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AN 2 9829

J.S. Bach: Sonates pour violon et clavecin, vol.1

Date de sortie 15 février 2005
Numéro de l'album AN 2 9829
Periodes Baroque
Genres Musique de chambre

Informations sur l'album

La sonate en trio selon Bach

Les quatre œuvres de Jean-Sébastien Bach au programme de cet enregistrement sont les quatre premières d’un cycle de six  » sonates  » communément dites  » pour clavecin obligé et violon  » (BWV 1014-1019). Mais elles ressortent en fait de la sonate en trio qui fut au Baroque ce que le quatuor à cordes allait être au Classicisme, le creuset de nouvelles expériences formelles et stylistiques.

La sonate en trio s’inscrit dans la foulée d’une révolution musicale provoquée entre autres par l’émergence au début du Baroque de nouveaux instruments. En effet, on pense plus souvent l’histoire de la musique en fonction des œuvres et des compositeurs, mais c’est parfois l’émergence de nouveaux instruments qui contribue d’abord à changer le paysage musical d’une époque avant que les compositeurs ne s’intéressent à eux et ne leur crée un répertoire digne de ce nom.

Le début du Baroque fut ainsi marqué par l’arrivée sur le devant de la scène du clavecin et de la famille des violons. Les œuvres pour clavecin commencent à foisonner dès le début du 17e siècle et, quelque cent ans plus tard, les nombreux cycles de préludes et fugues, partitas et suites diverses de Jean-Sébastien Bach en représentent sans conteste l’apogée. Côté violon, on expérimente d’abord différentes combinaisons avant que ne s’impose, comme genre dominant en musique de chambre, la sonate dite  » en trio  » pour deux violons et basse continue. Mais ce  » trio  » demandait en fait la participation d’au moins quatre instrumentistes, car la norme voulait que la ligne de basse jouée par le violoncelle soit doublée par un clavier qui, de plus, réalisait l’harmonie.

À cette sonate en trio, Arcangelo Corelli (1653-1713) devait imposer une forme en quatre mouvements contrastés  » lent-vif-lent-vif  » dans les quatre opus consacrés au genre qu’il publia à partir de 1681. Chacun de ces opus comprend 12 sonates. Dans deux d’entre eux (opus 1 et 3), les sonates sont dites da chiesa (d’église), dans les deux autres (opus 2 et 4), da camera (de chambre). Deux aspects distinguaient principalement la sonate de chambre de la sonate d’église. Dans la première, les mouvements sont essentiellement constitués de danses et le continuo réalisé au clavecin, alors que dans la seconde, les mouvements sont généralement abstraits, souvent fugués, et le continuo interprété à l’orgue.

Comme un grand nombre de ses contemporains, Jean-Sébastien Bach s’est intéressé à la sonate en trio. Non seulement a-t-il écrit des sonates en trio suivant les règles, mais il est de plus sorti des sentiers battus. Il composa six sonates en trio pour orgue seul et des sonates pour clavecin obligé et instrument mélodique, dans lesquelles la partie de clavecin, entièrement écrite, comprend deux des trois voix du  » trio « . Ainsi, au lieu des quatre instrumentistes du modèle italien, il n’y en a plus que deux. C’est pourquoi, certains considèrent que Bach aurait, avec cette approche particulière du  » trio « , ouvert la voix à la sonate en duo dans laquelle le clavier a une partie tout aussi importante que celle du  » soliste « . De cette nouvelle manière, il nous est parvenu de Jean-Sébastien onze sonates : trois sonates avec viole de gambe (BWV 1027-1029) et deux sonates avec flûte (BWV 1030 et 1032). Il se peut qu’il en ait composé d’autres aujourd’hui perdues.

L’autographe des Six sonates pour clavecin et violon n’a jamais été retrouvé, mais plus d’une copies contemporaines existent, dont la plus proche du compositeur, de la main de son élève et gendre Johann Christoph Altnickol, porte le titre significatif de Sechs Trio für Clavier und die Violine (Six trios pour clavier et violon). Les exégètes datent cette copie entre 1748 et 1758, mais on s’entend pour dire que la composition remonterait probablement à la période de Köthen (1717-1723).

À Köthen, Bach fut au service d’  » un prince généreux « , confiera-t-il plus tard,  » qui n’aimait pas seulement la musique, mais la connaissait « . Comme ce prince était piétiste, la musique religieuse était réduite à sa plus simple expression et, pendant ces années, la principale fonction de Bach fut de composer de la musique de cour en tout genre, au centre de laquelle le violon occupa une place de choix. C’est de cette époque que date une grande partie des chefs-d’œuvre de sa musique instrumentale, où il put laisser libre cours à toutes les ressources de son art et de son imagination.

Les quatre sonates de cet enregistrement suivent toutes le modèle de la sonate d’église corellienne en quatre mouvements contrastés  » lent-vif-lent-vif « . Dans les mouvements lents cependant, le violon fait preuve d’un lyrisme élégiaque beaucoup plus près de Vivaldi que de Corelli, si ce n’est plus près encore des airs de déploration des propres cantates et Passions de Bach. En témoigne le thème du  » Largo  » ouvrant la quatrième sonate (BWV 1017) qui n’est autre que celui du célèbre air  » Erbarme dich  » (Aie pitié de moi) que chante l’alto en dialogue avec un violon solo, après que Pierre ait renié Jésus pour la troisième fois dans la Passion selon saint Matthieu.

Dans les mouvements vifs, Bach surpasse Corelli dans sa prédilection pour le contrepoint en imitation fuguée. À cet égard, la deuxième sonate (BWV 1015) représente peut-être le sommet du cycle car dans tous les mouvements, y compris les lents, on retrouve des passages fugués, voire en canon. Dans l’  » Andante  » d’introduction, marqué  » Dolce  » sur l’une des copies, les deux premières mesures sont en canon ; l’  » Allegro  » suivant est entièrement fugué ; l’  » Andante con poco  » déploie du début à la fin, sur une basse en double croches, un canon strict à l’unisson entre le violon et la main droite du clavecin ; enfin, le  » Presto  » final multiplie les entrées canoniques serrées à la demi-mesure.

Quelque 50 ans après leur composition, le plus célèbre des fils Bach, Carl Philipp Emanuel, voyait encore dans ces  » trios  » pour clavecin et violon  » parmi les meilleures compositions de feu mon cher père « … Et encore aujourd’hui, ce cycle représente pour plusieurs un point tournant dans l’histoire de la musique de chambre, Bach menant la sonate en trio à une sorte d’achèvement tout en l’ouvrant vers l’avenir, vers la sonate pour soliste et clavier.

© Guy Marchand

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À propos

James Ehnes
Luc Beauséjour
FL 2 3161

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