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FL 2 3009

Brahms: Trois sonates pour piano et violoncelle

Compositeurs
Date de sortie 14 août 1995
Numéro de l'album FL 2 3009
Periodes Romantique
Genres Musique de chambre

Informations sur l'album

C’est avant tout par le piano que la fantaisie de Brahms trouvait ses sources d’inspiration, et cet instrument fut le centre de gravité de son œuvre.

Pourtant, Brahms manifesta toute sa vie un vif intérêt pour la musique de chambre. Il est vrai que sa personnalité l’attirait davantage vers le lyrique que vers le dramatique mais, par contre, sa réticence à l’égard d’instruments dont le maniement ne lui était pas familier l’empêchaient de se lancer dans des projets pour lesquels il ne se sentait pas suffisamment préparé.

À ce titre, la musique de chambre fut aussi pour lui un lieu d’expérimentation. Brahms s’est toujours montré parcimonieux en matière d’utilisation des timbres et des possibilités techniques des instruments, et il n’utilisait ces derniers que dans la mesure où il pouvait les plier à sa volonté créatrice. Il rejetait sans équivoque toute virtuosité spectaculaire — n’alla-t-il pas un jour jusqu’à traiter Liszt de « charlatan »?

Il y a chez Brahms un souci constant d’équilibre entre inspiration et science, entre émotion et raison. En 1862, Brahms composa les trois premiers mouvements de la Sonate pour piano et violoncelle en mi mineur, op. 38. Il écrivit le finale en 1865 à Karlsruhe, lors d’un séjour chez son ami Julius Allgeyer. Cependant, avant de faire éditer son œuvre, le compositeur décida de retrancher l’adagio initialement prévu: cette sonate n’a donc pas de mouvement lent. Brahms eut de la difficulté à faire éditer sa sonate. Deux éditeurs la refusèrent; finalement, c’est l’éditeur Simrock qui la publia en 1866 (Brahms l’ayant peut-être rassuré en lui affirmant qu’elle était facile). L’œuvre fut dédiée au docteur Josef Gänsbacher qui, grâce à son influence, avait favorisé la nomination de Brahms à la tête de la Singakademie de Vienne en 1863. Mais plus qu’un gage de reconnaissance, cette dédicace fut un hommage aux talents musicaux de Gänsbacher, qui était aussi un violoncelliste accompli.

Plusieurs ont vu dans cette sonate un hommage à Jean-Sébastien Bach, que Brahms vénérait tant. En effet, le premier thème du finale montre une étroite parenté avec le Contrapunctus XIII de l’Art de la Fugue. De même, le thème principal du premier mouvement a pu avoir comme modèle le Contrapunctus III. À cause de sa fraîcheur, de sa spontanéité, de son climat de légende et de ballade nordique, cette sonate s’est mérité le surnom de « sonate pastorale ».

La Sonate pour piano et violoncelle en ré majeur est une transcription de la sonate pour violon op. 38. La question de savoir qui est l’auteur de la transcription a fait couler beaucoup d’encre. On a longtemps cru que c’était Brahms lui-même qui en était l’auteur. Certains tenants de cette hypothèse ont cité comme preuve des lettres de Brahms adressées à son éditeur Simrock dans lesquelles le musicien manifestait le désir que son nom, en tant qu’arrangeur, ne soit pas mentionné, sous prétexte que le travail du maître serait facilement reconnaissable à l’audition.

Cependant, nulle part il n’est fait mention explicitement de l’Opus 78, et pour cause: ces lettres sont antérieures de plusieurs années à la composition de l’œuvre! On croit plutôt aujourd’hui que l’arrangement de la sonate est l’œuvre du compositeur et chef d’orchestre allemand Paul Klengel (1854-1935), dont le jeune frère Julius fut un grand violoncelliste; son nom apparaît d’ailleurs sur la page frontispice d’une édition de 1897. (Ajoutons que Denis Brott a modestement apporté quelques modifications mineures à la fin des second et troisième mouvements, afin de refléter plus fidèlement les intentions du compositeur contenues dans la version originale.)

Brahms acheva la Sonate op. 78 au cours de l’été 1879 à Pörtschach, en Carinthie, où il séjournait pour un troisième été consécutif. Cette œuvre fut surnommée Regensonate, « Sonate de la pluie », en raison de l’utilisation de motifs empruntés au lied pour ténor Regenlied, op. 59, composé en 1873 (Clara Schumann était toujours très émue par la mélodie de ce lied, et il est possible que Brahms ait voulu, par cette composition, rendre hommage à sa chère amie). Après un vivace ma non troppo — écrit en forme-sonate à trois thèmes dont les premières notes évoquent la mélodie du Regenlied — suit un émouvant adagio, mélancolique et rêveur, au sujet duquel Elisabeth von Herzogenberg, dans une lettre datée du 24 novembre 1879, écrit à Brahms: « Quand je joue la dernière partie de cet Adagio avec son céleste point d’orgue que je fais durer le plus longtemps possible, je devine votre bonté. » Le premier thème du finale emprunte textuellement la mélodie et l’accompagnement du Regenlied. Ce morceau toucha particulièrement Clara Schumann qui confia à Brahms: « … imagine-toi mon bonheur quand j’arrivai à la troisième partie, ma mélodie préférée, si ravissante. Quand je dis ma mélodie, c’est parce que je ne crois pas qu’un autre être puisse en être touché à la fois plus joyeusement et aussi plus douloureusement que moi ». Selon les vœux de Clara, cette pièce fut jouée à ses funérailles.

Brahms, à chaque printemps, avait l’habitude de quitter la ville pour s’installer dans un endroit retiré et paisible où il pouvait satisfaire son besoin de solitude, composer en toute quiétude et s’adonner à sa grande passion: la marche dans la nature. Il aurait bien pu faire sienne la devise de son ami violoniste Josef Joachim: « Frei aber einsam » (Libre mais seul). En 1886, c’est en Suisse, dans le petit village de Hofstetten, sur les bords du lac de Thun, qu’il s’établit. Il y retourna les deux étés suivants; ce fut l’une des périodes les plus productives de sa carrière. Brahms, pour sortir de son isolement, allait fréquemment passer les week-ends chez son ami Widmann, à Berne. Ce dernier nous a transmis quelques précieux détails de la vie de Brahms à cette époque: son goût de la lecture, sa tenue vestimentaire volontairement négligée (qu’il considérait comme une affirmation de sa liberté), son insatiable curiosité envers tout ce qui touchait la nature, les arts et la technologie, particulièrement les grandes innovations de son temps comme l’électricité et le phonographe d’Edison.

C’est pendant cet été 1886 que Brahms composa sa Sonate pour violoncelle et piano en fa majeur, op. 99. La première lecture de cette œuvre eut certainement lieu chez Widmann, mais ce n’est que le 24 novembre qu’eut lieu la première audition publique. Brahms était au piano et son ami Hausmann tenait le violoncelle. Contrairement à la sonate op. 38 qui connut dès sa création un immense succès, cette nouvelle sonate fut critiquée et fut longue à s’imposer, principalement à cause du traitement inhabituel et très libre des tonalités qui sortaient des conventions établies, notamment dans l’allegro vivace initial, où se confrontent les tonalités de fa et de fa dièse. Ce morceau, de caractère énergique et tourmenté, voire même héroïque, adopte la forme-sonate à trois thèmes.

Le remarquable adagio affettuoso qui suit, de forme lied (ABA’), offre un ravissant contraste avec la pièce précédente par son allure plaintive et poétique, d’un grand lyrisme. L’allegro passionato est un frémissant scherzo au mouvement incessant dont le trio central fait couler un chant plus tendrement mélodique. Le finale, allegro molto, est un rondo plutôt bref traîté avec beaucoup de simplicité, aux allures de mélodie populaire.

Note: Pour satisfaire notre volonté de rassembler en un seul disque les trois sonates, tout en tenant compte des limites de durée du disque compact, il nous a fallu omettre les reprises dans les premiers mouvements des sonates opp. 38 et 99.

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