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AN 2 8764

Handel, Porpora: The London Years (Les années londoniennes)

Date de sortie 11 mars 2014
Numéro de l'album AN 2 8764
Periodes Baroque

Informations sur l'album

HANDEL & PORPORA

Les années londoniennes

L’ascension londonienne de Handel, qui proposait en alternance opéras et oratorios, ne devait pas se faire sans heurt. Plusieurs s’insurgeaient contre son caractère bouillant, d’autres son omniprésence et son statut de favori hanovrien, sans compter ceux qui auraient souhaité le convertir à la cause de l’opéra anglais. De façon parallèle, les oppositions au régime de Walpole qui s’étaient multipliées entre 1728 et 1733 favorisaient un climat explosif, sur lequel la guerre de l’opéra devait se jouer.

Dès janvier 1733, souhaitant contrer l’hégémonie handélienne, un groupe d’investisseurs (dont lord Burlington, ancien mécène de Handel, le comte de Delawarr, le duc de Richmond et la plupart des membres de l’opposition aristocratique whig à Walpole et quelques tories) annonce la naissance d’une nouvelle compagnie d’opéra. Ceux-ci font des pieds et des mains pour embaucher une distribution prestigieuse et débaucher la quasi-totalité de la compagnie de Handel et de l’imprésario John James Heidegger, en commençant par le castrat Senesino qui confirme en juin son changement d’allégeance. On en profite pour solliciter le compositeur napolitain Nicolò Porpora, considéré plus « moderne », qui agira aussi à titre de chef d’orchestre. Celui-ci arrive précédé d’une éblouissante réputation. D’abord maître de chapelle du Landgrave Philippe de Hesse-Darmstadt à Naples, puis de l’ambassadeur du Portugal, il a enseigné à nombre d’étoiles de la scène, dont Carlo Broschi, dit Farinelli, Uberti (il Porporino), Senesimo, la Molteni, J. A. Hasse et Métastase qui deviendra son premier librettiste. (À la fin de sa vie, il enseignera également à Joseph Haydn qui considérait avoir appris de lui « les vraies bases de la composition »). Dès 1718, ses oeuvres (une cinquantaine d’opéras à sa mort) sont présentées sur toutes les scènes d’Italie, ainsi qu’à Vienne, Munich et Dresde. On saluait notamment la fluidité de ses récitatifs.

Face à la Royal Academy of Music de Handel se dresse donc maintenant l’Opera of the Nobility, installé au Lincoln’s Inn Fields, bénéficiant du soutien du prince de Galles. Le pouvoir royal viendra à la rescousse de Handel en organisant un festival dédié à ses oeuvres en juillet, avant qu’Handel et Heidegger procèdent au recrutement de nouveaux chanteurs. Le 30 octobre, jour de l’anniversaire du roi, deux mois avant la première production prévue par la compétition, Handel ouvre les hostilités avec un pasticcio, histoire sans doute de damner le pion à Porpora sur son propre terrain, suivi d’une reprise d’Ottone et un autre pasticcio. Le 29 décembre, l’Opéra de la noblesse présente son premier spectacle : Arianna in Nasso de Porpora, avec Senesino dans le rôle de Teseo. Handel réplique le mois suivant avec sa version de l’histoire, Arianna in Creta, qui connaîtra un égal succès. La guerre entre les deux maisons d’opéra, essentiellement politique, est amorcée.

Au début de l’été 1734, les rumeurs sur la ruine de Handel circulent, mais de fait, ce dernier avait perdu moins d’argent que l’Opéra de la noblesse. Le 12 août, après une cure à la station thermale de Turnbridge Wells, il entame la composition d’un nouvel opéra, Ariodante, qu’il produit au tout nouveau théâtre du Covent Garden, alors que l’Opéra de la noblesse récupère celui du Haymarket, multiplie les souscriptions et réussit à embaucher le plus grand chanteur de l’époque, Carlo Broschi, dit Farinelli.

Les enchères montent ; Handel embauche la troupe de la réputée Marie Sallé qui danse en prélude à la nouvelle version d’Il pastor fido un divertissement, Terpsichore, de mai à juillet 1734. Sa tenue (une simple robe de mousseline blanche) fera scandale, mais la réaction du public convainc Handel d’intégrer des parties de ballet dans ses opéras ultérieurs. Il attendra que la folie suscitée par l’arrivée de Farinelli retombe avant de créer le 8 janvier 1735 Ariodante, sur un texte adapté de l’Orlando furioso, l’une de ses pages les plus inventives, présenté neuf fois lors de la première saison et repris la suivante. Le 1er février, Farinelli interprète le rôle d’Aci et Senesino celui d’Ulisse dans Polifemo de Porpora, repris au Haymarket le 28 octobre en ouverture de la nouvelle saison, en présence de la famille royale et du prince de Modène. Handel n’a pas encore dit son dernier mot et propose le 8 avril 1735 ce qui allait devenir l’un des chefs-d’oeuvre du 18e siècle, Alcina, sommet de l’opéra merveilleux.

La saison suivante s’avérerait difficile pour Handel. L’inspiration semble lui manquer, ce qui laisse le champ libre à l’Opéra de noblesse, qui ne réussit pas à tirer son épingle du jeu, le public demeurant clairsemé et ses finances déficitaires. Le 24 janvier 1736, Porpora propose une nouvelle mouture de son Mitridate (d’abord créé à Rome en 1730), d’après le drame éponyme de Colley Cibber, traduit de l’anglais en italien. Farinelli et Senesino y tiennent les deux rôles principaux.

Handel sort de son apparent mutisme avec Alexander’s Feast en février et Atalanta le 12 mai au Covent Garden, opéra qui devait accompagner le mariage du prince de Galles avec Augusta, princesse de Saxe- Gotha. Coup de théâtre, une semaine avant, le public peut se régaler d’un opéra de circonstance de Porpora, Le feste d’Imeneo. Très affecté en apprenant que le prince de Galles avait préféré l’Atalante de Handel, il quittera Londres l’été suivant.

Ruiné, l’Opéra de la noblesse fermera officiellement ses portes le 11 juin 1737, les associés perdant plus de 12 000 livres dans l’entreprise – et Handel un peu moins de 10 000. Le 15 avril 1738, Serse, opéra qui joue sur les registres léger et humoristique, prendra l’affiche pour seulement cinq représentations. Il est pourtant devenu aujourd’hui l’un des plus joués, peutêtre à cause de l’air le plus célèbre de Handel, « Ombra mai fu ». Le compositeur naturalisé anglais reviendrait tout au plus deux fois au genre, en 1740 et 1741 ; les années de gloire des castrats italiens à Londres étaient maintenant révolues.

© Lucie Renaud

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À propos

Julie Boulianne
Luc Beauséjour
AN 2 9763
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