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AN 2 2011

Schubert: Trois sonates pour violon et piano

Compositeurs
Date de sortie 16 septembre 2008
Numéro de l'album AN 2 2011
Periodes Romantique

Informations sur l'album

Hormis ses opéras, les compositions les moins connues de Franz Schubert (1797-1828) sont ses œuvres pour violons. Il n’est pas difficile de comprendre la raison de cette absence d’intérêt pour de tels trésors.

La qualité musicale et le degrés d’inspiration d’une œuvre, son niveau de difficulté sont habituellement considérés comme des éléments cruciaux par les interprètes. Dans la mesure où une partie de leur succès est liée aux prouesses et à la maîtrise technique face à leur instrument, ils ont tendance, d’une part, à accentuer la difficulté pour faire état de leur prouesses et d’autre part se gardent bien de s’essayer à jouer en public des œuvres qui demandent énormément d’entraînement. Schubert n’a pas réussi à éviter les deux extrêmes de ce terrain de prédilection des virtuoses. Dans un premier temps, il écrit ces trois sonates: généralement (ce qui est honteux) on considère celles-ci comme des œuvres trop « faciles » pour intéresser quiconque au delà d’un niveau d’étudiant avancé; dans un second temps, voient le jour des œuvres terriblement difficiles telles le Rondo en si mineur D 895 et la sublime, sinon problématique, Fantaisie en do majeur D 934 — œuvres considérées (tout comme la Fantaisie « Wanderer » pour piano) pratiquement impossible à jouer.

Toutefois, pour rendre justice à toute œuvre de génie, il faut dire que ces sonates pour violon et piano de Schubert valent réellement la peine d’être jouées même si de l’extérieur elles peuvent paraître « faciles ». La simplicité relative de ces œuvres leur a valu d’être appelées avec condescendance « Sonatines » par Diabelli lors de leur première publication en 1836 (sous le numéro d’opus 137), huit ans après la mort de Schubert. Cette appellation erronée explique peut-être pour-quoi ces œuvres ont été longtemps négligées. Ce ne sont pas plus des « Sonatines » que ne le sont les premières sonates pour violon de Beethoven ou Mozart.

La mouvelle édition complète Bärenreiter, sur laquelle s’appuie notre interprétation, a redonné le nom exact de « Sonates » à ces joyaux exquis. On sait peu de choses sur l’origine de ces sonates sinon qu’elles furent écrites en mars et avril 1816, alors que Schubert avait 19 ans. Leur expressivité singulière, inspirée mais subtile, et leur noblesse naturelle témoigne de l’extraordinaire profondeur et maîtrise de cet adolescent. On peut juger de son caractère profondément poétique (à un âge où la plupart sont plus prosaïques) par ces lignes qu’il écrit cette même année dans son journal personnel, à propos de Mozart: « Je me souviendrai toute ma vie de ce beau jour clair et heureux. J’entend encore doucement, comme à distance, s’égrener la musique magique de Mozart… Ainsi ces belles impressions, que ni le temps ni les circonstances ne pourront effacer, se gravent dans l’esprit et influencent pour le mieux toute notre existence. Dans les moments sombres de la vie, elles indiquent l’avenir lointain et brillant dans lequel résident nos espoirs. Ô im-mortel Mozart, tu as rempli nos âmes de tant de raisons éclairées de croire en une vie meilleure, plus juste! » Ces mots de Schubert ne conviennent-ils pas parfaitement à sa propre musique?…

Sonate pour violon et piano en ré majeur, D 384

L’Allegro molto qui ouvre la Sonate en ré majeur, D 384, fait une remarquable économie de son matériau. Peut-être en hommage à Haydn, le deuxième et le dernier thèmes sont très liés au thème d’ouverture — d’abord donné en octaves à l’unisson puis développé sous forme de canon. La douce mélodie de l’Andante est légèrement obscurcie par la section médiane qui débute sur un ton triste en la mineur mais est bientôt apaisée par le retour de do majeur. C’est seulement lorsque l’on approche du retour du thème principal que tout cela devient véritablement poignant; dans la coda un nouveau thème est introduit dont l’intervalle descendant expressif donne une chaleur à l’ensemble du mouvement. Le final, Allegro vivace, est vif et mélange une tendresse nonchalante avec quelques pointes de mo-querie.

Sonate pour violon et piano en la mineur, D 385

La Sonate pour violon et piano en la mineur, D 385, est la plus impressionante des trois. Les intervalles mystérieux et envoûtants de l’ouverture sont étendus et amplifiés par l’intensité du violon, puis se fondent en un second sujet qui est la quintessence d’une tendresse mélodieuse. Le développement reprend et intensifie la simplicité audacieuse des harmonies du début, puis se dissoud en une récapitulation dans le ton de la sous-dominante plutôt que dans la tonalité originelle. Le déroulement simple de l’Andante est interrompu par une série d’intervalles (qui font peut-être écho inconsciemment à ceux du premier mouvement) et est agrémenté de contrastes dynamiques fortement rythmés.

Une dérivation intéressante de la forme traditionelle du rondo (ABABA) donne au premier retour du thème principal une tonalité éloignée, la bémol majeur. Suit un Menuetto dont l’Allegro prend un tempo agité qui s’oppose au caractère habituel de cette danse, bien que la partie du milieu offre une jolie et intime coloration de style Ländler. L’Allegro final retouche beaucoup l’esprit de l’œuvre, avec son ouverture introspective et mélancolique suivie d’un second thème très tendre et d’une troisième idée contrapuntique turbulente. C’est l’exemple inhabituel d’un mouvement à trois thèmes approximativement d’égale importance, forme que Schubert semblait expérimenter durant cette période.

Sonate pour violon et piano en sol mineur, D 408

La Sonate pour violon et piano en sol mineur, D 408, s’ouvre avec un Allegro giusto qui est une étude de contrastes. L’ouverture sévère qui éclate au début est transformée par le piano et devient plus calme, plus retenue mais encore quelque peu agitée. Le violon entre à nouveau et tente de restaurer subtilement la tension de l’ouverture. Mais il introduit en fait un second thème plus fluide d’une douceur envahissante, qui est joué, curieusement, par le piano seul. Une deuxième modulation surprenante transforme le rythme pointu du début en un thème conclusif charmant et génial qui donne plus de rondeur à une autre exposition avec non seulement trois thèmes importants mais aussi avec trois tonalités principales.

L’Andante intime est remarquable par sa section médiane à la fois expressive et dramatique, et par l’ornementation gracieuse qui marque le retour de son thème principal. Un Menuetto solennel précède le final, Allegro moderato, qui méandre avec intelligence entre le majeur et le mineur, comme beaucoup d’œuvres de Schubert. Le mouvement devient graduellement plus joyeux, pour nous conduire vers une conclusion brève mais triomphante, en sol majeur.

© Anton Kuerti

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À propos

Angèle Dubeau
AN 2 8724
AN 2 8724

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