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AN 2 2009

Martinu

Compositeurs
Date de sortie 16 septembre 2008
Numéro de l'album AN 2 2009
Periodes Contemporaine
Genres Musique de chambre

Informations sur l'album

Bohuslav Martinu est né à Policka, une ville située à la frontière de la Bohème et de la Moravie. L’œuvre de l’un des compositeurs tchèques les plus importants de sa génération demeure profondément marquée par la tradition et le folklore de son pays. Mais sa découverte de la musique de Debussy et ses études avec Albert Roussel donnent à ses compositions un caractère plus occidental, voire même français dans sa période dite « parisienne ».

De 1923 à 1940, Martin? vit principalement à Paris, effectuant jusqu’en 1938 des séjours réguliers à Prague pour y faire jouer ses œuvres les plus récentes. Malgré la précarité de sa position comme patriote tchèque et réfugié dans les années d’avant-guerre, Martin? réussit à faire éditer et jouer ses œuvres en concert et à la radio. La Sonate pour flûte et piano, écrite à l’intention du trio de Marcel Moyse, fut créée par les dédicataires sur les antennes de Radio-Paris, le 1er juillet 1937. L’amitié avec le célèbre flûtiste et aussi des nécéssités économiques sont à l’origine de la sonate de même que du Concerto pour flûte, violon et orchestre, écrit quelques mois plus tôt. À Paris, Martin? aimait travailler le matin puis faire de longues promenades l’après-midi, s’arrêtant dans les cafés et chez les bouquinistes. Là se trouve sans doute la source d’inspiration de Promenades pour flûte, violon et clavecin (ou piano), composée en 1939; ces quatre miniatures dans le style baroque ont un charme bien français.

La montée du fascisme dans la jeune république tchéchoslovaque et la guerre forcent Martin? à couper définitivement les liens avec son pays; puis vient l’exil vers les États-Unis, où il réside de 1941 à 1953. Bien que son établissement à New York ne se soit pas fait sans difficulté, l’accueil dont il bénéficie lui permet de se faire rapidement une place dans les milieux musicaux américains. La réputation du compositeur l’a précédé depuis plusieurs années, notamment grâce au chef d’orchestre Serge Koussevitzki qui a fait jouer ses œuvres à Boston dès 1927. Cette période est donc marquée par une production faste, les commandes se succédant, tant dans le genre symphonique que dans la musique de chambre. Martin? à toujours eu un goût marqué pour la musique de chambre avec une production impressionnante de près de quatre-vingt-dix œuvres, ce qui dépasse de loin ses contemporains.

Martin? affectionnait tout particulièrement la formation en trio, pour laquelle il a écrit quinze œuvres. La Madrigal-Sonata pour flûte, violon et piano témoigne d’une période heureuse; composée après un séjour de quelques mois à la campagne où Martin? se laisse inspirer par le chant des oiseaux, l’œuvre pleine de charme se présente comme une véritable conversation à trois. Elle fut créée à l’occasion du vingtième anniversaire de l’American League of Composers en 1942. L’année suivante, le compositeur écrit les Five Madrigal Stanzas pour violon et piano, une autre œuvre qui témoigne de sa fascination pour les formes anciennes et notamment pour le madrigal anglais de la Renaissance. Il reproduit dans des œuvres purement instrumentales la conduite libre des voix superposées, avec un grand souci de clarté.

Les Five Madrigal Stanzas résultent de la rencontre du compositeur avec le célèbre physicien Albert Einstein; l’œuvre lui fut dédiée et Einstein la joua avec Robert Casadesus, avec lequel il faisait de la musique de chambre. Cette dédicace explique le fait que la partie de violon soit moins virtuose et la partie de piano plus développée — souçi particulier chez ce compositeur qui autrement ne se préoccupait pas du niveau de difficulté technique de ses œuvres.

La Sonate pour flûte et piano, qui date de 1945, est l’une des belles œuvres du répertoire. Tout comme la Magrigal-Sonata, elle a été écrite dans un moment de calme et de plénitude alors que le compositeur passait des vacances d’été à Cape Cod. La luminosité du ciel, les sons de la nature, et en particulier le chant d’un oiseau de cette région, ont inspiré la ligne mélodique suave et simple. Une certaine mélancolie mêlée à des rythmes enjoués caractérise aussi cette sonate qui fut dédiée à Georges Laurent, flûte solo du Boston Symphony Orchestra.

Martin? avait des opinions bien marquées sur la musique de son temps et surtout sur ce désir de nouveauté de certains compositeurs. Il affirmait ainsi: « Je crois que la musique contemporaine est plus menacée par ses efforts pour se justifier elle-même par des analyses et des explications; comme si elle craignait de ne pas sembler assez « actuelle” ou « moderne” […] La technique découle de l’œuvre et non le contraire. La musique n’est pas une affaire de calculs. L’impulsion créatrice est comme la volonté de vivre, de se sentir vivant.
Dans le monde complexe de changements sociaux et de chaos politique, il est plus important que jamais de ne pas obscurcir notre intention artistique. »

De même, il exprimait ainsi le rapport du compositeur et du public: « Quand un artiste conçoit l’œuvre avec l’intention qu’elle déplaise, il ne devrait pas être étonné que cela ne plaise pas. Écrivant « pour demain”, il demande cependant d’être loué aujourd’hui. Quand l’artiste s’isole, le public s’isole aussi. »

© Viviane Émond

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À propos

Angèle Dubeau
AN 6 1033
AN 6 1033

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