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FL 2 3160

Debussy, Rachmaninov, Janacek: Sonates, Pohádka

Date de sortie 02 octobre 2001
Numéro de l'album FL 2 3160

Informations sur l'album

Debussy: Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur

Le séjour de trois mois qu’il fit au bord de la mer, dans ce qu’il appelait son « coin » de Pourville, à l’été 1915, eut l’effet le plus bénéfique sur la vigueur créatrice de Claude Debussy, qui put y composer sa Sonate pour violoncelle et piano. Il confiait alors à un ami: « Je dois bien humblement avouer que je sens la mort sourdre en moi. C’est pourquoi j’écris comme un forcené ou celui qui n’aurait plus qu’un jour à vivre ». En effet, la volonté de Debussy de défier la mort par la création musicale se trouvait accrue par la guerre de 1914, la mort récente de sa mère, son propre combat avec le cancer et de graves accès de dépression. Son désir de renouer avec la musique pure et les formes traditionnelles a donné lieu à la composition de cette œuvre en 1915.

À la différence de ses contemporains, l’exploration que fit Debussy du néo-classicisme ne fut pas marquée par les modèles allemands du passé mais bien inspirée de tendances strictement nationalistes qui visaient à donner un nouveau souffle au style français traditionnel. On constate d’ailleurs que les sonates ont été signées « Claude Debussy, musicien français » et gravées avec une ornementation typique à la tradition française. Bien qu’il s’agisse d’une œuvre de musique pure, traditionnelle au niveau de sa forme, il émane de la sonate pour violoncelle une indéniable dimension théâtrale qui évoque un monde empreint d’humour, de sarcasme et de fantaisie. On ne s’étonnera pas que Debussy ait pensé à l’origine intituler cette œuvre « Pierrot fâché avec la lune ».

Le premier mouvement est marqué par une certaine simplicité et une grâce typiques au style français. Ici, deux motifs, d’abord présentés au piano, puis au violoncelle, fournissent la substance du reste de l’œuvre. Le deuxième mouvement, intitulé Sérénade, a le caractère badin de circonstance, le violoncelle imitant une guitare, une mandoline, une flûte et un tambourin, comme pour traduire les efforts désespérés que fait Pierrot pour séduire sa bien-aimée. Les couleurs exotiques, les passages en pizzicati et les rythmes de habanera donnent à ce mouvement des accents espagnols. Le Finale, enchaîné sans interruption à la Sérénade, respire une grande liberté de pensée, par le caractère folklorique de sa mélodie et sa verve rythmique. Après un bref et fluide passage marqué con morbidezza, le ton assuré et optimiste du matériau musical précédent est repris.

Rachmaninov: Sonate pour piano et violoncelle en sol mineur, op. 19

Dans une lettre adressée en juin 1900 à Modest Tchaikovsky, frère du célèbre compositeur, Serguei Rachmaninov écrivait: « Deux années se sont écoulées depuis mon séjour à Klin en votre compagnie et au cours de ces deux années, je n’ai pas écrit une seule note, à l’exception d’une seule chanson. Pour tout dire, je semble avoir complètement perdu la facilité de composer, et je concentre toutes mes énergies à tenter de la retrouver. » Les consultations quotidiennes de Rachmaninoff chez le Docteur Nikolay Dahl, spécialiste en hypnothérapie, allaient parvenir à ranimer sa verve créatrice et dissiper enfin sa dépression. Un regain d’énergie a ainsi permis la composition de la Sonate pour piano et violoncelle en 1901. L’œuvre fut créée le 2 décembre 1901 par le violoncelliste Anatoly Brandukov, avec Rachmaninoff lui-même au piano.

La partition réserve au pianiste un énorme défi technique, alors que la partie du violoncelle est de caractère on ne peut plus lyrique et expressif. La tension et l’énergie qui nourrissent ce dialogue musical en font un véritable duo, au sens le plus pur. La sonate est composée de quatre mouvements substantiels, aux rythmes très distinctifs. Après une introduction lente et méditative, le premier mouvement présente un thème de caractère très volontaire auquel un second thème plus expressif vient faire contraste. Le scherzo extrêmement rythmé qui suit fait entendre au violoncelle un contre-chant à saveur russe. Le mouvement lent est extraordinairement expressif et lyrique. Le violoncelle y tisse des arabesques jusqu’à ce qu’un climax donne lieu à une nouvelle progression. Un second plateau expressif suit, au cours duquel le pianiste semble faire sonner l’étendue entière du clavier.

Janácek: Pohádka (Fairy Tale) pour violoncelle et piano

Leos Janacek a conçu Fairy Tale, pour violoncelle et piano, à partir du poème épique de Vasili Andreyevich Zhukóvsky, intitulé L’histoire du tsar Berendey, de son fils Ivan le tsarévitch, des intrigues de Kaschey l’Immortel et de la sagesse de la princesse Marya, fille de Kaschey. Fairy Tale a été composé à une étape de la vie créatrice de Janácek où celui-ci, devenant de plus en plus influencé par ses origines slaves, a montré un intérêt marqué pour le style folklorique traditionnel en recueillant des chansons folkloriques et en transcrivant leurs mélodies, leurs paroles et leurs instrumentations.

L’histoire de Fairy Tale est celle du tsar Berendey, qui promet son fils nouveau-né à Kaschey l’Immortel, Maître des Enfers. Lorsque le fils du tsar atteint l’âge adulte, le tsar révèle cette terrible promesse à son fils Yvan et le jeune tsarévitch se soumet à sa destinée en partant à la recherche de Kaschey. Un soir, il trouve sur son chemin trente canetons d’argent qui nagent dans un lac, avant de trouver également trente robes blanches sur le rivage. Le jeune homme s’empare d’une des robes. Les canetons reviennent sur le rivage, revêtent leur robes et se transforment par magie en belles jeunes filles. Après avoir laissé le trentième caneton tenter vainement de retrouver sa robe, le tsarévitch la lui rend, pour le voir aussitôt se métamorphoser en la plus belle des jeunes filles – la princesse Marya, fille de Kaschey l’Immortel! Les deux jeunes gens deviennent instantanément amoureux et, au terme de diverses péripéties magiques qui mettent leur union à l’épreuve et libèrent ultimement le tsarévitch de l’emprise de Kaschey, Ivan regagne le domicile paternel avec Marya dans la plus grande joie.

Bien qu’il soit difficile d’associer chacun des détails de cette intrigue aux mouvements de la partition de Fairy Tale, on a souvent associé la figure du tsarévitch au violoncelle, et celle de la princesse au piano. Le climat féérique qui habite l’œuvre est évoqué à la fin de chacun des mouvements par une sorte de dissolution ou « disparition » progressive des parties.

© Alexis Luko, juillet 2001, pour Traçantes, Service de rédaction et de traduction de la Société québécoise de recherche en musique. Traduction: Marc Hyland

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AN 6 1012
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