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FL 2 3100

Schubert: Fantaisies pour piano à quatre mains

Compositeurs
Date de sortie 15 septembre 1998
Numéro de l'album FL 2 3100
Periodes Romantique
Genres Piano et autres claviers

Informations sur l'album

Il est intéressant d’enregistrer en un même programme, comme le fait ici le Duo Campion-Vachon, l’intégrale des Fantaisies pour piano à quatre mains de Schubert. Cela met, tout d’abord, l’accent sur l’importance, dans l’œuvre de Schubert, des morceaux de ce genre dont il a été le plus prolifique et le plus remarquable compositeur.

Piano à quatre mains chez Schubert

Franz Schubert (1797-1828) considérait le jeu pour piano à quatre mains comme étant le symbole de l’amitié et de la communion fraternelle, sentiments qui ont joué un grand rôle dans sa vie. Il faut dire que le genre, comme les lieder, se prêtait particulièrement bien aux réunions musicales de toutes sortes que Schubert et ses amis affectionnaient tant.

Schubert a cultivé de nombreux styles dans ces œuvres à quatre mains: marches, ouvertures, divertissements, danses, etc. Mais la forme de la fantaisie semble l’avoir spécialement intéressé, tant au début qu’à la fin de sa vie.

La première des Fantaisies pour piano à quatre mains date de 1810 (c’est la première composition de Schubert qui nous soit parvenue; elle porte le numéro D.1); les deux suivantes sont également des œuvres de jeunesse (1811 et 1813) alors que la dernière est de 1828, année de la mort du compositeur.

Rappelons brièvement que Schubert est né dans un faubourg de Vienne le 31 janvier 1797, d’une famille humble, mais dont le père instituteur réussit à force de travail à devenir directeur d’école. Ses premières leçons de piano et de violon lui furent données par son père et un de ses frères. À l’âge de 11 ans, il réussit un examen d’entrée qui lui permet de devenir petit chanteur (soprano) à la chapelle de la cour de l’Empereur d’Autriche et d’entrer comme pensionnaire dans un des meilleurs collèges de Vienne, le Stadt Konvickt, situé près de la Cathédrale Saint-Étienne et de l’Université. La fréquentation de ce collège lui fut très bénéfique car, en plus de l’enseignement général, on y mettait l’accent sur l’étude de la musique: chant choral, bien entendu, apprentissage des instruments et participation à un petit orchestre, vraisemblablement de qualité, puisqu’il pouvait jouer des symphonies de Haydn et de Beethoven. Schubert fit rapidement de grands progrès en musique et commença à s’intéresser graduellement à la composition (ses toutes premières ébauches n’ont pas été conservées).

Ce n’est que récemment que l’on a commencé à considérer plus sérieusement les œuvres de jeunesse de Schubert, en particulier les trois premières Fantaisies pour piano à quatre mains composées alors qu’il était collégien et que l’on jugeait autrefois puériles et immatures. Sans doute écrites pour utilisation immédiate à l’intention de ses professeurs et confrères de collège, elles dépassent le devoir d’écolier et démontrent déjà, malgré les imitations et les imperfections, un génie musical en progression constante.

Fantaisie no 1 en sol majeur D. 1

C’est au cours de l’année 1810 que Schubert compose la première œuvre que nous lui connaissons, la Fantaisie en sol majeur D. 1. Elle surprend d’emblée par sa longueur (1100 mesures), sa liberté d’invention (une quinzaine d’épisodes), un changement constant d’atmosphère, de tempo et de tonalité et une harmonie audacieuse. L’œuvre débute en sol majeur sur un ton nostalgique avec un appel pour cor (qui reviendra plus loin); on passe ensuite d’une section en fa majeur, rappelant Mozart, à un Presto, puis à une série de marches; un Andante rappelle ensuite Beethoven, dont Schubert cite dans un autre passage un quatuor à cordes. Le tout se termine majestueusement en do majeur.

Selon le musicologue Alfred Einstein, « tout cela porte un caractère d’extrême gaminerie, avec cette différence que Schubert, au lieu de colorier des images comme d’autres gamins de son âge, se livre à un divertissement musical ».

Fantaisie no 2 en sol mineur D. 9

La deuxième Fantaisie, en sol mineur D. 9, composée un an plus tard, est déjà moins floue, plus ramassée. Un Largo sert d’introduction, et ce passage reviendra transposé à la conclusion de l’œuvre; entre-deux, un Allegro passionné et dynamique, d’écriture contrapuntique, débouche sur une marche (Tempo di Marcia).

La pièce se termine à nouveau dans une tonalité différente de celle du début: ré mineur. Malgré qu’elle soit imitée d’une œuvre de Mozart, cette Fantaisie démontre que Schubert devient un vrai musicien et qu’il s’intéresse déjà au contrepoint.

Fantaisie no 3 en do mineur D. 48

La troisième Fantaisie, en do mineur fut composée en 1813, au moment où Schubert avait déjà un certain nombre de compositions à son actif, comme l’indique le numéro de catalogue (cette même année, il composera une symphonie et deux quatuors). Plus longue que la deuxième Fantaisie, elle s’amorce en do mineur par un Adagio construit à partir d’un seul motif chromatique descendant (basse de « lamento »), traité en contrepoint libre; vient ensuite un Andante amoroso, imité directement d’une fantaisie de Mozart; pour conclure, en si bémol majeur, c’est le développement extraordinaire d’une fugue (Allegro maestoso), à partir du thème de l’Adagio du début.

Ajoutons ici qu’à la fin de 1813, quelques mois après la composition de cette œuvre, Schubert quittera le Konvickt, alors qu’il aurait pu avoir une bourse impériale pour continuer ses études universitaires. Des interprétations multiples ont été données de ce geste, mais il semble bien que Schubert ait voulu, à partir de ce moment, se consacrer entièrement à la musique.

« Grande » Fantaisie en fa mineur, D. 940

La dernière Fantaisie pour piano à quatre mains, la « Grande » Fantaisie en fa mineur D. 940, date d’avril 1828. Elle fait partie de la période la plus fertile de la vie du compositeur, soit de 1827 jusqu’à sa mort en 1828, années qui ont vu naître, parmi d’autres, la Grande Symphonie en do majeur, les lieder sur des poèmes de Heine, les trois dernières sonates pour piano et la Missa Solemnis en mi bémol.

La Fantaisie en fa mineur, qui fait suite à plusieurs œuvres du même genre composées peu auparavant pour piano (la Wanderer) ou pour violon et piano, est considérée comme l’aboutissement des recherches de Schubert pour le renouvellement de la forme de la fantaisie. L’œuvre est en quatre parties qui s’enchaînent en un cycle qui s’inspire à la fois librement de la forme sonate et des quatre mouvements usuels d’une œuvre de grande envergure: Allegro molto moderato en fa mineur, sorte d’incantation, qui module en fa majeur, et est suivie d’un dialogue avec motif en la mineur exposé par un staccato de la basse; Largo en fa dièse mineur qui commence par des trilles et fait se confronter un motif chantant à l’italienne et un motif violent; Allegro vivace en fa dièse mineur, qui est en fait un Scherzo avec Trio: c’est la partie la plus longue de l’œuvre, avec un thème dansant; puis, dans le Finale, on revient au thème de départ, qui se transforme de façon inattendue en une grande fugue majestueuse, pour terminer par un accord final lumineux.

© Jean-Marc Blondeau

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