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FL 2 3083

Strauss, Dvorák: Valses (transcriptions: Berg, Webern & Schönberg) & Bagatelles

Date de sortie 01 octobre 1996
Numéro de l'album FL 2 3083
Periodes Romantique

Informations sur l'album

Le nom de Strauss évoque instantanément la ville de Vienne, la valse et les bals élégants. Il est vrai que l’image d’Épinal nous présente le viennois de l’époque comme un être paisible et simple, doté d’une joyeuse bonhomie et d’un inébranlable amour de la vie et de ses plaisirs; et il aime par-dessus tout la musique: loin d’être pour lui une simple distraction, celle-ci fait partie intégrante de sa vie quotidienne.

Pourtant, la valse, pour nous symbole de Vienne, n’est pas originaire de cette ville. Il semble que le tournoiement à trois temps tire plutôt ses origines des danses populaires, Ländler et Schnadahüpfl, issues de la Forêt-Noire et du Haut Danube. Ce serait Michael Pamer qui, le premier, aurait tiré la valse de ces danses paysannes entendues sur les bateaux qui naviguaient sur le Danube. On remplaça les sauts rustiques par des pas glissés plus élégants et l’on adopta une allure plus modérée. Ce sont deux jeunes musiciens, ex-membres de l’orchestre de Pamer, qui donnèrent ses premières lettres de noblesse à la valse: Joseph Lanner et surtout Johann Strauss père (1804-1849), Ce dernier méritant d’ailleurs le titre de « Roi de la valse ». À sa mort, c’est son fils Johann (1825-1899) qui reprendra le flambeau. Il en enrichira la forme, allongeant l’introduction et la coda et recourant à une structure plus raffinée. En donnant à la valse des proportions symphoniques, il la porte à des sommets inégalés. Avec lui, la valse devient plus délicate, plus « mondaine ».

Il est difficile de décrire la fièvre de la valse qui gagne le tout Vienne et qui ne tarde pas à se répandre dans le reste de l’Europe et même en Amérique. Johann fils, à titre d’exemple, composa d’innombrables danses pour des associations professionnelles et des clubs sélects: que ce soit l’Electro-Magnetishe-Polka (Polka électromagnétique) ou la Vibrationen-Walzer (Valse des ondes sonores), dédiées aux ingénieurs; ou encore la Kontroversen-Walzer (Valse des controverses), écrite pour les juristes. Que dire de l’Erhölte-Pulse-Walzer (Valse du pouls fiévreux) et de la Paroxysmens-Walzer (Valses des paroxysmes) qui faisaient virevolter les médecins! C’est avec raison que l’on a pu dire que « les Strauss père et fils auraient moins été les compositeurs de leurs valses que les traducteurs en musique de l’esprit de leur ville » (H. Fantel).

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’empire austro-hongrois s’est effondré et n’est plus qu’un souvenir idéalisé. La vie musicale reprend malgré tout son cours. Une nouvelle génération de compositeurs viennois est en train de bouleverser le paysage musical du XXe siècle: ce sont Arnold Schoenberg (1874-1951) et ses élèves Anton von Webern (1883-1945) et Alban Berg (1885-1935). Schoenberg, constatant l’incompréhension, voire l’hostilité du public face à la nouvelle esthétique, fonde en novembre 1918 la Société d’exécutions musicales privées (Vrein für musikalische Privataufführungen). Le but de la Société est de permettre aux auditeurs de mieux comprendre et de mieux apprécier la musique moderne. Pour atteindre cet objectif, une ligne de conduite très stricte est observée: des répétitions fréquentes, un travail minutieux et en profondeur, une interprétation claire et précise.

Une œuvre qui n’est pas parfaitement au point ne sera pas jouée en concert. Seuls les membres sont admis au concert. Pour bannir tout esprit de compétition, il est interdit d’applaudir ou de manifester sa désapprobation. La Société se veut ouverte à tous les styles: Mahler, R. Strauss, Scriabin, Debussy, Stravinsky, Bartók et Ravel sont quelques-uns des compositeurs qui, sans oublier les trois Viennois, seront mis à l’affiche.

La Société connaît bientôt des ennuis financiers (l’Autriche fait face à une grave récession), et c’est dans l’espoir de renflouer ses coffres qu’est organisé un concert ne comportant que des valses de Strauss fils. Cette programmation inhabituelle, qui semble une concession à une musique « facile », n’est-elle motivée que par le désir d’un succès monétaire assuré? Il ne faut pas oublier que les trois Viennois n’ont pas situé leur démarche artistique dans une optique de rupture avec le passé, mais qu’ils se sont plutôt considérés comme les héritiers d’une longue et riche tradition. Schoenberg écrira en 1947: « Que ce soit Bach ou Mozart, Beethoven ou Brahms, Wagner ou Mahler, Richard Strauss et la musique moderne, ou même Offenbach et Johann Strauss; tout cela c’est de la musique, et tout cela mérite d’être aimé. »

Le concert Strauss a lieu le 27 mai 1921, dans la salle des fêtes des écoles Schwarzwald. Les œuvres au programme ont été arrangées pour quatuor à cordes, piano et harmonium, ce qui constituait la formation habituelle de la Société. Schoenberg a transcrit Rosen aus dem Süden (Roses du Sud) et la Lagunenwalzer (Valse de la lagune), tandis que Berg a arrangé Wein, Weib und Gesang (Aimer, boire et chanter) et Webern la Schatzwalzer (Valse du Trésor, extraite de l’opérette Der Zigeuner-baron). Pour l’occasion, Berg a tenu l’harmonium et Webern le violoncelle. Quant à Shoenberg, il a joué l’une des parties de violon, en plus d’assurer la direction de l’ensemble. Après le concert, les manuscrits originaux furent mis aux enchères. L’acquéreur du manuscrit de Wein, Weib und Gesang eut la délicatesse de rendre à Berg son manuscrit. Moins chanceux, Webern ne trouva pas preneur pour sa partition. Malgré le succès estimable de ce concert, la Société ne put résoudre ses problèmes financiers et dut cesser ses activités l’année suivante.

En avril 1925, Schoenberg se rend à Barcelone comme invité du Festival de la Musica Viennesa organisé par un de ses élèves, Roberto Gerhard. Le concert qui a lieu les 26 et 28 avril, comprend de la musique de chambre de Mozart, Beethoven et Schubert. Pour l’occasion, Schoenberg a arrangé la célèbre Kaiserwalzer (Valse de l’Empereur) de Strauss fils pour flûte, clarinette, quatuor à cordes et piano, soit une formation similaire à celle du Pierrot lunaire, œuvre qui sera jouée lors d’un concert Schoenberg, le 29 avril. Le concert de musique viennoise sera repris dans d’autres villes catalanes.

Antonín Dvorák (1841-1904) composa les cinq Bagatelles op. 47 à l’intention d’un de ses amis, le critique Joseph Sbr-Debrnov. Ce dernier, amateur de musique de chambre, possédait un harmonium, ce qui explique l’instrumentation particulière de l’œuvre (deux violons, violoncelle et harmonium). Écrites en quelques jours, du 1er au 12 mai 1878, les Bagatelles sont les sœurs des Danses slaves op. 48, composées à la même époque. Pour les 1ère et 3e Bagatelles, Dvorák s’inspire d’une chanson populaire tchèque Hraly dudy (Les cornemuses jouaient à Poduba). Ces deux pièces portent toutes deux la mention Allegretto scherzando. Le deuxième morceau (Tempo di minuetto — Grazioso), à la ligne mélodique fluide et au rythme pointé, n’est pas sans évoquer une danse paysanne, la sousedska. Le quatrième mouvement, un Andante con moto lyrique, adopte une écriture en canon serrée. La cinquième Bagatelle, marquée Poco allegro, est une polka enjouée.

© Mario Lord

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