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AN 2 8104

Cantus Angelicus - Chant grégorien

Compositeurs
Date de sortie 04 mars 2003
Numéro de l'album AN 2 8104
Periodes Médiévale
Genres Chant sacré

Informations sur l'album

Sur la colline de l’Abbaye Sainte-Marie, face au lac des Deux-Montagnes, sept fois par jour et une fois la nuit, les moniales bénédictines prient en chantant le grégorien. Comme l’Abbaye des moines de Saint-Benoît-du-Lac, Sainte-Marie appartient à la congrégation de Solesmes (31 monastères répartis sur 3 continents). Fondée en 1936 par quatre moniales de Notre-Dame de Wisques (Pas-de-Calais) et un groupe de Canadiennes, la communauté est heureuse de maintenir aujourd’hui l’héritage de Solesmes. Car héritage il y a, et le maintenir signifie déployer sa créativité.

Moine, moniale, monastère: trois mots qui font tout de suite penser à Dieu. Monos, terme grec, racine de l’idée de solitude, de séparation: seul, simple, unifié… Pour Dieu seul! Bénédictins et Bénédictines sont enfants de saint Benoît (480-557), Benedictus, le Béni. Benoît est reconnu comme le père des moines d’Occident par la Règle de vie qu’il leur a laissée, la Regula monachorum: « Écoute, ô mon fils… Ne préfère rien à l’amour du Christ, ne préfère rien à la célébration de la prière ». Très florissant au Moyen Âge, l’Ordre monastique a été restauré à Solesmes en 1833 par Dom Prosper Guéranger, qui retrouva une orientation marquée au cachet de l’Antiquité: la vie bénédictine est ordonnée à la contemplation du Mystère du Christ, mystère vécu principalement dans une liturgie solennelle, sous la forme d’une tradition vivante, avec le souci d’être intégré dans l’Église contemporaine.

Qui dit abbaye dit Abba: père… ou mère. Une abbaye est un monastère autonome, gouverné par un Père Abbé ou une Mère Abbesse, ce qui donne d’emblée à la communauté une physionomie familiale. Apprendre à chanter? Ici entre en jeu la « tradition vivante »: le chant s’apprend en famille au monastère; maintenant encore, les jeunes Bénédictines continuent l’effort d’étude du grégorien qui assure au culte une vitalité venue de l’intérieur.

L’amour du latin et du grégorien s’allie, dans l’esprit de Solesmes, à la réception du Concile Vatican II et des normes liturgiques de la messe rénovée: « L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine » (Vatican II). Grand amant de grégorien, Paul VI avait confié aux Bénédictins la responsabilité de garder vivant le trésor de la prière grégorienne; aux moniales bénédictines, il disait: « Votre consécration contemplative doit exprimer la beauté spirituelle, l’art dans toutes les actions de la journée. S’il en est ainsi, sachez que les murs de vos maisons deviennent de cristal; une émanation diaphane de paix, de silence, de joie se répand autour des monastères » (28 octobre 1966).

Dans le sillage de Dom Joseph Gajard (1885-1972), maître de chœur de Solesmes, qui le premier enregistra des disques de grégorien, les moniales offrent un choix de pièces sur les anges. Le secret de ce disque ne réside pas dans une recherche de performance musicale, mais dans le partage d’une prière faite en famille. La presque totalité des 37 moniales, de formation et d’âges variés, participait à l’enregistrement, réalisé dans la joie, l’amour et même l’humour fraternel. Les auditeurs sont ainsi invités à devenir frères et sœurs des Bénédictines en entrant dans leur prière, puisque « chanter, c’est prier deux fois ».

Chant grégorien, chant angélique?

Il existe un chant qui n’est que prière. Au dire des moines du Moyen Âge, son inspiration est venue de l’Esprit de Dieu qui habitait le cœur des chantres. Il a jailli de la Parole, celle de Dieu consignée dans le Livre — la Bible — proclamée en latin, langage musical s’il en est. Du VIIe au XIIe siècle, le texte s’épanouit en mélodies de plus en plus expressives. Rattaché au nom du pape saint Grégoire (d. 604), qui avait veillé à la beauté du chant d’Église, le chant grégorien est un art sacré, voué à la louange divine. Le patronage de Grégoire, cet ami des anges, hanté par le désir du ciel, était en soi un programme. On a pu dire que sans son influence, le Moyen Âge n’aurait pas été ce qu’il a été: une ère de chrétienté familière avec la présence des anges, menant déjà vie commune avec les habitants du monde céleste.

Nombre de textes et de motifs grégoriens mettent en scène les anges venus chanter paix sur terre. Car par profession, pourrait-on dire, nos grands frères les anges, ces myriades de créatures purement spirituelles, chantent la paix de Dieu qu’ils regardent sans cesse et aiment d’un amour de feu. Est-ce parce que le chant grégorien est né de et pour la seule prière, ou à cause de sa monodie chantée sans accompagnement, qu’on le trouve souvent angélique? Toujours est-il que moines et moniales, à l’école de saint Benoît, tendent à unir leur chant à celui des anges présents dans le temple du monastère.

Kyriale, introïts, graduels, alléluias, offertoires pour célébrations eucharistiques; antiennes, hymnes, répons pour la Liturgie des Heures; séquences et chants variés: une multitude de genres foisonne dans les nombreux livres de grégorien. Répertoire propre pour la messe, pour les offices; toute une petite bibliothèque forme la trousse de travail de chaque moniale; point n’est besoin de s’ennuyer! Un supplément de variété est encore assuré par la complémentarité des styles: style syllabique dans le cas des séquences et antiennes brèves; style neumatique lorsque la mélodie se charge de quelques neumes par syllabe pour revêtir introïts, offertoires, répons; style mélismatique, danse de longue vocalise (mélisme) où la joie pure s’envole en mélodie. Variété insérée dans la liberté, puisque jamais le rythme grégorien n’est mesuré. Chaque note ou « neume » est unique, de temps primaire, demandant une interprétation appropriée.

Favori de nos aïeux, le célèbre Kyriale des Anges, 8e formulaire des 18 choix de Kyriale grégoriens, mérite encore d’attirer l’attention. « Le titre: De Angelis indique l’assignation aux fêtes des anges. À cause de la continuelle altération du si en si bémol on peut penser à une tonalité majeure. Le Kyrie est un joyeux chant de louange suivi d’une humble prière qui demande grâce et pitié. La mélodie populaire donne du relief à un chant de louange aussi unitaire que vivant. » (F. Haberl, Le Kyriale Romanum, 1981.)

Le programme choisi nous fait traverser l’horizon de la grâce d’un bout du ciel à l’autre, accompagnant le grand voyage des anges depuis le Gloria de Noël et l’annonce de Pâques… jusqu’à l’entrée de leurs protégés en Paradis. D’abord, une Femme entourée d’anges: Marie, acclamée par le vibrant alléluia Asumpta. Très populaires sont les chants au Saint-Sacrement, notamment le Panis angelicus. Après le Kyriale, deux chants forment un diptyque d’icônes musicales peignant le Christ adoré par les esprits angéliques: In excelso throno, Adorate Deum. Nos anges gardiens méritent mention, les anges « grégoriens » étant fort occupés, en plus de louer Dieu, à veiller sur les petits d’hommes en pèlerinage sur terre. Les deux dernières sections voudraient apporter réconfort à qui peine dans le deuil: aux anges sont confiés les défunts, mais le dernier mot n’est pas aux obsèques, il est à la joie du ciel, dans la ronde des anges et des saints.

Huit modes et davantage confèrent au grégorien des teintes qui seront ensuite longtemps oubliées. Les éditeurs indiquent le mode par un chiffre romain placé à côté du titre de la pièce. Comment n’être pas sensible au caractère de paix, parfois de solennité (offertoire Stetit) du 1er mode? Porté à la simplicité priante (hymne Tibi Christe), le 2e mode atteint l’exubérance dans les mélismes du graduel Angelis suis. Appelé le mode extatique, le ton de mi entraîne l’enthousiasme dans le rhythmus Exsultemus et lætemur (3e), pour livrer son caractère contemplatif dans le répons Quem vidistis et surtout dans l’admirable hymne Urbs Ierusalem (4e mode). Correspondant à notre fa majeur, les 5e et 6e tons se différencient par le cachet plus retenu, plus berceur du 6e mode (Ave Regina cælorum). Au 7e mode, employé pour l’antienne In paradisum, est réservée l’expression la plus vibrante de la joie et de l’espérance. De la joie, il en reste pour le 8e mode, mais en couleur plus grave, plus pleine, marquée par la certitude (alléluia Angelus Domini).

Dans l’esprit de saint Grégoire, depuis l’aurore du Moyen Âge jusqu’à nos jours, le chant grégorien n’a qu’une seule prétention: contenter Dieu, en faisant chanter ses enfants. Si moines et moniales l’aiment, c’est pour sa simplicité. Animé par des moyens musicaux réduits, le grégorien est au fond un grand Pauvre; il crée en nous un cœur pur, un cœur de pauvre, un cœur paisible.

© Bernadette-Marie Roy, o.s.b.

Le concept visuel de cette pochette s’appuie sur des éléments graphiques issus de la tradition monastique de l’Abbaye Sainte-Marie des Deux-Montagnes. La police de caractères utilisée pour le titre reproduit l’écriture onciale, formée au IIIe ou IVe siècle. Écriture des premiers chrétiens, puis des moines, elle connaît son heure de gloire au Ve siècle pour les textes ecclésiastiques et se conserve sans altération jusqu’au XIIe siècle.

Mère Maura Chabry, moniale de Ste-Marie, a tiré les lettres C et S d’un Lectionnaire du XIe siècle de l’Abbaye de Montmajour (Provence). La lettrine O avec ses entrelacs soignés révèle l’inspiration saxonne du Sacramentaire d’Esternach (Grand Duché de Luxembourg, Xe siècle). Les boucles noires, serties de points blancs et disposées ici à la manière des ferrements d’une reliure ancienne, ont été puisées dans la Seconde Bible de Charles le Chauve, le plus riche exemplaire des manuscrits franco-saxons (IXe siècle).

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AN 2 8745 Max Richter Portrait
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