d’un demi-million de personnalités connues avait été assassinées.

Les premières mesures conjurent des visions de soldats tombés au combat et de troublante immobilité, avant que le violon ne donne l’illusion de se replier vers lui-même, Prokofiev y paraphrasant même le dernier thème de son Premier Quatuor à cordes. Les deux instruments adoptent une même humeur menaçante, qui se résoudra dans un tintement d’accords (l’impression de choral religieux étant soulignée par une octave à la basse). L’Allegro brusco qui suit semble avoir été conçu comme un duel entre violon et piano, permettant aux deux protagonistes d’éliminer toute trace de l’hostilité accumulée au cours du mouvement précédent, le piano tentant par moments de soumettre le violon, alors que celui-ci occulte un certain lyrisme associé à l’instrument. L’Andante, transparent, se veut une complainte éthérée, dans laquelle le violon, avec sourdine, essaie de contenir violence et détresse. Un Allegrissimo fantasque, qui met en lumière une alternance constante de mesures en 5/8, 7/8 et 8/8, provoquant chez l’auditeur une sensation d’instabilité rythmique perpétuelle, clôt le tout.

Sonate pour violon et piano en majeur, op. 94bis

Quand, en 1943, Prokofiev cède à l’attrait de la flûte, il décide de lui dédier une sonate à la «sonorité classique, claire et transparente». David Oistrakh perçoit immédiatement le potentiel de l’œuvre et propose au compositeur de l’adapter pour violon. «À la demande de Sergueï Sergeevich, j’ai proposé deux ou trois variantes pour chaque endroit de la sonate exigeant des ajustements, expliquera-t-il quelques années plus tard. Je les ai ensuite numérotées avant de les lui remettre pour qu’il les considère. Avec un crayon, il a marqué ce qui lui semblait plus approprié et fait quelques corrections. » Le violoniste créera cette nouvelle version de l’œuvre, publiée sous le numéro d’opus 94b, le 17 juin 1944 à Moscou, en compagnie de Lev Oborin. Cette dernière connait depuis, sous cette forme, une popularité enviable, tant auprès des interprètes que du public.

En apparence insouciante, dans la lumineuse tonalité de majeur, utilisée par Prokofiev dans sa Symphonie «classique» et son Premier Concerto pour violon, la sonate porte pourtant elle aussi en son épicentre un trouble diffus, le rêveur troisième mouvement rappelant l’impression de désolation de l’Andante de la Première Sonate. Le Moderato, avec son premier thème ancré par tonique et dominante, adopte la forme sonate classique, jusqu’à la reprise de l’exposition. Dans la section centrale du scherzo, Prokofiev opte pour un traitement lyrique du matériau, dans lequel l’accompagnement se révèle minimal, même si parfois teinté d’occasionnelles dissonances (secondes et neuvièmes mineures), offrant la possibilité à l’instrument soliste de briller. Le dernier mouvement, une relecture sarcastique des exercices pianistiques en octaves, rappelle également l’avancée de la mécanisation et de l’industrialisation de l’ère soviétique.

Sonate pour violon solo, opus 115

Écrite en 1947, la Sonate pour violon solo, opus 115, ne sera entendue pour la première fois qu’en 1960, sept ans après la mort du compositeur. Prokofiev aurait pensé cette œuvre comme une ample étude, suffisamment accessible d’un point de vue technique pour être jouée à l’unisson par un groupe d’une vingtaine d’étudiants, pratique pédagogique répandue alors en Russie. Si son interprétation ne semble pas exiger de prouesses virtuoses, elle reste néanmoins une pièce qui requiert contrôle et délicatesse, si l’on souhaite éviter les écueils d’une trompeuse banalité. Le premier mouvement s’amorce par un geste bondissant, en accords brisés, spiccato, avant de prendre des allures de bal de village. Le thème et variations qui suit possède un charme certain, avant d’être balayé par une mazurka enlevée.

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À propos

AN 2 9521 Jordan Pal Into The Wonder
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