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AN 2 9923

Romances: Liszt, Rachmaninov

Date de sortie 08 mai 2007
Numéro de l'album AN 2 9923
Periodes Romantique
Genres Récit vocal

Informations sur l'album

Chanter la romance … Qui n’a pas rêvé, un jour ou l’autre, de succomber à l’être aimé nous fredonnant quelque doux propos. Si, historiquement, la romance a d’abord été déclamée en espagnol, elle a rapidement été adoptée par d’autres auteurs européens avant de devenir genre musical à part entière. Très en faveur en France à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle et jusqu’au milieu du XIXe siècle, elle se veut trait d’union entre musique populaire et musique de concert.

L’âme slave ne pouvait qu’être touchée par ces sujets tendres, volontiers mélancoliques. En héritier de Glinka mais surtout de Tchaïkovski, Sergeï Rachmaninov (1873-1943) devait composer plus de 80 romances entre 1890 et 1917. En virtuose exceptionnel, il dédia un rôle important au piano, tour à tour narrateur, confident ou peintre.

Le premier recueil de Romansov, opus 4 (daté de 1892), témoigne de cette disposition naturelle de Rachmaninov à la mélancolie. Dédiée à sa cousine Natalya Satine – qui deviendra quelques années plus tard sa femme –,  » Ne poj, krasavica  » (Ne chante pas en ma présence) transmet l’immensité des plaines géorgiennes à travers des mélismes vocaux lancinants. « Davno-l’, moj drug  » (Il n’y a pas si longtemps) semble presque opératique et nous fait basculer dans un univers de tragédie.

« Ja zhdu tebya  » (Je t’attends), premier chant de l’opus 14 (publié en 1896), se veut une déclaration d’amour teintée d’un certain désespoir, sous-entendu par les grands intervalles de la ligne vocale et le traitement dramatique des mots  » je t’attends « . Le piano prend progressivement possession de l’œuvre, amant d’abord discret puis présomptueux. Le contraste avec  » Ostrovok  » (La petite île) est saisissant. Dans cette pastorale toute en subtilité, la ravissante ligne chantée est soutenue par un accompagnement d’une grande discrétion, à peine perturbée par le léger ondoiement des triolets. Dans  » Vesennije, vody  » (Torrents printaniers), particulièrement virtuose – la pièce est dédiée à l’ancien professeur de piano de Rachmaninov, Anna Ornatskaya –, le printemps russe s’exprime avec une certaine sauvagerie, les tourbillons de l’eau qui se réveille sous les glaces emportant tout sur leur passage.

Écrit quelques semaines à peine avant son mariage à Natalya (l’avance défrayera les coûts de la lune de miel), les douze chants de l’opus 21 expriment la félicité. Sous l’apparente gaieté du thème de  » Siren’  » (Lilas), basé sur trois notes, pointe l’impatience. Dans  » Zdes’ khorosho  » (Si paisible), dédié à sa femme, le piano devient complice attentif. La majesté des premières phrases de « Ja ne, prorok  » (Je ne suis pas prophète) exulte une confiance inattaquable qui se fondra en arpèges évoquant la lyre du poète.

Des quinze chants de l’opus 26,  » U mojevo okna  » (À ma fenêtre) reste le plus aimé. La voix et le piano y sont soudés, échangeant leurs lignes, complétant leurs affirmations, nous plongeant dans une délicieuse rêverie.

En 1912, Rachmaninov devait établir une correspondance étroite avec une admiratrice qui signait ses missives Ré, en fait la poétesse d’origine arménienne Marietta Shaginian. Dès le deuxième échange de lettres, Rachmaninov lui demandait de lui faire parvenir des poèmes qu’il pourrait mettre en musique,  » d’humeur triste plutôt que joyeuse; les couleurs vives ne me viennent pas facilement « .  » Muza  » (La muse), première pièce des quatorze de l’opus 34, dédié fort à propos à Ré, évoque les années d’apprentissage d’un chanteur sous la férule de la Muse. L’état de contemplation du début fait bientôt place à une animation croissante dans la deuxième strophe, atteignant un sommet lorsque la Muse elle-même raconte comment elle jouerait cet air.  » Dissonance  » met en lumière les fantasmes érotiques d’une femme. D’une grande liberté (on y note 6 changements de tonalité et 33 changements de chiffres indicateurs!), ce poème presque symphonique développe toutes les nuances du texte, chanté ici en français afin de mieux apprécier la beauté de la traduction.

Instable et souffrant de douleur aux poignets, Rachmaninov doit s’arrêter en 1916. Marietta Shaginian lui rend visite en mai et lui remet un nouveau carnet de poèmes choisis, en grande majorité symbolistes, qui deviendra bientôt son opus 38. « Margaritki  » (Marguerites) saisit l’intensité de la nature en un instantané magique, dominé par la présence du piano, le chant en contrepoint. Chanté ici en français,  » Krysolov  » (Le joueur de chalumeau) reprend l’histoire célèbre du joueur de flûte de Hamelin qui, ici, n’attire que son amante, qu’il abandonne peu après. Dans  » Son  » (Le rêve), les figures de la main droite du pianiste, telles des cloches, plongent l’auditeur dans un état de quasi-hypnose.

Franz Liszt (1811-1886) avait plus d’un point commun avec Rachmaninov. Pianiste adulé par le public mais décrié par les puristes, virtuose hors du commun, il vouait lui aussi un amour sincère à la voix, comme en témoignent plus de 80 mélodies. Si Rachmaninov aborda le genre lors de la première période de sa vie, Liszt attendit plutôt la trentaine avant de s’y consacrer, en maître de l’émotion contenue.

Les quatre premières mélodies de cet enregistrement, datées de 1841-1842, s’inspirent de textes de Victor Hugo. Dans  » Oh! Quand je dors « , Liszt sublime le caractère même de la romance française. Le thème principal est repris en subtil contrepoint dans la partie centrale par la main gauche de la pianiste avant de revenir, dépouillé, alangui, culminant dans une crête de douceur. Nourrie par le feu des accords répétés, la voix s’élève, exubérante, radieuse dans  » Enfant, si j’étais roi « . Les éléments se déchaînent dans la seconde strophe ( » Si j’étais Dieu « ), le grondement du tonnerre de la main gauche portant la voix vers le climax avant que la tendresse ne reprenne ses droits.  » Comment, disaient-ils  » rejoint l’esprit de la sérénade, avec son accompagnement rappelant les accords morcelés de la guitare et son dialogue entre des personnages masculins et leurs belles.  » S’il est un charmant gazon « , avec son accompagnement aérien, laisse une grande liberté à la voix qui nous guide vers un univers où la contemplation des beautés de la nature conjure des visions de l’être aimé. L’enregistrement se termine avec deux lieder intensément poétiques,  » Bist du  » (Est-ce toi) et  » Es muss ein wunderbares sein  » (Ce doit être une chose merveilleuse), d’une désarmante simplicité mais d’une grande profondeur d’expression.

© Lucie Renaud

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