fbpx
FL 2 3167

Brahms: Sonates pour violoncelle et piano

Compositeurs
Date de sortie 15 avril 2003
Numéro de l'album FL 2 3167
Periodes Romantique

Informations sur l'album

Sonate pour violoncelle et piano en mi mineur, op. 38

Cette œuvre est la première des sept sonates pour piano et instrument mélodique (trois avec violon, deux avec violoncelle et deux avec clarinette) que Brahms considéra assez bonne pour être conservées. Aussi impitoyable envers lui-même qu’il pouvait être indulgent envers les autres, il avait auparavant détruit au moins trois sonates complètes pour piano et violon. Brahms commença cette sonate en 1862, alors qu’il était pressenti pour le poste de directeur de la Singakademie de Vienne, et la termina en 1865, une fois installé dans cette nouvelle fonction. Deux partis s’étaient affrontés pour le choix du nouveau directeur, l’un plus conservateur, qui voulait un « enfant de Vienne », et l’autre plus moderne qui voyait en Brahms, comme l’avait indiqué Schumann dès 1853 dans un article célèbre, le leader d’une « voie nouvelle ». À la tête de ce second parti se trouvait le docteur Josef Gänsbacher, juriste de formation mais qui, passionné de musique, allait bientôt abandonner le droit pour une carrière de professeur de chant au Conservatoire. Gänsbacher touchait aussi du violoncelle et c’est pour ce nouvel ami que Brahms composa cette sonate.

L’admiration que tous deux entretenaient pour les maîtres précédents (le père de Gänsbacher avait été l’ami de Haydn et de Beethoven) a peut-être influencé la forme finale inusitée de l’œuvre. Au départ, Brahms avait prévu quatre mouvements, dont un adagio qui fut retiré de sorte que la sonate ne comprend que trois allegros qui se présentent comme un triple hommage. Le premier s’ouvre sur un thème rappelant le troisième contrapunctus de L’art de la fugue de Bach, mais dans une forme-sonate à la Beethoven. Le deuxième avec son caractère de menuet renvoie à Haydn et Mozart. Enfin, dans le troisième, les références à Bach sont encore plus évidentes: le thème de départ, citation presque intégrale du treizième contrapunctus de L’art de la fugue, est justement présenté dans une forme fuguée. Une anecdote révèle toutefois ce que cette sonate a de typiquement brahmsien. Il semble que l’enthousiasme de Gänsbacher pour la musique excédait ses capacités techniques.

Lors de la première lecture avec le compositeur au piano, le violoncelliste se plaignit d’être enterré par le piano et de ne pouvoir s’entendre. Brahms lui aurait répondu, non sans ironie, « comme vous avez de la chance! ». Toute amusante qu’elle soit, cette anecdote n’en souligne pas moins l’importance ici de la partie de piano dont la texture polyphonique est d’une densité peu commune, conçue par Brahms comme un riche écrin enveloppant la voix du violoncelle qui se démarque tout de même naturellement par la différence de son timbre chaud et voluptueux.

Sonate pour violoncelle et piano en fa majeur, op. 99

Deuxième des deux sonates pour violoncelle et piano de Brahms, cette œuvre fut composée en 1886 plus de vingt ans après la première (l’opus 38). Mais contrairement à son aînée, immédiatement bien accueillie, la cadette prit un certain temps à se faire admettre car elle allait à l’encontre des conventions classiques, principalement concernant l’enchaînement des tonalités, tant à l’intérieur des mouvements que d’un mouvement à l’autre. L’habitude voulait que les principales modulations se fassent généralement à la dominante, à la sous-dominante ou au mode relatif. Or, dans le premier mouvement en fa majeur, un « Allegro vivace » de forme-sonate particulièrement énergique et tourmenté où dialoguent trois groupes thématiques, une grande partie du développement se déroule en fa dièse mineur.

Dans le deuxième mouvement, un « Adagio affettuoso » de forme-lied A-B-A’ en fa dièse majeur, l’épisode central est en fa mineur. Il y a donc entre l’enchaînement des tonalités des deux premiers mouvements, un jeu de permutation qui relève d’une rhétorique du miroir: fa majeur — fa dièse mineur dans le premier, contre fa dièse majeur — fa mineur dans le second. Cette dialectique se poursuit dans les deux derniers mouvements, mais en nous ramenant graduellement au fa majeur de départ. Le troisième, « Allegro passionato », est un scherzo en fa mineur dont le trio module en fa majeur, alors que le rondo final, « Allegro molto », revient en fa majeur avec un passage central, plus conventionnel cette fois, à la sous-dominante (si bémol mineur). Brahms essaya bien de justifier ses choix en donnant des exemples tout aussi peu orthodoxes chez Haydn. Mais rien n’y fit, personne ne sut à l’époque apprécier cette œuvre pour ce qu’elle était: une fascinante étude des multiples facettes, tonales, modales et chromatiques, d’une simple et même note… fa.

Sonate pour violoncelle et piano en ré majeur, op. 78

La Sonate pour violoncelle et piano en ré majeur est en fait une transcription de la Sonate pour piano et violon en sol majeur, op. 78. Cette transcription fut éditée du vivant du compositeur, mais l’incertitude persiste quant à son auteur. La version originale pour violon, achevée en 1879, fut la première du genre à trouver grâce aux oreilles sans merci du compositeur. On a surnommé cette œuvre la Regen-Sonate (Sonate de la pluie) car Brahms y reprend, dans chacun des mouvements, des motifs tirés de son Regenlied, op. 59, n° 3. Dans le premier, « Vivace ma non troppo », le rythme bondissant du thème élégiaque exposé au violon découle de l’introduction pianistique du lied. Dans le deuxième, un « Adagio » rêveur et mélancolique de forme-lied (A-B-A’), ce rythme réapparaît dans la section centrale plus dramatique « più andante ». L' »Allegro molto moderato » final, quant à lui, cite explicitement le thème chanté. Certains commentateurs ont tenté d’y décrypter un programme poétique.

Mais selon Hanslick, le célèbre critique musical pourfendeur des facilités anecdotiques en musique, celui qui avait fait de Brahms le champion de la musique pure, le compositeur ne se serait ici qu' »inconsciemment laissé aller à une réminiscence ». Inconsciente ou non, le retour de cette réminiscence d’un mouvement à l’autre n’en fait pas moins de cette sonate une œuvre manifestement imprégnée de l’atmosphère du poème de Klaus Groth que Brahms avait plus tôt mis en musique.

© Guy Marchand, Janvier 2003, pour Traçantes, service de rédaction et de traduction de la Société québécoise de recherche en musique.

Lire la suite

À propos

AN 2 8788 Beethoven Strauss
AN 2 8788 Beethoven Strauss
AN 2 8788 Beethoven Strauss

Start typing and press Enter to search