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Le printemps et la fête de Pâques: L’éternel retour et la Résurrection

Comme l’a admirablement vulgarisé le célèbre mythologue et historien des religions Mircea Eliade dans Le sacré et le profane et Le mythe de l’éternel retour, le Monde se révèle à l’Homme non pas comme Chaos, mais comme Cosmos, un univers ordonné et intelligible qui lui donne le sentiment de pouvoir échapper aux aléas du hasard et du destin en lui montrant qu’envers et contre tout, la vie se poursuit au-delà de la mort. Et la musique des Palestrina, Victoria, Bach, Vivaldi, Mozart… et plus près de nous Gounod, Franck, ou encore Fauré, sont là pour nous conforter en cette pensée à chaque retour du printemps, de la fête de Pâques et du mois de Marie.

Depuis la nuit des temps, l’Homme a cherché dans la nature une réponse rassurante à la question limite de sa finitude, à savoir s’il y a une vie après la mort. C’est ce que semble indiquer le triple cycle cosmique, quotidien, mensuel et annuel, de « l’éternel retour ». À chaque jour, le soleil meurt à l’Ouest, en glissant sous l’horizon qui divise le Ciel et la Terre, et y renaît le lendemain, à l’Est, du côté opposé.

À chaque mois, la lune semble se consumer lentement pendant deux semaines et renaître tel un phénix de ses cendres pendant les deux semaines suivantes. Enfin, à chaque année, la Nature meurt à l’automne et renaît au printemps, alors que, par le réchauffement du soleil et le retour de la pluie, par l’action conjuguée du feu et de l’eau, le Ciel féconde la Terre qui retrouve ainsi son rôle de mère nourricière. C’est pourquoi, dans le calendrier des fêtes rituelles du cycle annuel, la célébration du printemps a-t-elle toujours revêtue une importance primordiale.

Dans les sociétés païennes, cette célébration était souvent prétexte à des rites orgiaques, à l’image de la fécondation de la Terre par le Ciel. Dans la tradition chrétienne, ces fêtes intempestives firent place à un rappel tout en recueillement de la Passion et de la Résurrection du Christ. Après avoir racheté les péchés du monde par sa mort sur la croix, Jésus revint sur Terre du pays des morts pour témoigner de la victoire finale éventuelle de la vie, avant de monter au Ciel s’asseoir à la droite du Père dans l’attente du Jugement Dernier annoncé pour la fin des temps.

Mais le printemps, et plus particulièrement le mois de mai, est aussi pour les Chrétiens l’occasion de renouveler leur attachement à Marie, mère de Dieu, figure maternelle par excellence dans laquelle plusieurs exégètes ont vu une transfiguration chrétienne de la Terre-Mère, déesse des anciens cultes païens.

Tant dans les sociétés païennes que dans la tradition chrétienne, la musique a toujours fait partie de ces célébrations. Mais c’est peut-être lorsque la polyphonie et le contrepoint prennent leur envol à partir de la Renaissance et du Baroque, que la musique occidentale atteignit une sorte d’idéal dans la représentation sonore de l’ « harmonia mundi », de cette harmonie universelle révélée non seulement par le triple cycle cosmique de l’éternel retour, mais aussi par ceux des planètes qui, selon Pythagore, engendraient une musique sidérale, la « musique des sphères », résonnant au cœur de l’univers-macrocosme qu’il appelait l’Âme du Monde et dont l’âme humaine serait, en chacun de nous, le microcosme. Mais le parfait équilibre entre l’horizontalité du contrepoint et la verticalité de l’harmonie qu’avaient atteinte, de Palestrina à Bach, l’art sublime de la polyphonie, n’a d’égal que la pureté mélodique et le sens inné du dépouillement de compositeurs plus tardifs comme Gounod, Franck ou Fauré, dans l’art de fusionner Âme du Monde et âme humaine en une secrète alchimie de vibrations sympathiques pour nous convaincre que le microcosme, tout autant que le macrocosme, est immortel.

© Guy Marchand

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