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FL 2 3074

Gershwin: Songbook pour piano quatre mains

Compositeurs
Date de sortie 01 octobre 1996
Numéro de l'album FL 2 3074
Periodes XXe siècle

Informations sur l'album

La chanson populaire américaine a connu son âge d’or au cours des années vingt et trente. C’est alors que des compositeurs et paroliers comme Irving Berlin, Jerome Kern, Richard Rodgers, de même que Lorenz Hart, Cole Porter, Vincent Youmans, et George et Ira Gershwin ont écrit plusieurs de leurs meilleures chansons, principalement pour Broadway et Hollywood. Bien que les opérettes à contenu historique et décors exotiques des années vingt aient encore fait les beaux jours de compositeurs comme Rudolf Frimi (The Vagabond King) et Sigmund Romberg (The Desert Song), les jeunes compositeurs américains commençaient à concevoir des spectacles à contenu résolument contemporain et urbain, spécifiquement new-yorkais (Manhattan et son prolongement estival de Long Island). Leurs livrets étaient remplis de références à l’actualité (la prohibition, la société, même le sexe) et leurs mélodies reflétaient les rythmes de la vie contemporaine.

Les premiers spectacles de Broadway semblaient tenir d’un genre vaudevillesque dans lequel on tolérait des intrigues ridicules où s’intercalaient des éléments qui n’avaient rien à voir avec le propos. Il y eut toutefois une importante exception: une série de spectacles intimistes composés au début de ce siècle par Jerome Kern, le plus souvent sur des paroles écrites par l’humoriste britanique P.G. Wodehouse. Ces spectacles étaient destinés au petit théâtre Princess de New York. Kern composait aussi des chansons supplémentaires pour les versions américaines des opérettes viennoises d’Emmerich Kálmán, mais ses propres spectacles, comme Oh, Boy! et Oh, Lady! Lady!!, avaient une sophistication toute américaine et les chansons qu’on y entendait servaient l’intrigue au lieu de l’interrompre. C’est ce qui a mené Kern à sa plus grande réussite en 1927, Show Boat, presque un opéra par le sérieux de son contenu dramatique.

Les frères Gershwin, Ira (1896-1983) et George (1898-1937) étaient nés respectivement dans le Lower East Side de Manhattan et à Brooklyn; ils étaient issus d’une famille typique d’immigrants juifs (ils sont nés Israel et Jacob Gershwine), qui a connu une importante ascension sociale pour faire éventuellement partie de l’élite culturelle non moins typique du Upper West Side. Dès 1918, ils ont commencé à écrire des chansons pour des comédies musicales de Broadway — la première étant The Real American Folk Song is a Rag — puis, en 1922, ils ont travaillé pour la première fois avec Fred Astaire qui jouait, avec sa sœur Adele, dans For Goodness Sake (rebaptisée Stop Flirting à Londres) et qui contenait plusieurs chansons des Gershwin (Ira signait alors Arthur Francis).

En 1924, George Gershwin avait autant de succès en comédie musicale qu’en musique « sérieuse »: c’est en février de cette année-là qu’eut lieu la première mondiale de Rhapsody in Blue, avec Paul Whiteman et son orchestre et George Gershwin au piano. En novembre de la même année, commençait Lady, Be Good!, le premier spectacle complet que Gershwin a composé pour les Astaire. À la fin de 1925, son Concerto en fa pour piano a été joué par la New York Symphony Society, encore une fois avec le compositeur au piano. La comédie musicale Lady, Be Good! a été suivie par Tip-Toes, Oh, Kay!, avec Gertrude Lawrence, et Funny Face, de nouveau avec les Astaire. Tous ces spectacles ont été présentés à Londres comme à New York.

À la même époque, les Gershwin tentaient un nouveau genre avec Strike Up the Band dont la première version, présentée à l’extérieur de la ville en 1927, n’a pas eu de succès; une version révisée a été présentée à New York en 1930. Cette satire politique à la manière de Gilbert and Sullivan, a mené à Of Thee I Sing, qui a remporté le prix Pulitzer pour le théâtre en 1932 et qui fut suivie — avec moins de succès — par Let’ Em Eat Cake, en 1934. Ces spectacles se situent à mi-chemin entre la musique des premières années et les œuvres sérieuses, dont la principale manifestation fut l’opéra populaire Porgy and Bess sur des paroles de Ira et DuBose Heyward, auteur du roman dont il est tiré. La première eut lieu en 1935.

C’est aussi à cette époque que le cinéma devint sonore et qu’Hollywood se mit à faire appel aux compositeurs de Broadway ainsi qu’aux auteurs qui pouvaient fournir des scénarios substentiels. C’est ainsi que certains des meilleurs éléments de l’intelligentsia new-yorkaise prirent le chemin d’Hollywood. Même au plus creux de la dépression, ces films qui permettaient tant bien que mal de s’évader de la réalité, étaient souvent pleins d’esprit et d’élégance; qu’on pense entre autres aux comédies de Ernst Lubitsch et à la série de films musicaux mettant en vedette Fred Astaire et sa nouvelle partenaire, Ginger Rogers. Les Gershwin étaient parmi ceux qui allèrent à Hollywood, une première fois pour collaborer au charmant Delicious (1930), mettant en vedette Janet Gaynor et Charles Farrell. La trame musicale comportait un extrait de ce qui allait devenir la seconde Rhapsody de George Gershwin. En 1936, ils s’envolèrent de nouveau vers Hollywood pour écrire Shall We Dance et A Damsel in Distress, mettant en vedette Fred Astaire et Ginger Rogers pour le premier et Fred Astaire seul pour le second. Quand A Damsel in Distress fut présenté à la fin de 1937, George Gershwin était mort, victime d’une tumeur au cerveau.

Quand il s’agit de Gershwin, la distinction entre sa musique « populaire » et sa musique « sérieuse » ne rime singulièrement à rien. En fait, les mélodies de ses comédies musicales sont, d’une certaine façon, une plus grande manifestation de son génie. Souvent, elles portent en elles des sentiments plus profonds que ne le commandait l’intrigue: elles sont l’équivalent américain de la chanson d’art européenne. C’est vrai, même si Gershwin a écrit presque exclusivement sur les rythmes de danse de l’époque, le charleston et le fox-trot. Il a écrit peu de valses sauf en parodie comme dans « By Strauss »; « My man’s gone now » est à trois temps, mais les trois temps d’une sarabande.

La valeur de cette musique a en outre été reconnue par des critiques comme Wilfred Mellers qui, dans Music in a New Found Island (1964) a écrit une analyse importante de la ballade « The Man I Love », ou encore Alec Wilder dont l’ouvrage American Popular Song a été publié en 1972. On a vu naître, ces dernières années, un mouvement important visant à favoriser l’interprétation de la musique ancienne sur des instruments d’époque; de même, une tendance veut que les comédies musicales de Broadway soient restaurées, jouées et enregistrées sous leur forme et leur orchestration originales; les spectacles des Gershwin font partie d’un tel projet, commandité conjointement par la veuve de Ira, Leonore (décédée en 1991) et la Library of Congress. Dans cette veine, il est donc tout particulièrement approprié que la musique de Gershwin soit enregistrée par les pianistes duettistes Guy Campion et Mario Vachon.

Gershwin était lui-même un virtuose du piano qui a enregistré à la fois ses propres transcriptions des chansons dont il était l’auteur (publiées dans George Gershwin’s Songbook, en 1932) et les Trois Préludes; il a aussi gravé des disques circulaires pour pianos mécaniques qui ont été repris sur disques compacts. Sans compter que souvent un duo de piano faisait brillamment partie des orchestres accompagnant les spectacles de cette époque-là.

© David Vaughan

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