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AN 2 9984

Amoroso

Date de sortie 19 mars 2013
Numéro de l'album AN 2 9984
Periodes XXe siècle

Informations sur l'album

Amoroso

Les histoires d’amour – littéraires, clandestines ou de jeunesse – servent de toile de fond aux trois œuvres de cet enregistrement, toutes datant du premier quart du dernier siècle. La novella de Tolstoï La Sonate à Kreutzer a inspiré le compositeur tchèque Leoš Janá?ek lors de l’écriture du premier de ses deux quatuors à cordes. Cette histoire de passion, de jalousie et de musique de chambre est narrée par Pozdnychev, mari dominateur. Rongé par la jalousie, soupçonnant que sa femme entretient une liaison amoureuse et non seulement musicale avec un violoniste, il la tue avec un poignard. Janá?ek s’identifie à la femme non nommée plutôt qu’aux thèmes sous-jacents du récit polémique de Tolstoï. « J’avais en tête une pauvre femme, tourmentée, battue à mort, écrit-il à Kamila Stösslová, sa confidente, qui deviendrait sa maîtresse. Il a écrit le quatuor rapidement pour remplir une commande informelle du Quatuor tchèque en 1923, adaptant la musique d’un trio avec piano non publié basé sur la même source littéraire. Le poignant thème implorant d’ouverture dépeint parfaitement la victime (et rappelle également, semble-t-il, un chant folklorique morave que Janá?ek admirait). Il revient comme un leitmotiv sous différentes formes à travers le quatuor. Le premier mouvement est dominé par un thème plus assuré, représentant le mari autoritaire. Le deuxième mouvement, proche du scherzo, comprend le rythme d’une polka et l’introduction de l’élégant musicien, Troukhatchevski. On retrouve dans le troisième mouvement une allusion à la Sonate à Kreutzer de Beethoven, jouée par les amants dans l’histoire de Tolstoï lors d’une soirée musicale. Le final s’ouvre sur une musique agitée représentant la jalousie de Pozdnychev. Au fur et à mesure que des références aux mouvements précédents surgissent, elles sont dominées par le poignant thème implorant du début, souvenir touchant et puissant de la femme alors qu’elle se meurt.

À travers les titres descriptifs de sa Suite lyrique – jovial, amoureux, mystérieux, passionné, délirant et désolé –, le compositeur viennois Alban Berg suggère un programme sous-jacent. Des citations musicales de Zemlinsky et Tristan und Isolde jettent de l’huile sur le feu. « Comme quiconque commet le crime parfait, écrit le musicologue George Perle, Berg était fier de son coup et voulait que nous le sachions. » Dans les années 1960, le théoricien Theodor Adorno, étudiant de Berg, a suggéré que toute la suite était un « opéra latent », mais ce ne fut qu’en 1977 que l’on a appris avec certitude que des événements biographiques avaient de fait mené à la création même de cette œuvre. Perle a découvert une partition abondamment annotée de la main de Berg, prouvant que le livret caché de son « opéra latent » était basé sur une aventure clandestine jusque-là insoupçonnée.

Une cellule musicale de quatre notes, composée des notes lasi bémol – si bécarre – fa, est nichée au cœur des six mouvements. Celle-ci est dérivée des initiales de Berg et Hanna Fuchs-Robettin, femme d’un industriel de Prague, avec laquelle il a entretenu une relation discrète pendant dix ans. « J’ai secrètement inséré nos initiales dans la musique, a écrit Berg sur la partition annotée qu’il a remise à Hanna. Puisse celle-ci être un petit monument érigé à un grand amour. » Ce n’était pourtant que le début. La grande majorité de la partition de 90 pages comprend des annotations minutieuses, en trois couleurs différentes. « J’ai écrit beaucoup de choses dans cette partition qui auront une autre signification pour toi, et seulement pour toi, à qui chaque note de cette œuvre est dédiée », a-t-il ajouté. La cellule de quatre notes est utilisée pour déterminer les caractéristiques techniques de la partition. Berg a intégré à ceci d’autres procédés cryptés et numérologiques. « Chaque mouvement est lié à nos chiffres : 10 et 23 », écrit-il, faisant référence au nombre (23) qui, selon lui, gouvernait son destin, et 10, celui d’Hanna. Ces nombres sont cruciaux dans la structure de la pièce. Berg lui-même voyait la trajectoire de la Suite lyrique, l’une de ses œuvres les plus acclamées, comme « le large déploiement […] d’un concept programmatique global : “Subjétion au destin”. »

En 1905, le compositeur autrichien Anton Webern était amoureux fou de sa cousine, Wilhelmine Mörtl, avec laquelle il prit des vacances pour marcher jusqu’en basse Autriche, tout juste à l’Ouest de Vienne. Le compositeur de 21 ans se confia de façon expansive à son journal, racontant les instants idylliques passés ensemble (« un conte de fée » […] « des fleuves d’or » […] « une symphonie de la forêt » […] deux âmes s’épousent »). Webern a composé un Langsamer Satz luxuriant et romantique à Vienne cet été-là, après avoir presque complété la première des quatre années d’études intensives en composition avec Schoenberg, entreprises dans le cadre de son doctorat en musicologie à l’Université de Vienne. Un parmi plus de 100 œuvres et exercices ébauchés et terminés sous la tutelle de Schoenberg, la plupart toujours non publiés, le mouvement indépendant, édité en 1965, possédant une structure tripartite A-B-A suivi d’une coda, rejoint le paysage intense, nocturne, chargé d’émotion de la Verklärte Nacht de son professeur, écrite six ans plus tôt. Ses lignes polyphoniques témoignent d’une étude rigoureuse de Brahms, alors que les ultimes harmonies enivrantes du romantisme tardif seraient bientôt abandonnées par Webern. Évoquant son choix de véhicule pour ce chant d’amour, Webern écrirait peu après son achèvement à son beau-frère : « Le quatuor est la plus glorieuse création musicale. »

© 2013 Keith Horner
Traduction: Lucie Renaud

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À propos

Cecilia String Quartet
AN 2 8788 Beethoven Strauss
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