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AN 2 9973

Corigliano, Rota, Korngold: Oeuvres pour piano

Interprètes
Date de sortie 07 septembre 2010
Numéro de l'album AN 2 9973
Periodes XXe siècle
Genres Piano

Informations sur l'album

Pour ce tout premier album solo, le pianiste canadien Jimmy Brière propose un enregistrement d’oeuvres originales pour piano écrites par des compositeurs habituellement associés à la musique de film: John Corigliano (The Red Violin), Nino Rota (The Godfather) et Erich Korngold (Much Ado About Nothing) ont tous acquis une notoriété internationale par leurs contributions musicales au septième art. Du romantisme tardif à la musique dite « contemporaine », en évoquant au passage le blues et le classique, cet album aux multiples styles s’adresse autant au mélomane aguerri qu’à l’amateur de musique populaire instrumentale.

Au-delà de l’Oscar

Le 28 décembre 1895, date symbolique dans l’aventure artistique humaine, un public subjugué découvre le cinématographe des frères Lumière. Un pianiste improvise sur les images présentées à l’écran, d’abord pour couvrir le bruit envahissant du projecteur alors sans paroi isolante, mais aussi pour plonger le spectateur dans un univers lui permettant de s’évader de son quotidien. Avec l’avènement du parlant, les improvisateurs seront mis au rencart et la bande-son deviendra part intrinsèque et immuable de la narration de l’histoire. Il n’est donc pas surprenant que plusieurs compositeurs, dont Nino Rota, John Corigliano et Erich Korngold – considéré par John Williams et Jerry Goldsmith comme véritable maître à penser – aient souhaité se frotter au genre à un moment ou l’autre de leur carrière. Les confiner à ce rôle s’avérerait toutefois inutilement réducteur et c’est pourquoi Jimmy Brière a voulu présenter ici certaines des pages consacrées au piano par ces compositeurs oscarisés, qui ont très tôt puisé leur inspiration dans le terreau fertile de familles musiciennes. Comme le disait lui-même Korngold en entrevue en 1946 : « La musique est la musique, qu’elle soit écrite pour la scène, la tribune ou le cinéma. La forme peut changer, la manière de l’écrire varier, mais le compositeur doit ne jamais faire de concessions à ce qu’il considère son idéologie musicale. »

Avant de débarquer à Hollywood au début des années 1930 et de signer les trames de Captain Blood, Anthony Adverse, The Adventures of Robin Hood ou The Sea Hawk, Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) avait abordé à de nombreuses reprises les univers de la musique de chambre, de l’opéra et de la musique de scène. Enfant prodige souvent comparé à Mozart, le jeune musicien compose ses premières œuvres dès 1905. L’année suivante, sur les recommandations de Gustav Mahler, son père, critique musical craint autant que respecté, convainc Alexandre Zemlinsky de prendre le wunderkind sous son aile. En 1910, les Viennois découvriront Der Schneemann (Le bonhomme de neige), ballet/pantomine en deux actes et les Munichois son Trio pour piano opus 1. « De savoir que cette musique a été composée par un garçon de onze ans me renverse et me fait peur et j’espère qu’un jeune génie déjà si mature pourra se développer normalement, comme on pourrait lui souhaiter. Son style assuré, sa connaissance de la forme, son expressivité peu commune, surtout dans la sonate pour piano [sa première, composée à 11 ans] sont tout à fait extraordinaires », écrit alors Richard Strauss.

Le 11 octobre 1911, le pianiste Artur Schnabel n’hésite pas à créer la Deuxième Sonate, œuvre qu’il défendra tout au long de sa prolifique carrière. Ses quatre mouvements exigent de l’interprète une technique redoutable – particulièrement le tumultueux Scherzo – et démontrent une remarquable profondeur. Si la musique de Korngold laisse dans son sillage les derniers effluves du romantisme viennois, elle n’est toutefois pas dénuée d’une certaine modernité, tant dans ses choix harmoniques que ses énoncés mélodiques.

Si le nom de Nino Rota (1911-1979) restera toujours lié à celui de Federico Fellini, il ne faudrait pas oublier qu’il avait acquis une certaine renommée dès son plus jeune âge, son premier oratorio L’infanzia di San Giovanni Battista ayant été donné à Milan et Paris alors qu’il n’avait que 12 ans. Élève d’Alfredo Casella à Rome puis de Rosario Scalero et Fritz Reiner (en direction d’orchestre) à Philadelphie, il commence à écrire pour le cinéma dès 1933, sans pour autant négliger les autres formes, signant notamment opéras, ballets et de nombreuses pages orchestrales.

C’est pourtant au piano qu’il préfère composer. « Quand je crée au piano, j’ai tendance à me sentir heureux; mais – voilà l’éternel dilemme – comment pouvons-nous être heureux au milieu de la tristesse des autres? Je ferais tout en mon pouvoir pour donner à chacun un moment de bonheur. Voilà ce qui est au cœur même de ma musique », expliquait-il lui-même. Dans sa série de préludes, composés en 1964, Rota propose un kaléidoscope de sensations et d’émotions. Tour à tour spirituelles, romantiques, impressionnistes, mélancoliques, parfois teintées du sarcasme de Prokofiev ou optant pour le franc néoclassicisme de Stravinski, ces pages en apparence simples se révèlent souvent de véritables petits joyaux.
Fils du violon solo du New York Philharmonic et d’une pianiste accomplie, John Corigliano (né en 1938) rêvait plutôt de travailler comme dessinateur pour les studios Disney que de devenir musicien. Cet esprit fantaisiste et cette imagination surréaliste qu’il associe au médium ont peut-être été deux éléments qui l’ont poussé à se tourner à plusieurs reprises vers le genre de la fantaisie.

Composée en 1976 pour la série piano du bicentenaire de la Washington, D.C. Performing Arts Society, son Etude Fantasy a suscité dès la première l’intérêt du public et de la critique. « L’Etude Fantasy est une œuvre exceptionnellement forte, tant au niveau de sa conception que de son contenu, écrivait Paul Hume dans The Washington Post. Le compositeur a écrit une série de cinq études qui se développe en une ligne continue de la première, pour main gauche seule, aux dernières pages de beauté poignante qui rappelle la fin du Winterreise de Schubert ou la Deuxième Ballade de Chopin. » Corigliano y démontre une connaissance exceptionnelle de l’instrument mais surtout une utilisation imaginative de ses capacités sonores. Les six motifs, tous dérivés de celui d’ouverture, sont construits sur les intervalles de septième majeure – et ses permutations la seconde et la neuvième mineures –, de tierce mineure et de quinte juste. En intégrant des éléments virtuoses jamais dénués de sens, une palette étonnante d’intentions et des liens thématiques serrés entre les cinq sections, le compositeur transpose ce qui aurait pu s’avérer un exercice de style en œuvre maîtresse.
La première étude, pour la main gauche seule, tisse une toile dense et multiple, qui favorise l’utilisation abrupte des registres et nuances extrêmes de l’instrument et les superpositions de types d’articulation. Même si divisée en cinq sections clairement identifiées, elle possède le caractère spontané de la fantaisie.

En opposition, la deuxième mise sur des dégradés de teintes sonores. La troisième, basée sur un motif de quinte se contractant en tierce, occupe la place centrale du cycle. Elle privilégie une humeur volontiers taquine, une agitation rythmique, des changements subits de textures et une tenue de pédale parfois acrobatique. La quatrième, consacrée aux ornements, plonge de nouveau dans une certaine noirceur et met en lumière le côté percussif de l’instrument. La dernière, lyrique et sereine, privilégie une différenciation claire entre mélodie et accompagnement, tout en reprenant le matériel précédemment exposé, menant cette forme cyclique à sa conclusion naturelle.

© Lucie Renaud

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À propos

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