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AN 2 9786

Joyaux du XXe siècle

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Qu’est-ce que la musique classique?

Au sens large, l’expression  » musique classique  » peut s’appliquer à une variété de musiques provenant de diverses cultures. Elle acquiert un sens plus précis en ce qui a trait à la musique issue de l’Europe occidentale, où à l’intérieur de ce domaine, elle désigne une musique  » authentique « ,  » principale « . La musique classique se distingue également des formes dites  » populaires « , quoique l’histoire nous démontre que  » populaire  » et  » classique  » étaient à l’origine entremêlés et continuent de l’être.

La musique classique a également fait l’objet d’une histoire conventionnelle particulièrement bien fournie, laquelle est conçue sur plusieurs périodes : le Moyen Âge, la Renaissance, le Baroque, les Lumières (ou l’époque  » Classique  » assimilée aux noms de Mozart, Haydn et Beethoven), et les époques romantique, moderne, et contemporaine. Même si l’art transcende ces définitions  » évolutives « , il n’en demeure pas moins que chacune des périodes énumérées recèle des beautés caractéristiques. Cette série de compilations invite l’auditeur à savourer des œuvres saillantes de compositeurs du Moyen Âge, de la Renaissance, du Baroque, du Classique, ainsi que des époques romantique et moderne, interprétées par une brochette impressionnante de chanteurs et d’instrumentistes figurant au catalogue Analekta.

Joyaux du XXe siècle

En musique comme dans les autres arts, le XXe siècle fut le témoin de révolutions esthétiques passablement radicales. Mais plusieurs compositeurs refusèrent d’entrer dans ce mouvement qui aspirait à faire table rase du passé. Ils empruntèrent plutôt des chemins de traverses, partant à la rencontre de musiques d’ailleurs, revenant explorer les richesses de leur propre tradition, pour les fondre en des langages sonores personnels et singuliers d’une grande beauté. Ce sont quelques-uns de ces compositeurs que  » Joyaux du XXe siècle  » vous invitent à découvrir : trois Français, trois Russes, un Espagnol, un Tchèque et trois Américains, deux du nord et un du sud.

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On réunit souvent les compositeurs français qui ont marqué le passage du XIXe au XXe siècle sous le nom d' » impressionnistes « . Le terme avait d’abord été utilisé par un critique d’art qui voulait ridiculiser les tableaux d’une exposition présentée à Paris en 1874, par un groupe de peintres qui remettaient en question les conventions académiques. L’expression lui avait été suggérée par le titre d’une des œuvres, Impression soleil levant, de Claude Monet. Les exposants avaient alors repris le terme comme porte-étendard. Malgré leur diversité, ils avaient en commun ce paradoxe de vouloir saisir dans une image fixe les aspects flous, fluctuants et volatiles de la nature (l’eau, les nuages, les différentes lumières du jour). Sur le plan technique, ils rejetaient la prétention à la vérité du dessin précis et des formes claires; ils s’intéressaient plutôt au mélange optique des taches de couleurs, pour créer des formes que l’œil du spectateur ne pouvait reconstituer complètement qu’en prenant le recul nécessaire par rapport au tableau.

C’est quelque chose d’équivalent qu’une dizaine d’années plus tard on reprocha à Debussy en musique. À propos des œuvres qu’il présenta comme travaux de fin d’études, on peut lire dans le rapport du jury le jugement suivant:  » M. Debussy ne pèche pas par la platitude ni par la banalité. Il a, tout au contraire, une tendance prononcée, trop prononcée même, à la recherche de l’étrange. On reconnaît chez lui un sentiment de la couleur musicale dont l’exagération lui fait facilement oublier l’importance de la précision du dessin et de la forme. Il serait fort à désirer qu’il se mit en garde contre cet impressionnisme vague, qui est un des plus dangereux ennemis de la vérité dans les œuvres d’art.  »

C’est paradoxalement pour ces mêmes raisons qu’aujourd’hui, Debussy, Ravel et Satie, sont considérés parmi les  » poètes  » ou  » peintres  » les plus originaux de l’histoire de la musique, et les trois œuvres présentées ici, comme la quintessence de leur art.

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L’école russe fut longtemps partagée entre sa fascination pour l’idéal allemand de la musique pure, représentée par Brahms et son émule Tchaïkovski, et son désir de trouver une voix originale en puisant aux sources du folklore national, à la manière de Rimski-Korsakov et du Groupe des cinq. À l’orée du XXe siècle, plusieurs virent en Alexandre Glazounov (1865-1936), leur successeur immédiat, celui qui sut résoudre le conflit en fusionnant le meilleur des deux mondes. Comme l’illustre son délicieux Chant du Ménestrel, Glazounov alliait un sens inné de la mélodie aux réminiscences populaires, à une maîtrise consommée de la forme, des textures polyphoniques et des couleurs instrumentales. Pédagogue de premier plan, il fut directeur du conservatoire de Saint-Pétersbourg pendant plus de 20 ans (1905-1928) et eut une influence déterminante sur les deux générations suivantes respectivement représentées ici par Sergeï Prokofiev (1891-1953) et Dmitry Chostakovitch (1906-1975).

Au début des années 1910, alors qu’il franchit tout juste la vingtaine, l’enfant prodige qu’avait été Prokofiev comme pianiste, stupéfia aussi en tant que compositeur avec des œuvres aux rythmes et aux harmonies exacerbés, comme dans son premier concerto pour violon. Chostakovitch poursuivra dans cette voie, laissant à sa mort en 1975, une œuvre immense et des plus diversifiée, dominée par deux cycles majeurs de 15 symphonies et 15 quatuors à cordes.

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Au tournant des XIXe et XXe siècles, tant chez les Français que chez les Russes, la musique populaire espagnole connut une étonnante vogue, plusieurs y allant d’une  » rhapsodie « ,  » sérénade  » ou  » heure  » qualifiées d' » espagnoles « . Dès la génération suivante, les compositeurs hispaniques devaient reprendre à leur compte cette rencontre entre l’esthétique classique européenne et les musiques traditionnelles de leur pays. Au côté de la figure dominante de Manuel de Falla, Joaquin Rodrigo (1901-1999) devait se distinguer en composant pour le maître-instrument du flamenco : la guitare. Avec son célèbre Concierto de Aranjuez (1940), il la fit entrer dans les grandes salles de concert et lui donna ses premières lettres de noblesses.

D’origine tchèque, Bohuslav Martinù (1890-1959) fit d’abord carrière en France, frappant l’imagination avec des pages orchestrales pittoresques, comme La Bagarre, influencées par son professeur Roussel et ses amis du Groupe des six. Lorsque la Seconde Guerre éclate, il émigre aux États-Unis où l’on voit en lui un nouveau Dvorák, illustre compatriote qui, 50 ans plus tôt, avait conquis l’Amérique avec sa Symphonie du Nouveau Monde. Martinù reçoit alors plusieurs commandes d’orchestres américains et composera pour eux cinq de ses six symphonies avant de retourner en Europe à la fin de la guerre. Mais tout au long de sa carrière, il multiplia les œuvres concertantes et de musique de chambre pour les combinaisons les plus diverses avec une verve intarissable dont témoigne sa Sonate pour flûte, violon et piano.

Si Ravel, Martinù et d’autres compositeurs comme ceux du Groupe des six découvrirent le jazz et le ragtime en venant de leur formation classique, Georges Gershwin (1898-1937) fit, d’une certaine façon le chemin inverse. Ayant passé son enfance dans les quartiers pauvres de New York, il fut d’abord nourri de ces rythmes enivrants nés dans les faubourgs américains, avant de découvrir, entre autres au contact de Ravel, la musique européenne. Il ne fut pas long à s’approprier tous les raffinements de l’impressionnisme français, mais lui insuffla une énergie nouvelle par le jazz. Sa Rhapsody in Blue (1924) et son Concerto en fa (1925) firent de lui le premier compositeur américain à atteindre une stature internationale comparable aux plus grands noms européens de l’époque.

Le Canadien André Mathieu (1929-1948) fut dès le plus jeune âge comparé à Mozart, non seulement sur la scène locale, mais aussi à l’échelle internationale. Comme Mozart fils de compositeur, il vit comme lui son éducation musicale et ses premiers pas en carrière supervisés par son père. Il compose sa première pièce à l’âge de quatre ans et le New York Times soulignera que  » même Mozart, le plus grand prodige musical de tous les temps, ne composa qu’à l’âge de cinq ans, et ses premières œuvres étaient d’une nature beaucoup plus simple que celles du jeune Canadien « . Comme Mozart, il fit des tournées d’enfant prodige : à sept ans, salles Pleyel et Gaveau à Paris, et à dix, Carnegie Hall à New York. Rachmaninov déclare alors que Mathieu est  » un génie, à plus juste titre que moi « . Il fit par la suite des études de composition à Paris et à New York et il aurait composé plus de deux cents œuvres dont seulement le quart a été retrouvé à ce jour.

Enfin, tout comme celles d’André Mathieu, les œuvres du Brésilien Heitor Villa-Lobos (1889-1959) mériteraient aussi d’être mieux connues et diffusées. Ce que fit Gershwin de la tradition classique en la fusionnant au jazz américain, Villa-Lobos l’entreprit avec les musiques ethniques de son Brésil natal, enthousiasmant le public européen lors de ses nombreux séjours sur le vieux continent entre les deux guerres. Le Chôros pour guitare solo retenu ici n’est qu’une petite fleur en regard de l’immense forêt vierge que représente son œuvre foisonnante, mais c’est un séduisant microcosme à l’image de l’œuvre entier de ce géant méconnu.

© Guy Marchand

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À propos

Angèle Dubeau
AN 2 8728
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