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FL 2 3120

Palestrina, Victoria; Missa Ut re mi fa sol la et autres oeuvres sacrées

Date de sortie 10 novembre 1997
Numéro de l'album FL 2 3120
Periodes Renaissance
Genres Chant choral

Informations sur l'album

Les célèbres chants d’églises de Palestrina sont une révélation toute spirituelle, devant laquelle nous demeurons saisis, frappés d’un ineffable émoi…
– Richard Wagner

Dans l’esprit des mélomanes, le nom de Palestrina est enveloppé de légende; il évoque en premier lieu les offices de la chapelle Sixtine. Or, bien que ses œuvres y aient été chantées, Palestrina n’a travaillé que quatre mois pour la célèbre chapelle du Vatican. On a également célébré son rôle de « sauveur de la musique sacrée », qu’on croyait en danger de disparition après les réaménagements liturgiques exigés par le concile de Trente, mais les faits témoignent que les cardinaux conseillers pour la musique au célèbre concile n’ont jamais eu l’idée de bannir la polyphonie des églises et ne changèrent pas d’avis à la suite d’une des messes de Palestrina, comme la tradition le rapporte à tort. Cette réputation vient d’exégètes qui, surtout au siècle dernier, ont mal interprété les données historiques et qui ont voulu faire de Palestrina, dans ce mouvement appelé « céciliarisme », le plus grand compositeur de la Renaissance et le modèle absolu de toute musique sacrée, modèle placé sur les cimes éthérées et inaccessibles de la perfection.

Notre époque a révisé les faits historiques et envisagé l’œuvre de Palestrina dans une plus juste perspective. S’il n’est pas le compositeur le plus original ou le plus audacieux de la Renaissance, il est vrai que Palestrina possède, comme plusieurs de ses contemporains, un métier de polyphoniste confondant et qu’il se présente comme un grand maître classique, figurant en bonne place parmi ceux qui ont élevé à un achèvement indépassable les procédés de leur temps.

Giovanni Pierluigi naît au début de février 1525 ou 1526 selon toute vraisemblance à Palestrina, une petite ville située sur les monts Sabins près de Rome. Il fait son premier apprentissage musical comme enfant de chœur à l’église Sainte-Marie-Majeure sous la direction de Robin Mallapert et de Firmin LeBel; il chante les œuvres de Josquin des Prés, de Jean Mouton, de Pierre de LaRue, d’Antoine Brumel et de Costanzo Festa, entre autres compositeurs dont il s’appropriera vite les savants procédés contrapuntiques. En 1544, Palestrina est nommé organiste de la cathédrale Saint-Agapit de sa ville natale et trois ans plus tard il épouse Lucrezia Gori, dont il aura bientôt trois fils. En 1550, l’évêque de Palestrina devient pape sous le nom de Jules III; il s’empresse de faire venir le jeune organiste à Rome et le nomme aussitôt « maître des enfants » de la chapelle Julia. Cette maîtrise avait été mise sur pied par Jules II en 1513 pour la formation des musiciens italiens, alors que la chapelle Sixtine était occupée par une majorité de chanteurs et de compositeurs venus des Flandres, de France et d’Espagne. Trois ans plus tard, en 1554, Palestrina dédie à son protecteur son premier livre de messe et il publie la même année son premier recueil de madrigaux. En janvier 1555, Palestrina entre comme chanteur à la chapelle Sixtine, malgré qu’il fût marié, ce qui était contraire au règlement, et qu’il n’ait eu que très peu de voix. Mais bientôt Jules III meurt; son successeur, Marcel II, ne règne que trois semaines, puis Paul VI, plus sévère, congédie les trois musiciens de la Sixtine qui n’étaient pas célibataires. Ainsi, Palestrina, n’aura chanté sous les fresques de Michel-Ange qu’un peu moins de quatre mois.

Après son passage à la Sixtine, Palestrina est mæstro di cappella à Saint-Jean-de-Latran, mais il quittera ce poste en 1560, après une querelle sur des questions financières avec le chapitre de l’institution. On le retrouve ensuite à Sainte-Marie-Majeure et au même moment il enseigne le chant au Séminaire romain, fondé en 1563 après le concile de Trente, tout en fournissant la chapelle Sixtine. Il dirige à cette époque les concerts du cardinal Hippolyte d’Este à Tivoli et sa réputation grandit sans cesse.

Palestrina compose sans relâche et publie régulièrement à Rome et à Venise une partie de sa production, messes, motets, musiques diverses pour les offices et madrigaux. En 1567, l’empereur Maximilien II l’invite à travailler pour sa chapelle à Vienne, mais les exigences de Palestrina sont trop élevées et c’est Philippe de Monte qui obtient le poste. Un an plus tard, il se lie d’amitié avec le duc de Mantoue, musicien amateur dont il supervise les compositions. En 1571, Palestrina retourne à la chapelle Julia, où il travaillera jusqu’à sa mort vingt-trois ans plus tard. Les dix années qui suivent voient la mort de deux de ses fils, de son frère et de sa femme, fauchés par la peste. Vers 1580, Palestrina caresse le projet de se faire prêtre, mais il se remarie bientôt avec Virginia Dormali, la riche veuve d’un marchand de fourrure. Il s’occupera des affaires de sa femme, réalisant de substantiels profits dans l’acquisition de terres et dans la construction et la location de diverses propriétés. Puis celui qu’on célèbre de son vivant comme « le premier musicien du monde » meurt le 2 février 1594, à l’âge d’environ 68 ans. Il reçoit un service funèbre somptueux et son cercueil est suivi de « tous les musiciens de Rome et d’une multitude de peuple » avant d’être déposé à Saint-Pierre dans la Capella Nuova.

Palestrina a formé de nombreux élèves, qui établiront au siècle suivant la tradition de l’école romaine, et son nom sera synonyme de perfection de l’écriture polyphonique et fera figure de modèle pédagogique du contrepoint. Il nous a laissé 104 messes, dont une quarantaine publiées de son vivant en six livres, 250 motets, dont plus de la moitié publiés en sept livres, ainsi que 68 offertoires, 35 Magnificats, 140 madrigaux et la mise en musique du Cantique des Cantiques. Lorsque le concile de Trente avait abordé en 1562, un peu avant la fin de ses travaux, la question de la musique, les cardinaux chargés de l’examen de cette matière avaient recommandé qu’on allégeât la polyphonie de façon à ce que les paroles soient bien comprises par les fidèles et qu’on abandonnât la composition de messes sur des mélodies de chansons populaires, comme c’était l’usage chez les maîtres franco-flamands. À la fois simple et merveilleusement construit, l’art de Palestrina répondait déjà tout naturellement à ces demandes, et c’est pourquoi il allait devenir, du vivant même du musicien, un des plus puissants symboles de l’Église catholique romaine.

Tomás Luis de Victoria, le plus grand compositeur de « l’âge d’or » de la musique polyphonique espagnole au seizième siècle, naquit à Avila en 1548, et vers 1558 devint jeune choriste à la cathédrale de cette ville, où il reçut sa première éducation musicale. Lorsque sa voix mua, il fut envoyé au Collegium Germanicum de Rome où il fut enrôlé comme étudiant en 1565. Il passa alors vingt ans à Rome, où il occupa plusieurs postes dont les plus importants furent à S. Maria di Montserrato, au Collegium Germanicum, au Séminaire Romain (où il succéda à Palestrina en tant que Mæstro di Cappella en 1571) et à S. Appolinare. En 1575 il prit les ordres et trois ans plus tard il fut nommé chapelain à S. Girolamo della Carita. Vers 1587 il quitta l’Italie et cette même année devint chapelain de l’Impératrice Douairière Maria au Couvent Royal pour les Clarisses Déchaussées, où il remplit les fonctions de maître du chœur de prêtres et d’enfants. La production musicale de Victoria est relativement restreinte, comparée à celle d’autres compositeurs majeurs de la Renaissance tels que Palestrina (qui publia cinq fois plus de musique) et Lassus (plus prolixe encore), et il ne publia point de musique profane. Celle qu’il publia, cependant, fait preuve d’un niveau d’inspiration et de technique musicale très élevé, et les retouches constantes qu’il apporta aux éditions successives des ses œuvres parues de son vivant, de même que certains de ses commentaires dans les préfaces à ses œuvres, témoignent de son attitude hautement exigeante vis-à-vis de ses œuvres. Dans sa dédicace au Pape Grégoire XIII de son volume des Hymni totius anni de 1581, il parle de la musique comme d’un art vers lequel il était attiré d’instinct, et d’une recherche de la perfection à laquelle il avait consacré de longues années d’études, avec l’aide et l’encouragement d’autres hommes avisés.

Le style de Victoria montre l’influence de maîtres antérieurs de l’école espagnole ainsi que celui de son long séjour à Rome, où il est probable qu’il fréquenta beaucoup Palestrina. De 1566 à 1571, à l’époque où Victoria étudiait au Collegium Germanicum, les fils de Palestrina, Angelo et Rodolfo, étaient étudiants au Séminaire Romain voisin. Casimiri a suggéré que ce fait avait pu conduire à des contacts directs entre Victoria et Palestrina son ainé, du temps où ce dernier était Mæstro di Capella du Séminaire Romain, avant que Victoria ne lui succède en 1571. Quoi qu’il en soit, Victoria partage certainement avec Palestrina le goût de la régularité de lignes mélodiques conjointes et du contrepoint double très ouvragé, mais sa musique contient d’avantage d’altérations et une subtile utilisation de la coloration harmonique qui la distinguent de celle de ses contemporains et lui donne cette qualité d’intensité passionnée pour laquelle elle est si justement célèbre.

© Marcel de Hêtre, François Filiatrault

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AN 2 8788 Beethoven Strauss
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