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FL 2 3057

Oeuvres pour guitare seule

Interprètes
Date de sortie 15 août 1995
Numéro de l'album FL 2 3057
Periodes XXe siècle

Informations sur l'album

Granados: Valses Poeticos

La musique de Enrique Granados est née dans la vague du nationalisme espagnol qui s’est étendue de Felipe Pedrell et Isaac Albéniz jusqu’à Manuel de Falla. C’était la fin de la grande époque romantique de la musique européenne et l’Espagne n’y avait pas contribué grandement à l’exception de ses mélodies et de ses rythmes fol-kloriques. Quelques œuvres ont tout de même marqué cette période, comme le prouvent les succès d’Iberia de Albeniz et de Goyescas de Granados.

Granados a fait ses études de piano au Conservatoire de Barcelone avec Pujol, lui-même compositeur et professeur de guitare. Il a également étudié la composition avec Pedrell. Ses premières œuvres furent des opéras et, même s’ils sont demeurés dans l’ombre, ils ont néanmoins préparé les succès remportés par sa composition pour piano Goyescas, inspirée de peintures et sketches de Goya.

Les Goyescas furent si populaires qu’elles furent transformées par la suite en un opéra du même nom. La première, qui remporta un succès sans précédent, se tint à New York au Metropolitain Opera le 28 janvier 1916. En plus du prestige généré par les Goyescas, Granados est reconnu pour sa musique de guitare, et ce malgré le fait qu’il n’ait jamais écrit pour cet instrument.

Lorsque l’on entend sa musique, on ne peut que se demander pourquoi. Son sens inné de la ligne mélodique, ses phrasés soutenus et les exigences techniques de ses œuvres portent à croire qu’elles auraient pu être écrites pour la guitare. Sur cet instrument, sa musique sonne si naturelle et spontanée qu’on oublie parfois qu’elle fut écrite pour le piano — qui pourrait croire que la célèbre « Playera », la pièce de prédilection de tous les guitaristes du monde, soit en réalité la cinquième section des Danzas Españolas écrites pour piano?

Les Valses Poeticossont remplies de romantisme, de flair, de morosité et de vigueur, ingrédients essentiels de la musique typique espagnole. Granados a créé une œuvre remarquable qui, à la guitare, sait bien communiquer la grâce et un certain style, tout en changeant constamment d’humeur.

Castelnuovo-Tedesco: Cappricio diabolico

Le compositeur Mario Castelnuovo-Tedesco a déjà avoué à un intervieweur que s’il n’avait été de Andres Segovia, il n’aurait probablement jamais écrit pour la guitare. « Il était un artiste merveilleux et un ami fidèle », a-t-il dit de Segovia, créateur du Capriccio Diabolico en 1935. Segovia faisait partie du cercle très sélect des amis de Tedesco-Castelnuovo.

D’ailleurs, il composait presque exclusivement pour ses amis. Même si ses opéras remportaient beaucoup de succès, il préférait composer des œuvres instrumentales. Le concerto était sa forme de prédilection parce que, selon lui, « il exprime bien mieux que la symphonie la dualité entre la créativité de l’individu et l’homogénéité de la société qui l’entoure ».

Les artistes qu’il a choisi de combler avec ses concertos furent Heifetz, Piatigorsky et Segovia, pour qui il composa le Concertino pour guitare et la Sonatina. Segovia a demandé à Castelnuovo-Tedesco, tout comme à plusieurs autres compositeurs, d’écrire pour la guitare. En 1935, il créait sa troisième composition, le Capriccio diabolico, un hommage à Paganini inspiré de la Campanella, thème que l’on retrouve à la toute fin de l’œuvre. Cette même musique fut, par la suite, orchestrée en concerto pour guitare (Op. 85b) et resta inédite. Ce fut une époque très prolifique pour Castel-nuovo-Tedesco.

Cette même année, il écrivait la Tocatta pour violoncelle et piano; par la suite, Piatigorsky créait le Concerto pour violoncelle avec le Philharmonique de New York. Sa production pour la guitare est souvent laissée pour compte. Pourtant sa contribution est remarquable. Son Quintette pour cordes et guitare et son cycle de chansons, intitulé Platero Y YO, de même que ses deux concertos et sa Sérénade pour guitare et orchestre font partie du répertoire favori des guitaristes contemporains.

Pour le guitariste Rémi Boucher, le Capriccio diabolico est une œuvre aux mouvements contrastant dans laquelle Castelnuovo-Tedesco présente le diabolisme à travers toute une gamme d’émotions qui aboutit finalement en un amalgame démoniaque de séduction, de lyrisme et de virtuosité.

Regondi: Introduction & Caprice

Son nom n’apparaît pas dans le Dictionnaire Groves ni dans l’Histoire de la musique Oxford, ni même dans le Dictionnaire biographique Baker. On peut le retrouver dans « L’histoire de la guitare espagnole » de A. P. Sharpe, mais malheureusement l’épellation n’est pas exacte.

Jadis un enfant prodige louangé de tous, Giulio Regondi est tombé dans l’oubli le plus complet. Technicien de la guitare, Regondi composait et s’exécutait avec une énergie peu commune. De son vivant, Regondi (1822-1872) a partagé la scène internationale avec des musiciens de renommée tels Carulli, Carcassi et Fernando Sor.

À l’examen des œuvres de ces trois guitaristes, on ne peut que questionner le fait que Regondi ait été tout à fait oublié jusqu’à tout récemment. Regondi était un enfant prodige qui vécut une enfance terrible, provoquée par son talent. Son père le forçait, à l’âge de cinq ans, à pratiquer cinq heures par jour, allant même jusqu’à le porter sur scène physiquement lorsqu’il avait trop peur, à y retourner de force pour les rappels et, il va sans dire, il lui volait ses cachets.

Comme guitariste, Regondi était stupéfiant. Toutefois, ce n’était pas le seul instrument qu’il maîtrisait, ni même son instrument préféré. Regondi aimait le méllophone, un instrument aujourd’hui disparu, et qui ressemblait fort à l’accordéon. La musique de Regondi est à la fois romantique et séduisante, tout en présentant de grandes difficultés pour le guitariste.

Ses compositions sont fort complexes, mais elles traduisent les styles musicaux de l’époque de Regondi. L’Introduction & Caprice op. 23 que l’on retrouve sur ce disque fut publié en 1864 par Jean André.

Rodrigo: Sonata Giocosa

Originaire de Puerto Sagunto dans la portion nord de Valence, Joaquin Rodrigo est l’un des compositeurs les plus importants à écrire pour la guitare. Sa gloire repose sur une œuvre en particulier, le Concerto de Aranjuez, et, plus spécifiquement, un mouvement à l’intérieur de cette œuvre, l’Adagio, une des plus belles pièces de musique jamais écrites pour la guitare.

Rodrigo a étudié la composition avec Paul Dukas, le compositeur du célèbre Apprenti sorcier, à l’École Normale de Musique de Paris vers le milieu des années 20. Rodrigo avait dans ses classes Villa-Lobos et Manuel Ponce. Parmi leurs professeurs, notons Alfred Cortot, le fondateur de l’École Normale, Jacques Thibaud, violoniste hors-pair, et le violoncelliste Pablo Casals. Pendant ses études, Rodrigo conserva des liens très étroits avec ses racines espagnoles. Il retourna en Espagne en 1933 et de nouveau en 1936, à l’éruption de la guerre civile. En 1939, Rodrigo écrivit son premier concerto pour guitare, l’Aranjuez. Son deuxième concerto pour guitare seule fut écrit 44 ans plus tard, en 1983, le Concierto para una fiesta, une commande pour un mariage californien.

Les œuvres solo de Rodrigo telles que la Sonata Giocosa sont en elles-mêmes très rapprochées du matériel d’orchestre qu’il a produit. Dans le premier mouvement, il laisse transparaître plusieurs styles de composition orchestrale, comme ces doubles-cordes qui mènent à des motifs rythmiques qui eux se transforment en thèmes répétitifs, style très représentatif de l’écriture de Rodrigo. Le deuxième mouvement est un retour à la renaissance, avec une pulsation rythmique calme et de riches harmonies, construit autour d’un seul motif rythmique. Le troisième mouvement est une zapateado, danse folklorique espagnole en trois temps, au rythme endiablé marqué par un battement puissant de rasguados qui vient remplacer les castagnettes habituelles.

Ascencio: Collectici Intim

Collectici Intim est une œuvre composée en cinq mouvements: « La Serenor » (sérénité), « La Joia » (joie), « La Calma » (calme), « La Gaubanca » (réjouissance) et « La Friscana » (impatience). Le titre de cette collection de chansons catalanes vient de l’affection que Vincente Ascencio Ruano portait pour ce genre. Quelques-unes de ces danses furent tirées de son très apprécié recueil Danses Valencianes.

Complétée en 1970, Collectici Intim fut créée par le guitariste Narsico Yepes à l’auditorium San Leone de Rome. Pour Ascencio, la musique atonale en elle-même n’est pas intéressante. « Je suis un compositeur tonal », a-t-il avoué lors d’une entrevue. « Le mouvement atonal est finalement parvenu jusqu’en Espagne, mais il ne m’attire pas outre-mesure. Nous (les Espagnols) sommes, avant tout, des méditérranéens et le dodécaphonisme est surtout un mouvement intellectuel, tandis que nous sommes un peuple intuitif. Nous essayons de trouver notre propre forme d’expression. Nous devons trouver une technique qui répond à notre style de vie. Je suis un intimiste qui n’apprécie guère les éclats et les styles débordants. J’aime l’intimité que procure la musique. »

Ascencio est un perfectionniste avec un penchant pour les mathématiques. Il tenait un poste à temps plein au sein du Ministère du Revenu, mais, à temps perdu, il travaillait continuellement sa musique. Il invitait toujours une brochette impressionnante de personnalités qui venait discuter musique avec lui. Parmi ses compositeurs préférés, Ascencio parle de Ravel le perfectionniste et de Scarlatti, pour le parfum intime de ses sonates.

Duarte: Variations sur un thème catalan

Même s’il signe John W., John ou Jack, John William Duarte est connu par ses amis et étudiants sous le pseudonyme Oncle Jack. Chimiste de profession, Duarte traverse le pont qui unit la science et les arts. Son amour pour les disciplines scientifiques et artistiques l’a doté d’une intelligence particulière pour ses deux carrières. Né à Sheffield, en Angleterre en février 1919, Duarte a patiemment attendu d’atteindre ses 14 ans avant de considérer sérieusement des leçons de musique. Il a commencé avec le ukulélé. Il a par la suite exploré le jazz à la guitare et a commencé à enseigner la guitare classique à l’âge de vingt ans.

Parallèlement à ses études musicales, il étudiait pour devenir chimiste à l’Université de Manchester, carrière qu’il a abandonné 29 ans plus tard. Duarte n’a pas seulement étudié la guitare, mais également la trompette et la basse. Curieux de nature, il a exploré la composition, la théorie, la forme classique et le jazz. Il devint un écrivain prolixe, interviewer, critique, professeur, adjucateur et un ambassadeur hors-pair de la guitare.

Les sept variations présentées sur cet enregistrement ont pour thème une chanson catalane intitulée Canco del Lladra ou Canco del Lladre (le premier titre avait été mal imprimé, et ce fut donc le deuxième qui fut conservé). Une version originale de cet air est compris dans la collection Canconer, un recueil de 4000 mélodies folkloriques catalanes, édité et compilé par Joan Amades.

Rémi Boucher a noté certaines de ses perceptions à l’égard des intentions du compositeur dans ses partitions. Dans la première variation, Boucher cherche les contrastes des dialogues. Dans la deuxième variation, il veut révéler l’amour et la beauté, un premier pas, un rêve. Il a soustitré la troisième variation « exclamation » et tente de transmettre une frénésie d’activités et de rebondissements. Il intitule la quatrième variation « relaxation ». La variation 5 est soustitrée « Ah! calmement » et la sixième reste sans annotation dans sa simplicité. La dernière variation, la finale, se dirige vers des blocs de son soutenus que Boucher surnomme « les bourdons ».

© Davis Joachim

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À propos

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