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FL 2 3085

Telemann: Sonates pour deux violons

Interprètes
Date de sortie 23 octobre 1995
Numéro de l'album FL 2 3085
Periodes Baroque
Genres Violon

Informations sur l'album

Georg Philipp Telemann figure assurément parmi les deux ou trois compositeurs les plus prolifiques de l’histoire. Au terme de sa longue existence — il est mort dans sa quatre-vingt-septième année —, il laisse plus d’œuvres que Bach et Hændel réunis. Sa vie durant, en effet, il déploie une activité qui tient du prodige: dans toutes les villes où il travaille, Leipzig, Sorau, Eisenach et Francfort, il compose, fonde des associations musicales, dirige et forme sans relâche.

Établi à Hambourg de 1721 à sa mort en 1767, Telemann est, entre autres occupations, directeur de la musique des cinq principales églises de la ville et directeur musical de l’Opéra. Il organise de nombreux concerts publics, il compose pour toutes les fêtes, cérémonies civiles, anniversaires et commémorations, il publie des dizaines de recueils de cantates et de sonates pour tous les instruments, certains gravés par lui-même, et il s’occupe de la vente par souscription des plus importants — ses trois productions de Musique de table, notamment — auprès d’une clientèle recrutée dans toute l’Europe. Sans compter qu’il rédige des ouvrages théoriques et qu’il correspond avec diverses personnalités de France et d’Allemagne.

Telemann est un homme de son temps. Son esthétique est typique du XVIIIe siècle: abandonner les constructions polyphoniques savantes, jugées — cela semble étonnant aujourd’hui — contraires à la raison, faire parler, chanter, la mélodie avec un soupçon d’audace harmonique, dépeindre ou évoquer la nature enfin, tout cela pour toucher, pour plaire, pour étonner parfois, pour éveiller chez les auditeurs des passions diverses au moyen de l’expérience sensible.

Telemann donne à la musique une fonction diplomatique et sociale; elle ne doit pas être compliquée, mais plutôt facile au meilleur sens du terme et accessible à tous. Elle doit unir les peuples et plus encore unir les êtres, faire naître les rapports harmonieux entre les personnes. Toute l’activité d’éditeur, d’écrivain et d’organisateur que déploie Telemann n’a pour but que de susciter le plaisir de faire et d’écouter de la musique. Grand admirateur de la musique française, mélodiste aussi inspiré que les Italiens et fasciné par les musiques morave et polonaise, il veut aussi réunir les goûts nationaux. Il écrit dans tous les styles, contribuant paradoxalement à l’éveil du sentiment musical allemand — Quantz affirmait que le goût allemand devait être un goût mélangé —, et il annonce le classicisme.

Avant-gardiste, sans toutefois être innovateur, aussi curieux et enthousiaste dans ses quatre-vingts ans que dans sa jeunesse, Telemann est toujours à l’affût des courants les plus neufs. Et puis, on reste émerveillé devant la richesse de son invention mélodique et rythmique, devant l’habileté avec laquelle il peut, quand il le veut ou le juge à propos, manier le contrepoint le plus complexe, devant ses essais des combinaisons instrumentales les plus inusitées, devant ses qualités d’élégance racée, d’équilibre et de séduction, qui n’excluent pas un esprit souvent plein d’humour.

Bien que Telemann lui-même ait accordé plus d’importance à ses œuvres religieuses, c’est peut-être dans sa musique de chambre que les caractéristiques de son style apparaissent avec le plus d’évidence. Et, au milieu d’innombrables sonates, trios et quatuors, qui demandent le support de la basse continue, il compose, à l’instar de maîtres français comme Montéclair et Boismortier, des sonates en duo sans accompagnement.

Dédiées aux flûtistes Georg Behrmann et Daniel Tonnies, les Six Sonates sans basse à deux flûtes transverses ou à deux violons paraissent pour la première fois à Hambourg en 1727 (elles seront publiées de nouveau, ainsi que les Sonates canoniques, à Londres par John Walsh quelques années plus tard).

Dans la forme de la sonate da chiesa, Telemann propose là des dialogues où les protagonistes s’imitent l’un l’autre, s’échan-gent des idées musicales et prennent le commandement tour à tour. Les mouvements lents montrent souvent une tendresse et une grâce mélodiques qui annoncent le style sensible caractéristique de la génération suivante, tandis que le second mouvement de cha-que sonate se présente comme une fugue, mais dans un esprit tout à fait galant.

À l’exception de Bach, qui passait d’ailleurs pour démodé, et sauf à l’église, les musiciens du temps délaissent la rigueur contrapuntique: la composition de fugues et de canons apparaît dorénavant comme une démonstration d’habileté stérile, un exercice intellectuel « sans prise sur le cœur », comme le dit Telemann lui-même. Il ne reste alors du contrepoint que ce qui peut plaire à l’oreille de façon immédiatement perceptible, comme les imitations de motifs d’un instrument à un autre, et jamais l’aisance mélodique ne doit s’en trouver sacrifiée.

C’est dans cet esprit que Telemann publie à Paris en 1738, à l’occasion de son séjour dans la capitale française, ses Dix-huit Canons mélodieux ou Six Sonates en duo à flûtes transverses ou violons ou basses de viole. Ces dix-huit canons sont réunis en six courtes Sonates canoniques de trois mouvements chacune, dans la disposition qui sera celle de la sonate classique; comme les bicinia de la Renaissance, ce sont des canons directs à l’unisson, pour employer le terme technique qui convient, c’est-à-dire que la mélodie est jouée de façon identique aux deux instruments mais décalée de quelques mesures. Et, comme on peut s’y attendre, Telemann montre un métier admirable dans le choix et la conduite des mélodies qui doivent se prêter à ce jeu du canon.

Aux dires de Romain Rolland, Telemann a apporté un « courant d’air frais » dans la musique instrumentale de l’Allemagne de son temps. Extrêmement populaire, ses contemporains le proclament « le maître sans égal » et le placent « au-dessus de l’éloge ». On loue sa culture, sa bonne humeur, sa bienveillance, et ces qualités, qui nous touchent encore après plus de deux cents ans à travers sa musique, en font un des plus beaux esprits du XVIIIe siècle, l’un des artistes les plus représentatifs de cette époque qu’on se plaît à imaginer comme celle de la douceur de vivre.

© François Filiatrault

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« La conception que Telemann avait du monde et de l’art en général reflétait les dispositions éclairées et progressistes de la classe moyenne de son temps. L’ensemble de sa production musicale, son style personnel et les formes qu’il a cultivées reposent, tout en les illustrant, sur les relations qu’il entretenait avec le monde qui l’entourait. On lui reproche souvent d’avoir cédé à la facilité, d’être allé trop loin dans son désir de répondre aux modes de son époque.

[…] Mais tout jugement peut être retourné. Nous accordons aujourd’hui davantage d’importance à l’artiste qui exprime les courants de pensée de son temps qu’à celui qui se complaît dans la nostalgie du passé ou qui se perd dans des cons-tructions ésotériques. […] Les idéaux naissants du XVIIIe siècle ont trouvé leur expression la plus claire dans la mélodie ou, plus exactement, dans un nouveau type de mélodie. Car Telemann, fidèle à la conception française, a considéré l’harmonie comme le moyen propice à rehausser l’expression. Il a rarement écrit dans le style contrapuntique strict, non par manque de science, mais simplement parce qu’il considérait la polyphonie dans une nouvelle perspective. »
—Richard Petzold, Georg Philipp Telemann, 1974

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[Chez] les vieux, qui contrepointent à tire larigo, mais qui sont dénués d’invention, et qui écrivent à quinze et vingt voix obligées, […] Diogène lui-même avec sa lanterne ne trouverait pas une goutte de mélodie.
— Georg Philipp Telemann, 1718.

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À propos

Angèle Dubeau
AN 2 8724

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