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Qu’est-ce que la musique classique ?

Au sens large, l’expression  » musique classique  » peut s’appliquer à une variété de musiques provenant de diverses cultures. Elle acquiert un sens plus précis en ce qui a trait à la musique issue de l’Europe occidentale, où à l’intérieur de ce domaine elle désigne une musique  » authentique « ,  » principale « . La musique classique se distingue également des formes dites  » populaires « , quoique l’histoire nous démontre que  » populaire  » et  » classique  » étaient à l’origine entremêlés et continuent de l’être.

La musique classique a également fait l’objet d’une histoire conventionnelle particulièrement bien fournie, laquelle est conçue sur plusieurs périodes : le Moyen-Âge, la Renaissance, la période baroque, les Lumières (ou l’époque  » classique  » assimilée aux noms de Mozart, Haydn et Beethoven), et les époques romantique, moderne, et contemporaine. Même si l’art transcende ces définitions  » évolutives « , il n’en demeure pas moins que chacune des périodes énumérées recèle des beautés caractéristiques. Cette série de compilations invite l’auditeur à savourer des œuvres saillantes de compositeurs de la Renaissance, de l’époque baroque, de l’époque classique, ainsi que des époques romantique et moderne, interprétées par une brochette impressionnante de chanteurs et d’instrumentistes figurant au catalogue Analekta.

Haydn, Mozart et Beethoven, maîtres du style classique

Dans le domaine de la musique, les œuvres dites  » classiques  » se distinguent de celles dites  » populaires « . Dans une perspective plus étroite, le  » style classique  » est assimilé aux œuvres de Haydn, Mozart et Beethoven, compositeurs que l’histoire regroupe sous l’appellation de  » Première école de Vienne « . Enfin, selon le grand pianiste et musicologue Charles Rosen, le véritable style classique se manifeste dans les œuvres instrumentales de Haydn, Mozart et Beethoven plus que dans tout autre medium. À une exception près, l’Exsultate jubilate (œuvre vocale) de Mozart, nous adoptons cette dernière perspective pour le présent enregistrement.

L’apport de Haydn au rayonnement du style classique est primordial. Mariant avec succès la grâce du style galant des Lumières avec les procédés contrapuntiques plus savants des anciens, Haydn  » possède le grand art de rendre sa musique familière à nos oreilles ; ainsi, malgré les raffinements contrapuntiques qui les caractérisent, ses œuvres demeurent populaires et agréables pour tous les musiciens  » (Gerber, Lexicon, 1790). Mozart, proche de Haydn surtout au cours des années 1770 et 1780, jouit d’une popularité similaire quoique moins universelle auprès de son public. Il possède le don inouï de composer dans tous les genres musicaux avec la plus grande aise technique, ce qui explique sans doute sa productivité époustouflante. À l’instar de Haydn et Mozart, Beethoven cultive lui aussi un rapport heureux avec son public, tout au moins lors de ses premières années comme compositeur professionnel. Cependant, ses idées révolutionnaires et ses habitudes de vie de plus en plus retranchées du monde tempèrent cette ouverture au public, comme le font ses exigences morales et sa quête d’un style personnel ultra expressif. Les musicologues ont fort débattu les éléments  » classique  » et  » romantique  » de l’œuvre de Beethoven, surtout  » l’après-Eroica « , point tournant de la production du compositeur.

Franz Joseph Haydn (n. Rohrau, Autriche méridionale, 31 mars 1732; m. Vienne, 31 mai 1809)

On surnomme Haydn le premier des grands  » classiques  » viennois, et pour cause. Il touche à tous les genres musicaux de son époque. Reconnu comme étant le  » père de la symphonie « , peu d’historiens de la musique lui refuseraient une paternité encore plus justifiée pour le quatuor à cordes. Il jouit d’une très grande popularité : vers la fin de sa longue vie il est acclamé comme un héros de la culture européenne.

Quatuor à cordes en fa majeur op.77 no2
1. Allegro moderato 7:20
Quatuor Alcan

Les 68 quatuors à cordes de Haydn sont le cœur de la production pour musique de chambre du compositeur. Dès les tous premiers quatuors, qu’on peut assimiler au genre plus léger du divertimento, sa maîtrise parfaite du dialogue instrumental et de la structure musicale est déjà un élément distinctif.

À la fin des années 1790 alors que les quatuors op. 77 voient le jour, Haydn rentre à Vienne après une deuxième tournée à Londres dont le succès l’aura beaucoup fortifié. C’est à cette époque qu’il se met à écrire des quatuors plus étoffés, plus imposants, voire  » orchestraux « . En somme, il décide d’apporter des changements importants à une forme musicale que lui-même aura inventée. Dédiés au Prince Lobkovitz (également mécène de Beethoven), les quatuors de l’op. 77 incarnent la maturité, la profondeur, l’exquise sensibilité et la maîtrise absolue de la structure musicale. Parmi toutes ces qualités, la caractéristique principale du premier mouvement du quatuor en fa majeur sur cet enregistrement demeure l’expressivité calme et profonde du thème principal.

Trio en sol majeur Hob.XV:25
2. Finale : Presto, Rondo all’ongarese 3:08
The Gryphon Trio

Le célèbre  » Rondo à la hongroise  » de ce trio avec piano représente à la fois les affinités bohémiennes du compositeur et le genre du trio au XVIIIe siècle. Ce dernier doit être compris comme étant une  » sonate accompagnée  » dominée par la partie du piano. Dédié à la copiste londonienne de Haydn, Rebecca Schroeter et composé à Londres en 1794-1795, (comme les deux autres trios du catalogue Hoboken, Hob.XV nos24 et 26) ce trio en sol majeur est sans doute le fruit d’une rencontre du compositeur avec la riche et effervescente vie musicale de la capitale anglaise.

Wolfgang Amadeus Mozart (n. Salzbourg, 27 janvier 1756; m. Vienne, 5 décembre 1791)

Mozart excelle dans tous les genres musicaux ; c’est cela, plus que tout autre chose, qui lui vaut le titre du compositeur le plus universel de l’histoire de la musique occidentale. Au moment de sa mort, malgré la grande pauvreté qui le traque dans ses dernières années, sa réputation demeure intacte. L’image romantique qu’on s’est faite de lui au XIXe siècle repose sur des anecdotes comme son obsession avec la mort (ce qui, au dire de certains historiens populaires, l’aurait incité à écrire son fameux Requiem), nourri par une réputation d’enfant rebelle suscitée par sa mort précoce à 35 ans.

Quatuor dédié à Haydn en sol majeur K.287
3. Andante cantabile 7:09
Quatuor Alcan

Les quatuors de Haydn servaient sans doute de modèle pour Mozart, particulièrement ceux de l’op.33 (1781). Comme ces derniers, les quatuors de Mozart présentent non simplement une harmonisation à quatre voix, mais un discours véritable entre les instruments individuels de l’ensemble. Les quatuors à cordes de Haydn, Mozart et Beethoven sont considérés comme étant des exemples de premier plan du style classique.

Le cycle des six quatuors dédiés à Haydn fut composé en très peu de temps : un peu plus de deux ans. Le premier quatuor, dont on entendra le mouvement  » Andante cantabile « , fut complété à Vienne le 21 décembre 1782.

Sonate en ré majeur pour pianoforte et violon K.306
4. Allegro con spirito 7:16
David Breitman, violon
Jean-François Rivest, pianoforte

L’iconographie de l’enfant prodige Mozart le montre très souvent au piano ou au clavecin ; on oublie souvent qu’il fut également un brillant violoniste. En fait, il gagne sa vie comme violoniste dans l’orchestre de la cour salzbourgeoise jusqu’à la fin de 1777, alors qu’il décide de remettre sa démission et de partir pour Mannheim et Paris en quête de ses propres indépendance, autonomie et fortune.

C’est à Paris que Mozart compose la sonate pour pianoforte et violon K.306 qui, selon le musicologue et spécialiste de Mozart Cliff Eisen,  » rompt expressivement et stylistiquement avec les six autres sonates du cycle dit de  » Mannheim  » (K.301-306) dont le style d’écriture comporte  » d’étonnantes dissonances et disjonctions harmoniques et rythmiques « , Par ailleurs, elle est la seule des sonates du cycle qui comporte trois mouvements (et non seulement deux) et est libre des  » méandres  » du style de Mannheim qui caractérise les cinq précédentes. L’œuvre, dont on entendra le premier mouvement, est  » un galop virtuose, extraverti, plein d’énergie  » au sein de laquelle le violon devient  » partie prenante d’un dialogue où le clavier n’est ni freiné ni mince accompagnement, mais laisse plutôt entendre des sonorités orchestrales « .

Exsultate jubilate K.165
5. Molto allegro 2:30
Lyne Fortin, soprano
Orchestre Métropolitain du Grand Montréal
Joseph Rescigno, chef

Mozart compose le motet pour voix solo Exsultate jubilate lors de son dernier périple en Italie avec son père. L’œuvre en trois mouvements est destinée au primo uomo de l’Opéra de Milan, Venanzio Rauzzini. Plus de sept ans plus tard, le compositeur la révise pour la soprano Francesca Ceccarelli, de passage à Salzbourg en 1780. Pièce religieuse, elle puise toutefois son inspiration dans le monde de l’opéra, genre emblématique du génie multidimensionnel de Mozart. L’œuvre requiert en effet des ressources vocales des plus virtuoses, particulièrement l’Alleluia final qui conclut le dernier mouvement, sans doute parmi les pages les plus célèbres de l’art vocal classique.

Ludwig van Beethoven (n. Bonn, baptisé le 17 décembre 1770; m. Vienne, le 26 mars 1827)

Jeune compositeur, Beethoven cherche à prolonger la tradition classique viennoise établie par Haydn et Mozart. Au fil des ans, il élabore un style plus personnel qui le projette davantage vers les sensibilités romantiques du XIXe siècle, pour lequel il devient une figure dominante. Dans toute l’histoire de la musique occidentale, Beethoven demeure le compositeur sans doute le plus admiré.

Fils d’un obscur musicien de province, Beethoven doit se soumettre aux ambitions de son père qui veut faire de lui un enfant prodige internationalement connu comme Mozart. Au printemps de 1787, il séjourne à Vienne, sans doute avec l’intention d’y rencontrer Mozart et d’étudier avec lui. Le décès de sa mère met un terme à ce séjour après seulement deux semaines et Beethoven doit rentrer à Bonn. Ce n’est qu’en novembre 1792 qu’il part définitivement pour la capitale autrichienne, encouragé par le comte Ferdinand Waldstein qui lui écrit :  » Vous allez à Vienne pour accomplir vos désirs si longtemps frustrés. Le Génie de Mozart pleure toujours la mort de son élève. Il a trouvé refuge en la personne de l’infatigable Haydn, mais rien qui puisse l’occuper; par lui il veut encore une fois s’unir à un autre. Par votre travail assidu vous recevrez l’esprit de Mozart des mains de Haydn. « 

Trio en mi bémol majeur op.1 no1
6. Scherzo (Allegro assai) 5:00
The Gryphon Trio

Au cours des premières années à Bonn et à Vienne, Beethoven gagne sa vie comme pianiste, improvisateur et compositeur d’œuvres pour le piano, au moment où la facture de l’instrument connaît un développement technique sans précédent. C’est durant cette période notamment, que la sonate op.2 no2 ainsi que le célèbre Rondo a capriccioso sont composés.

Les trios de l’op.1 complétés en 1794-1795 sont également le fruit des premières années viennoises de Beethoven. Leur structure présente une innovation précoce : la substitution du scherzo à la place du menuet privilégié par Haydn pour le troisième mouvement de ses œuvres instrumentales. Ces scherzos précoces de Beethoven ne sont pas pour autant plus rapides que les menuets de Haydn ; ils sont cependant plus longs et on peut se demander ce qu’en pensait le maître plus chevronné. Dans l’exemple figurant sur cet enregistrement, une mélodie rustique et vigoureuse est mise en valeur, dans la section centrale du mouvement, dans la partie du piano accompagnée d’harmonies soutenues dans les cordes.

Sonate pour piano op.110 en la bémol majeur
7. Fuga : Allegro ma non troppo 6:58
Anton Kuerti, piano

Beethoven compose ses trois dernières sonates pour piano, opp.109, 110 et 111 entre 1820 et 1822 alors qu’il sombre définitivement dans la surdité quasi-totale. La volonté et l’inspiration ne s’en trouvent pas pour autant diminuées car ces trois œuvres pour piano précèdent trois autres compositions monumentales, toutes complétées entre octobre 1822 et février 1824 : Les Variations Diabelli, la Missa solemnis et la Neuvième symphonie.

L’exquise beauté des mélodies de la sonate op.110 l’a rendue plus populaire que les deux autres sonates tardives. Le mouvement final surprend l’auditeur par son dessin inhabituel : il commence avec une section aux allures d’improvisation et de récitatif vocal, errant ça et là, avant de céder la place à une fugue qui nous paraît d’abord des plus sobres et austères. Mais à mesure que le mouvement se déroule, le matériel mélodique se développe, prend de l’ampleur et, aux dires d’Anton Kuerti,  » enfle et se débat héroïquement, son expression pourtant accueillante et chaleureuse, invitant à la réjouissance et à la résonance avec son heureuse ferveur « .

Symphonie no3  » Eroica « 
8. Finale 11:47
Orchestre Métropolitain du Grand Montréal
Joseph Rescigno, chef

Cet enregistrement conclut sur une œuvre novatrice parmi tant d’autres du maître de Bonn. Fer de lance d’un nouveau discours, autant pour le style classique que pour l’œuvre beethovénienne, la symphonie  » Eroica  » est une composition monumentale tout comme l’ont été les circonstances qui entourèrent sa création.

Comme nous le rapporte Ferdinand Ries, disciple de Beethoven, le compositeur a voulu dédier sa symphonie (composée en 1803) à Napoléon Bonaparte dont il partage avec passion les idéaux révolutionnaires et démocratiques. En effet il la nomme d’abord Buonaparte. Quand Beethoven reçoit, par Ries, la nouvelle du sacre de Bonaparte comme Empereur, il déchire et piétine la dédicace dans une crise de rage. Il la re-nomme ensuite Sinfonia Eroica.

Le premier mouvement de l’Eroica débute sur deux accords de mi bémol majeur joués forte et staccato, annonçant le thème principal qu’on entendra dans toute sa fougue héroïque, fortissimo, dès la mesure 37. Les modulations inusitées, les forts contrastes dans l’orchestration et les passages d’une grande complexité (voire même instabilité) rythmique laissent l’auditeur avec la forte impression d’une lutte prométhéenne. À l’image de la symphonie dans son ensemble, ce mouvement n’est rien de moins que révolutionnaire par sa structure, son traitement du thème et son esprit.

La Symphonie Eroica n’a ni précédent ni prototype ; elle semble avoir jailli spontanément de l’esprit du compositeur. Elle brise définitivement avec la tradition classique et a sans doute contribué à projeter l’influence de Beethoven sur d’autres compositeurs bien au-delà de son temps.

© Rachelle Taylor

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Gryphon Trio
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