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AN 2 9963

Regards sur l'Espagne

Interprètes
Date de sortie 05 octobre 2010
Numéro de l'album AN 2 9963
Periodes XXe siècle
Genres Piano

Informations sur l'album

Reconnue pour l’éclectisme de son répertoire et la virtuosité de ses prestations, Louise Bessette s’est taillé une place de choix dans l’interprétation des plus grandes oeuvres de notre temps. Après avoir consacré son précédent enregistrement à Olivier Messiaen , la pianiste Louise Bessette aborde cette fois un tout autre univers avec un programme d’oeuvres espagnoles.

Regards sur l’Espagne

L’Espagne : pays reconnu au XVIe siècle pour sa puissance, berceau du flamenco, patrie de nombre de peintres et d’architectes. Peut-on capter l’essence de ce pays qui continue d’inspirer aussi bien compositeurs hispaniques qu’étrangers ? Est-il possible d’extraire un
son, une couleur, de ses 17 communautés autonomes, 50 provinces, 8112 municipalités ? Pourquoi essayer ? Joaquín Nin comparait lui-même dans sa préface aux Vingt Chants populaires espagnols les 47 provinces d’alors à une gamme de 47 notes qui permettait d’exprimer toutes les nuances de la joie et de la tristesse, de l’amour et de l’espoir.

Si Ernesto Lecuona (1896-1963) est perçu comme le plus important compositeur cubain de la première moitié du 20e siècle, il s’est inspiré du folklore espagnol pour signer certaines de ses pages pour piano les plus réussies, dont Andalucía (Suite Española). Invention mélodique, écriture instrumentale souvent complexe qui accorde une part essentielle à la main gauche (Lecuona l’interprète était particulièrement salué pour l’agilité de celle-ci) et harmonies qui refusent la banalité lui ont permis de se gagner l’admiration de nombreux confrères, tant en Amérique (le pianiste donnera notamment la première cubaine du Rhapsody in Blue de Gershwin) qu’en Europe. Ravel n’hésitera pas à déclarer: « Je pense que Malagueña est plus beau et mélodieux que mon Boléro. »

En ouverture de recueil, «Córdoba » est teintée de mélancolie tandis qu’«Andalucía », à la fois sensuelle et vigoureuse, est propulsée par l’accompagnement obstiné et dansant de la main gauche. «Alhambra » dresse le portrait presque impressionniste du palais construit au 13e siècle pour le calife Mohammed Al-Alahmar sur les hauteurs de Grenade, légendaire pour l’opulence de ses salles et de ses jardins. «Gitanerías » rappelle les flamencos fiévreux alors que «Guadalquivír » se veut hommage au fleuve qui alimente l’Andalousie. La suite se clôt par l’envoûtante «Malagueña », reprise depuis sa création sous de nombreuses formes.

Né dans une Catalogne en pleine effervescence artistique, Federico Mompou (1893-1987) ne se définit pas comme un compositeur, mais comme un musicien. Rejetant la musique sérielle de Schoenberg, il préfère se laisser fasciner par celle de Scriabine et les nationalistes Granados, de Falla ou Albéniz. Poète du piano, maître d’une harmonie oscillant toujours entre consonance et dissonance, qui permet aux accords de demeurer imparfaits, sa voix unique est mieux perçue quand « la solitude se fait musique », comme il l’explique lui-même dans la préface de Música callada.

Petit-fils de fondeurs de cloches, Mompou intègrera à plusieurs de ses oeuvres des allusions à ce thème, comme dans «La fuente y la campana » (La fontaine et la cloche), tirée de ses Paisajes, inspirée par une soirée passée en 1942 en compagnie de la jeune pianiste Carmen Bravo, sa fiancée. Après un concert donné au Palau de la Música Catalana, les amoureux profitent de la douceur de la nuit pour arpenter le magnifique quartier gothique de Barcelone. Se reposant autour de la fontaine d’un square, ils écoutent minuit sonner au loin, sombres sol soutenant une mélodie presque archaïque en mineur. Dans la section centrale, on devine l’ondoiement de l’eau, dans laquelle se fond la même mélodie auparavant esquissée.

« La musique d’Albéniz ne prétend ni plaider, ni prêcher, ni argumenter ; elle se transforme sur place comme les figures et les couleurs du kaléidoscope ; elle est un chant et une danse, mais ce chant nous envoûte et cette danse est une danse immobile bien que sans cesse changeante », résume Vladimir Jankélévitch. Loin de vouloir se dissocier du terreau qui l’a vu grandir, Isaac Albéniz (1860-1909) embrasse l’exubérante vitalité des foules, l’agitation des rassemblements populaires, les humbles musiques de la rue. Dans ses Tangos, comme ses Cubaines et ses Havanaises, à la sentimentalité surannée, il relit, relie les airs millénaires fredonnés en les sublimant en un nouveau folklore, espagnol dans sa quintessence même.

Né à Séville, élève de Vincent d’Indy et de Moritz Moszkowski, ami et protégé d’Albéniz, Joaquín Turina (1882-1949) a confié au piano certaines de ses pages les plus inspirées. Il faut retenir ici ses Danzas gitanas, aux rythmes et harmonies parfois âpres, tantôt crus, tantôt en demi-teintes, véritables tableaux expressifs. «Zambra », non dénuée à l’occasion d’une certaine nostalgie, reprend l’idée même de la fête, avec danse et chants. «Danza de la seducción » se veut tour à tour langoureuse, sinueuse, fiévreuse et tendre, tandis que «Danza ritual » se révèle plus tempérée, presque stoïque. Le perpetuum mobile qui traverse «Generalife », portrait du palais d’été des princes nasrides à Grenade, est ponctué d’hémioles qui rappellent le polo gitano. «Sacro-Monte », célèbre pour ses grottes où les Gitans donnaient des spectacles de flamenco, clôt le cycle.

Soleá a été composée en 1982 pour le centenaire de naissance de Turina. Élève de Boulez, Stockhausen, Ligeti et Adorno à Darmstadt, Tomás Marco (né en 1942 à Madrid) privilégie pourtant au tournant des années 1970 un retour à un certain nationalisme espagnol. La soleá, l’une des formes les plus prestigieuses du flamenco, généralement accompagnée par une seule guitare, a connu son âge d’or à la fin du 19e siècle, alors que les musiciens et danseurs se produisaient dans les cafés cantantes. Marco en a tiré une oeuvre dramatique, entre tradition et modernité.

Installé à Montréal depuis 1970, José Evangelista (né à Valence en 1943) garde au cœur de lui-même les sonorités de sa terre natale, qu’il n’hésite pas à mâtiner à celles du gamelan indonésien, de l’avant-garde occidentale ou du Moyen-Âge. Explorant sans relâche la mélodie et les échos qu’elle peut engendrer pour créer une illusion de polyphonie, il propose dans ses Nuevas monodías españolas une relecture de 21 airs traditionnels espagnols, principalement castillans, chants de labeur, d’amour, danses, berceuses ou historiettes. Le compositeur précise : « Comme dans le premier recueil [Monodías españolas, daté de 1988, enregistré également par Louise Bessette], j’ai pris deux choses en compte : d’abord, de nombreuses mélodies traditionnelles espagnoles sont toujours interprétées en monodie, avec des éléments rythmiques pour seul accompagnement ; ensuite, nombre de ces mélodies sont empreintes de caractéristiques modales, difficilement réconciliables avec le langage tonal. Ainsi, mes versions de ces mélodies n’utilisent ni harmonie, ni contrepoint. En conséquence, j’ai entrepris d’explorer un style pianistique où prédominent les changements de registre et
l’ornementation. Le but est de créer l’illusion que plusieurs voix effectuent simultanément de légères variations d’une même mélodie sur plusieurs octaves. »

Confluent d’émotions variées et contradictoires, l’Espagne reste sans aucun doute aussi multiple que les regards posés sur elle. Après tout, saurait-on décrire en quelques mots le
visage de l’être aimé ?

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À propos

AN 2 9540 J.S. Bach – Cantata BWV 21
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