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La musique romantique : L’idée de musique absolue

La musique romantique s’inscrit dans un mouvement culturel et artistique global qui, à la fin du 18e siècle, émerge d’abord en littérature. Dans Les rêveries d’un promeneur solitaire (publiées en 1782), Rousseau fut l’un des premiers à employer l’adjectif  » romantique  » pour qualifier l’aspect émouvant et pittoresque d’un paysage. Mais c’est en Allemagne que, à la même époque, le Classicisme et le Rationalisme des Lumières furent remis en cause de manière radicale par un groupe de jeunes écrivains en colère passé à l’histoire sous le nom de Sturm und Drang (Tempête et Élan). À la tragédie classique qui, donnant en exemples les héros de l’Antiquité, prônait la domination des passions par la raison, le jeune Goethe opposa Les Souffrances du jeune Werther (1774), un roman dans lequel un jeune homme de son temps, véritable archétype de l’anti-héros moderne, revendique le droit de vivre ses passions jusqu’au bout, jusque dans la mort. À partir de là, un important changement de paradigme eut lieu sur le plan esthétique: le roman supplanta progressivement la tragédie comme genre dominant. Favorisant le développement de la subjectivité individuelle, le roman devint le médium majeur des écrivains romantiques.

En musique, le passage du Classicisme au Romantisme est marqué par un changement de paradigme analogue : la musique instrumentale, et plus particulièrement la symphonie, supplanta graduellement l’opéra comme genre dominant. Au début du 19e siècle, plusieurs littérateurs allemands s’emballèrent pour ce nouveau genre musical qu’était alors la symphonie. Mozart, Haydn et surtout Beethoven venaient de lui donner ses premières lettres de noblesse et, sous la plume de leurs premiers admirateurs, une nouvelle idée commença à germer. Selon eux, la musique instrumentale  » pure « , c’est-à-dire se suffisant à elle-même en faisant abstraction de toute référence aux mots et aux images, serait supérieure à tout autre, car elle permettrait au mélomane digne de ce nom d’entrer en contact avec  » l’infini  » et  » l’ineffable « , avec le  » royaume du prodigieux et de l’incommensurable « , au-delà de ce que mots et images peuvent exprimer.

C’est E.T.A Hoffmann, l’auteur des célèbres contes (et lui-même compositeur), qui contribua le plus à répandre cette idée dans le grand public. Après avoir étudié la Cinquième symphonie de Beethoven, dont la partition venait de paraître, il écrivit en 1809 un article passionné et passionnant (voir encadré). D’abord publié dans un journal, Hoffmann le reprit en 1814 dans son premier recueil de contes et de chroniques musicales qui fut rapidement traduit en plusieurs langues. On y découvre que le Romantisme en musique fut, au départ, plutôt une façon d’écouter que de composer. Pour Hoffmann, les symphonies de Haydn, Mozart et Beethoven  » respirent un égal esprit romantique « . Ce n’est que vers 1830, après la mort de Beethoven, que toute une génération de compositeurs s’affiche comme romantique, faisant de Beethoven leur précurseur et transformant Haydn et Mozart en dieux olympiens d’un Classicisme de leur invention.

Mais au milieu du siècle, un compositeur allait contester cette soi-disant supériorité de la musique pure. Richard Wagner allait être à l’opéra ce que Beethoven avait été à la symphonie; il y provoqua une véritable révolution en le  » symphonisant  » justement, en donnant à l’orchestre un souffle épique sans précédent et un rôle équivalent au chœur dans la tragédie grecque. Avant de composer ses chefs-d’œuvre, Wagner écrivit plusieurs essais théoriques, comme L’œuvre d’art de l’avenir (1849) et Poésie et drame (1851), dans lesquels il prétendait que l’opéra, en unissant les trois muses de la scène, la poésie, la musique et la danse, était un  » art total « . Et en cela, l’opéra était selon lui supérieur à la musique pure car il se trouvait à conjuguer la précision des mots et des images avec le pouvoir de la musique d’évoquer l’ineffable infini. Un musicologue, Edouard Hanslick, lui répondit dès 1854 avec Du beau dans la musique, un essai qui fit beaucoup de bruit et dans lequel il reprit les idées d’Hoffmann de manière plus formelle en leur donnant le nom de  » musique absolue « . Ainsi l’histoire du Romantisme en musique fut-elle façonner par ce débat sans réel vainqueur, si ce n’est que la symphonie devint le genre de référence par rapport auquel l’opéra eut à se redéfinir.

© Guy Marchand

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Tafelmusik Baroque Orchestra
Bruno Weil
AN 6 1032
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