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Le  » Duke  » et  » l’Effet Ellington « 

À la fois pianiste, compositeur, arrangeur et directeur de Big Band, quelque trente ans après sa mort, Duke Ellington demeure l’une des plus grandes légendes du jazz. Un grand nombre de ses œuvres, comme celles présentées ici en versions pour piano quatre-mains, sont devenues des  » standards  » que les nouvelles générations ne cessent de reprendre et de retravailler à leur manière, quand ce n’est pas pour les interpréter le plus fidèlement possible.

Né à Washington en 1899, Edward Kennedy Ellington, de son vrai nom, venait d’une famille de classe moyenne où la musique était reine. Son père fut principalement maître d’hôtel dans les riches familles blanches de la capitale et travailla même à l’occasion à la Maison Blanche. Le jeune Edward Kennedy hérita de lui un sens du maintien et de l’élégance qui lui valurent dès le début de sa carrière le surnom de  » Duke « . Mais, au-delà de l’apparence extérieure, tant sa mère que son père surent lui inculquer un juste sens des valeurs et, surtout, une impétueuse joie de vivre qui allait faire la marque de sa musique.

Il y avait un piano à la maison et les deux parents en jouaient, le père par oreille, la mère en lecture à vue. Le fils manifesta très tôt des dispositions pour la musique et à sept ans commença des leçons de piano. Mais cette façon classique d’apprendre l’ennuyait et il abandonna rapidement. Vers l’âge de 13 ans, cependant, il commença à se tenir dans les  » poolrooms  » fréquentés par des pianistes de jazz réputés de la ville. Il s’y trouvait de vieux pianos sur lesquels, entre deux parties de billards, ces pianistes se lançaient dans de véritables concours de virtuosité et d’improvisation. C’est en les observant et en les questionnant que le jeune Ellington fit sa propre éducation pianistique. En 1914, à 15 ans, il composait sa première pièce, Soda Fountain Rag, aussi connu sous le titre de Poodle Dog Rag, du nom du Poodle Dog Café où il avait trouvé un travail d’été. Pendant ses pauses, il s’installait au piano du café et il commença ainsi à se faire connaître et à recevoir des invitations pour jouer dans des réceptions privées, des bals et des  » jam sessions « . Rapidement, la réputation de celui que l’on se mit alors à surnommer  » Duke  » grandit et les offres d’engagements devinrent bientôt plus nombreuses que ce qu’il pouvait accepter.

Mais Ellington aspirait à plus qu’au simple rôle de pianiste de service et, en 1919, il entreprit de parfaire sa formation en prenant des cours d’harmonie. Ainsi, lorsqu’il décida de faire le saut à New York en 1923, Ellington trouva rapidement du travail, non seulement comme pianiste, mais aussi comme compositeur, arrangeur et directeur musical. Il était allé rejoindre des amis qui l’avaient précédé là-bas et il fonde avec eux son premier ensemble, un quintette baptisé The Washingtonians. Jusqu’en 1927, ils jouent sur Broadway, au Hollywood puis au Kentucky Clubs, et graduellement l’ensemble passe à dix musiciens. De 1927 à 1932, le groupe devient la vedette du célèbre Cotton Club de Harlem qui le présente sous le nom de Duke Ellington and His Famous Orchestra.

C’est à cette époque que le compositeur atteint sa pleine maturité en travaillant en étroite collaboration avec ses musiciens, exploitant l’originalité de chacun plutôt que de chercher l’homogénéité comme on faisait ailleurs. C’est ce qu’un de ses musiciens appela  » The Ellington Effect « . Tel tromboniste avait trouvé une façon d’imiter les barrissements d’éléphant ? Tel trompettiste avait une facilité dans le suraigu à évoquer les cris d’oiseaux ou de singes de forêts tropicales ? Le batteur pouvait transformer sa batterie en tambours africains ? Duke intègre tous ses éléments pour créer un style qui valut à son orchestre le surnom de  » Jungle Band « . Dans son célèbre Mood Indigo (1930), il intervertit les rôles des solistes du style New Orleans en donnant à la clarinette le rôle de soutien sous la trompette et le trombone.

Mais Ellington ne faisait pas seulement dans l’expérimentation et la nouveauté ; il donnait aussi généreusement, sans snobisme ni complexe, dans la danse et la ballade. Son imagination n’avait d’égale que sa prodigieuse productivité. Pendant cette seule période new-yorkaise, l’enregistrement de plus de 200 compositions sur 78 tours, un contrat de diffusion à la radio en direct du Cotton Club, l’édition systématique des partitions des pièces enregistrées vont contribuer à faire de lui une véritable star internationale. C’est de cette époque que datent Rub-A-Tub-Lues, Rent Party Blues, Washington Wabble et Blue Bubbles.

De 1932 à la Seconde Guerre mondiale, suit une très dense vie de tournées à travers les Etats-Unis et en Europe, à l’époque où le Swing, dont Ellington fut l’un des initiateurs et l’une des figures dominantes, enflamme la jeunesse. Infatigable, les idées se bousculant dans son esprit, il lui arrivait de composer dans les salles vides après les concerts, dans les chambres d’hôtels ou encore sur le dos d’une valise dans les gares et les aéroports. C’est pendant cette période et probablement dans l’un de ces contextes qu’il composa ses plus grands classiques.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Duke Ellington Orchestra devient un ambassadeur culturel, représentant souvent les États-Unis dans les grands événements internationaux. Ce rôle permettra au  » Duke  » d’augmenter dès 1946 son orchestre à 18 musiciens et de préserver son intégrité, à travers les changements de goûts et de modes, jusqu’à sa mort en 1974, à 75 ans, couvert d’honneurs et de gloire. Et jusqu’à la fin, il continua à composer avec la même verve, comme en témoignent les œuvres plus tardives New World A-Coming, Freedom (Word You Heard) et Satin Doll.

© Guy Marchand

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