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Qu’est-ce que la musique classique?

Au sens large, l’expression  » musique classique  » peut s’appliquer à une variété de musiques provenant de diverses cultures. Elle acquiert un sens plus précis en ce qui a trait à la musique issue de l’Europe occidentale, où à l’intérieur de ce domaine, elle désigne une musique  » authentique « ,  » principale « . La musique classique se distingue également des formes dites  » populaires « , quoique l’histoire nous démontre que  » populaire  » et  » classique  » étaient à l’origine entremêlés et continuent de l’être.

La musique classique a également fait l’objet d’une histoire conventionnelle particulièrement bien fournie, laquelle est conçue sur plusieurs périodes : le Moyen Âge, la Renaissance, le Baroque, les Lumières (ou l’époque  » Classique  » assimilée aux noms de Mozart, Haydn et Beethoven), et les époques romantique, moderne, et contemporaine. Même si l’art transcende ces définitions  » évolutives « , il n’en demeure pas moins que chacune des périodes énumérées recèle des beautés caractéristiques. Cette série de compilations invite l’auditeur à savourer des œuvres saillantes de compositeurs du Moyen Âge, de la Renaissance, du Baroque, du Classique, ainsi que des époques romantique et moderne, interprétées par une brochette impressionnante de chanteurs et d’instrumentistes figurant au catalogue Analekta.

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Qu’est-ce que la musique romantique ?

Le premier volume des Joyaux romantiques mettait l’accent sur l’une des idées marquantes de l’ère romantique. La musique instrumentale  » pure « , c’est-à-dire se suffisant à elle-même en faisant abstraction de toute référence aux mots et aux images, serait supérieure à tout autre, car elle permettait au mélomane digne de ce nom d’entrer en contact avec  » l’infini  » et  » l’ineffable « , avec le  » royaume du prodigieux et de l’incommensurable « , au-delà de ce que mots et images peuvent exprimer.

Mais, lorsqu’en 1854 Édouard Hanslick qualifia cette idée de  » musique absolue « , ce fut non seulement pour l’opposer à la conception de l’opéra de Richard Wagner en tant qu' » art total « , mais aussi à la vogue de plus en plus grande que connaissait la musique instrumentale descriptive. Dès 1830, Berlioz avait lancé avec sa Symphonie fantastique le concept de  » symphonie à programme « , œuvre qui de mouvement en mouvement racontait littéralement une histoire dont les auditeurs pouvaient découvrir les péripéties en en lisant le canevas dans le programme de concert. Dans les décennies suivantes, Liszt multiplia les paraphrases pianistiques d’œuvres littéraires, suivi en cela par Schumann et bien d’autres. À partir de 1848, Liszt poursuivit à l’orchestre en  » inventant  » le  » poème symphonique « , œuvre généralement en un seul mouvement, évoquant certains aspects d’une œuvre littéraire : les images fortes d’un poème, le portrait psychologique de personnages ou certaines scènes d’un roman ou d’un drame célèbre.

Ainsi, l’histoire du romantisme en musique fut-elle en grande partie façonnée par le conflit qui opposa tout au long du siècle ceux qui considéraient comme  » absolue  » la musique purement instrumentale et ceux pour qui, au contraire, étaient encore plus  » absolues  » les œuvres qui savaient conjuguer, tant dans les genres vocaux qu’instrumentaux, musique et  » poésie  » conçue dans son sens générique chapeautant toutes les formes littéraires, voire picturales. Cela dit, il y eut bien sûr bien des compositeurs pour qui ce débat était des plus vain et qui passaient allègrement d’un concept à l’autre sans se soucier de ce qu’on pourrait en penser. Et le premier d’entre eux fut celui par qui le scandale arriva… Beethoven.

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Symphonie no 6 en fa majeur  » Pastorale « , op. 68
1. Erwachen heiterer Empfindungen bei der Ankunft auf dem Lande
(Éveil d’impressions joyeuses à la vue de la campagne) Allegro ma non troppo (premier mouvement)
Tafelmusik Orchestra
Jeanne Lamon, direction

Après avoir constaté le rôle que la Cinquième symphonie de Beethoven joua dans l’émergence du concept de musique absolue, grâce à la paraphrase littéraire on ne peut plus romantique qu’en fit Hoffmann (voir encadré dans Joyaux romantiques vol. 1), il est particulièrement savoureux de découvrir que la Sixième symphonie fut littéralement composée en même temps que la Cinquième… Intitulée par Beethoven lui-même  » Pastorale « , chaque mouvement portant de plus un titre descriptif, cette symphonie évoque diverses impressions et épisodes d’une journée à la campagne. Il s’agit donc d’une véritable  » symphonie à programme  » avant la lettre dont Berlioz revendiqua haut et fort le patronage. Hoffmann ne devait certainement pas la connaître au moment où il écrivit son texte sur la Cinquième… Ainsi Beethoven, que les querelles esthétiques réductrices exaspéraient, fut-il donc (belle ironie de l’Histoire) à l’origine des deux courants qui allaient s’opposer au plus fort de l’ère romantique.

Franz Schubert (1797-1828)
Quatuor à cordes en ré mineur (D. 810)
 » Der Tod und das Mädchen  » (La jeune fille et la mort)
2. Andante con moto (mouv. 2)
Quatuor Alcan

De 27 ans son cadet, Schubert vécut toute sa vie à Vienne dans l’ombre du mythe vivant qu’était devenu dans ses dernières années Beethoven. Lorsque ce dernier meurt en 1827, laissant enfin le champ libre, Schubert (amère ironie cette fois) sait que ces jours sont comptés. La maladie l’emporta dès l’année suivante; il n’avait que 30 ans. Son avant-dernier quatuor à cordes est un bel exemple de la variété des degrés qui pouvaient lier musique et poésie. En 1817, Schubert avait composé un lied pour voix et piano sur un poème intitulé La jeune fille et la mort. En 1824, il reprit la mélodie pour en faire le thème d’une série de variations qui forment le mouvement lent de ce quatuor. Il lui donna un caractère de marche funèbre, en rapport bien sûr avec le texte, mais sans ostentation, puisqu’il s’agit d’une jeune fille. Et à la fin, passant du mineur au majeur, il nous mène tout en douceur du deuil à la consolation.

Franz Liszt (1811-1886)
3. Sonetto del Petrarca 104
André Laplante, piano

Liszt était non seulement un virtuose du piano transcendant, mais aussi un passionné de littérature, tant des grands classiques du passé que des romantiques de son temps avec plusieurs desquels il se liera d’amitié. Il composa de nombreuses paraphrases pianistiques des ouvrages l’ayant le plus marqué, comme cette méditation sur le 104e sonnet du célèbre Canzoniere de Pétrarque, monument poétique de la Renaissance dans lequel l’auteur avait tenté de faire un inventaire emblématique des  » ombres et tourments du désir « .

Johannes Brahms (1833-1897)
Zwei Gesänge (Deux chants), op. 91
4. Geistillte Sehnsucht (Nostalgie apaisée)
Marie-Nicole Lemieux, contralto
Michael McMahon, piano
Nicolo Eugelmi, alto

S’il fut un genre où les romantiques excellèrent dans l’art de conjuguer musique et poésie, c’est bien le lied pour voix et piano. Et si Schubert, avec ses quelque 600 opus, en devint dès le départ le maître incontesté, plusieurs autres s’y sont par la suite illustrés, les derniers, Gustav Mahler et Richard Strauss, le magnifiant en remplaçant le piano par l’orchestre. Le diptyque de Brahms retenu ici a ceci de particulier qu’à la voix et au piano s’ajoute un violon alto. Près de vingt ans séparent la composition des deux volets. Le plus ancien est Geistliches Wiegenlied (nº 2, Berceuse sacrée), sur un poème de Lope de Vega traduit par Emmanuel Geibel. Brahms l’avait composée en 1864 pour le baptême du fils de son meilleur ami, le violoniste Joseph Joachim, dont la femme avait, paraît-il, une très belle voix de contralto, d’où l’idée d’un lied unissant les  » voix  » des deux parents. Quelque vingt ans plus tard, Brahms trouva un autre texte qui se prêtait à ce jeu, un poème de Rückert, Geistillte Sehnsucht (nº 1, Nostalgie apaisée), dans lequel  » les murmures du vent endorment le monde « , mais apaisent aussi la nostalgie du narrateur. Le violon dialogue avec la voix, l’enrobant par moments, comme une brise caressante, en des volutes délicatement ornées.

Modest Moussorgski (1839-1881)
6. Promenade – Moderato commodo assai e con delicatezza
7. Il vecchio castello
Alain Lefèvre, piano

Si les paraphrases musicales d’œuvres littéraires sont nombreuses chez les romantiques, celles d’œuvres picturales sont plutôt rares. L’exemple le plus célèbre est sans conteste le cycle de Moussorgski intitulé justement Tableaux d’une exposition, monument du répertoire pianistique dont Ravel fit plus tard une sublime orchestration.

Robert Schumann (1810-1856)
8. Rêverie op. 15 no 7
Louise-Andrée Baril, piano
Thérèse Motard, violoncelle

Hector Berlioz (1803-1869)
9. Rêverie et Caprice
Orchestre symphonique de Québec
Yoav Talmi, direction

Le mot  » rêverie  » et le thème qu’il suggère reviennent si souvent dans la musique romantique qu’on peut se demander si on ne devrait pas considérer l’ensemble du corpus qu’ils recouvrent comme un genre en soi. Mais on s’étonnera moins du phénomène si l’on se souvient que l’ouvrage qui lança la mode du mot  » romantique  » s’intitulait, comme le soulignaient d’entrée de jeu les notes du premier volume de ces  » Joyaux romantiques « , Les rêveries du promeneur solitaire…

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Le romantisme en musique : combien de générations ?

Selon Charles Rosen (La génération romantique), ne serait romantique que la génération ayant immédiatement suivi Beethoven (v.1820-v.1860). Mais selon Carl Dahlhaus (Nineteenth-Century music), l’ère romantique serait beaucoup plus vaste et diffuse et peut être divisée en quatre générations. La première émerge au tout début du 19e siècle, avec la création en 1804 de l' » Héroïque  » de Beethoven, troisième symphonie qui, par son ampleur et les audaces de son écriture, ébranla les fondements du classicisme. On peut faire commencer la deuxième en 1830 lorsque, dans la même année, le jeune Berlioz crée sa Symphonie fantastique et l’encore plus jeune Mendelssohn sa Symphonie Réformation, alors qu’à l’opéra, suite au retrait de Rossini, Bellini et Donizetti obtiennent la consécration européenne. La troisième se distingue, au début des années 1850, par le débat dans lequel le musicologue Édouard Hanslick opposa le jeune Brahms comme champion de la musique absolue, à la conception de l’opéra que proposait Richard Wagner comme art total. Enfin, à la mort de Wagner au début des années 1880, une dernière génération (Bruckner, Mahler et Richard Strauss), se fit son héritière tant en musique symphonique qu’à l’opéra, et ce, jusque tard dans le 20e siècle (Strauss meurt en 1949).

En fait, toujours selon Dahlhaus, malgré la rupture tentée par la musique atonale de Schoenberg dès le début du 20e siècle et soutenue jusqu’à aujourd’hui par des émules comme Boulez, nous ne serions pas encore vraiment sortis du romantisme. En témoignent les trames symphoniques qui sous-tendent encore souvent les grandes productions cinématographiques, trames qui sont volontiers écoutées par un large public sur disques et de plus en plus souvent programmées par les sociétés de concerts comme de la musique pure. Ce qui donne lieu souvent à un curieux quiproquo : on trouve que les symphonies romantiques sonnent comme de la musique de film, alors que c’est le contraire. On n’a qu’à penser à la trame wagnérienne du Seigneur des Anneaux, monumentale  » trilogie  » dont le sujet fut d’ailleurs directement inspiré à Tolkien par L’Anneau du Nibelung, l’encore plus monumentale  » tétralogie  » de qui ? De Richard Wagner… Ou pensez au Violon rouge de notre compatriote François Girard… Les grands concertos romantiques de Mendelssohn, Brahms, Tchaïkovski, Sibelius n’y sont vraiment pas loin… Ainsi, effectivement, nous ne sommes peut-être pas encore sortis du romantisme… Alors ? Pourquoi ne pas remonter aux chefs-d’œuvre qui en sont la source ?

©Guy Marchand

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