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AN 2 9830

J.S. Bach: Sonates pour violon et clavecin vol. 2

Date de sortie 18 avril 2006
Numéro de l'album AN 2 9830
Periodes Baroque

Informations sur l'album

Le présent album complète l’enregistrement par James Ehnes et Luc Beauséjour de l’ensemble des sonates pour violon et clavecin de Jean-Sébastien Bach (1685-1750) qui sont parvenues jusqu’à nous. Dans un premier volume, le tandem avait proposé son interprétation des
quatre premières d’un cycle de six sonates (BWV 1014-1019)
dans lequel le compositeur, en renouvelant le concept baroque de  » trio « , mena la sonate pour violon et clavier à l’orée du Classicisme.

C’est Arcangelo Corelli (1653-1715) qui, dans les années 1680-90, avait fixé la forme de la sonate dite  » en trio  » : une œuvre en quatre mouvements, lent-vif-lent-vif, dans laquelle un discours à trois voix pour deux dessus et une basse étaient interprétées par, non pas trois, mais au moins quatre instrumentistes. Une pratique, née à la fin du siècle précédent, voulait qu’on ajoute au moins un instrument harmonique, comme le clavecin ou l’orgue, qui, en plus de doubler la basse à la main gauche, pouvait compléter à la main droite l’harmonie, souvent donnée sous la basse par un système de chiffrage. C’est ce qu’on appelait la basse continue ou le continuo.

Or, lorsqu’une génération plus tard le maître du clavier qu’était J.S. Bach explore le genre, il l’adapte, si l’on peut dire, à sa main, voire à son pied de virtuose. Kapellmeister à la cour de Köthen (de 1717 à 1723), il compose toute une gamme de sonates en trio, dont plusieurs pour seulement deux instruments : un dessus (violon, flûte ou viole de gambe) et un clavecin dont la partition entièrement écrite cumule le second dessus et la basse. Cantor à Leipzig (de 1723 à sa mort en 1750), Jean-Sébastien composera aussi vers 1730 un cycle de six sonates en trio pour orgue seul, les deux dessus pouvant être joués par chacune des mains aux claviers et la basse au pédalier, autrement dit avec les pieds. Dans ces sonates, Bach parvint à une densité contrapuntique dépassant tout ce qui avait pu ce faire dans le genre auparavant.

Dans le présent enregistrement, les deux premières sonates (BWV 1018 et 1019) sont donc les deux dernières du cycle de six sonates communément dites  » pour violon et clavecin obligé « .

Comme les quatre premières, la Sonate n° 5 en fa mineur (BWV 1018) respecte la forme en quatre mouvements contrastés (lent-vif-lent-vif), fixée par Corelli à la fin du siècle précédent. Si les deux mouvements vifs suivent l’idée d’un trio où les deux voix aiguës multiplient, sur une basse plus autonome, les échanges en échos, les deux mouvements lents s’en émancipent. Dans le  » Largo  » qui fait office de premier mouvement, la partie de clavecin préfigure, avec une quatrième voix et des cadences entièrement harmonisées, le rôle que le clavier sera amené à jouer dans la sonate classique. Plus surprenant encore, dans l' » Adagio  » du troisième mouvement, le violon, tout en doubles cordes soutenues, devient l’accompagnateur du clavecin dont la ligne plus allante offre un dialogue entre une voix aiguë et une voix grave s’échangeant un même motif.

De la Sonate n° 6 en sol majeur (BWV 1019), il nous est parvenu trois versions relativement divergentes. Toutes débordent la convention corellienne des quatre mouvements contrastés, mais plusieurs des cinq ou six mouvements diffèrent ainsi que leur agencement.
La première version, datant de Köthen et dont il existe deux copies, présente trois mouvements lents encadrés par un même  » Presto  » :
1. Presto en sol majeur
2. Largo en mi mineur
3. Cantabile ma un poco adagio en sol majeur (qui correspond à l’air  » Heil und Segen  » de la Cantate BWV 120)
4. Adagio en si mineur
5. Presto en sol majeur (Reprise du 1er mouvement)

Une seconde version, dont il n’y a qu’une copie, daterait des débuts de Jean-Sébastien à Leipzig (c.1730). Elle propose un autre agencement de mouvements en six mouvements, dont deux nouveaux correspondent à des danses de la sixième Partita pour clavecin (BWV 830):
1. Vivace en sol majeur (Presto de la 1ère version)
2. Largo en mi mineur
3. (sans titre) en mi mineur (solo de clavecin qui correspond à la courante de la Partita n° 6 , BWV 830) au lieu de Partita BWV 830 n° 3
4. Adagio en si mineur
5. Violino solo et basso l’accompagnato (qui correspond à la gavotte de la Partita n° 6, BWV 830) au lieu de Partita BWV 830 n° 6
6. Vivace en sol majeur (Reprise du 1er mouvement)

Enfin, une troisième version, dont il nous est parvenu quatre copies, daterait de l’avant-dernière année du compositeur (1749).  » Il composa ce trio juste avant la fin « , peut-on lire sur l’une des sources. Cette dernière version offre cinq mouvements contrastants sans répétition du premier mouvement, dont les trois derniers diffèrent des deux versions précédentes :
1. Allegro en sol majeur (Presto de la 1ère et Vivace de la 2e version)
2. Largo en mi mineur
3. Allegro en mi mineur (solo de clavecin différent de celui de la 2e version)
4. Adagio en si mineur (différent de celui des deux versions précédentes)
5. Allegro en sol majeur (différent du 1er mouvement)

Cette troisième version est considérée comme la version définitive et c’est celle que propose ici le duo Ehnes-Beauséjour. Pour recréer la première et la deuxième version, il suffit de programmer les plages 5, 6, 10, 12 et 5 (pour la 1re version) et les plages 5, 6, 11, 12, 13 et 5 (pour la 2e version).

Comme le soulignait le grand musicologue Manfred F. Bukofzer dans son livre La musique baroque au chapitre intitulé  » Bach ou la fusion des styles nationaux  » :  » La première version de la sixième sonate porte à sa perfection le principe du da capo. Le premier mouvement, lui-même de forme da capo, doit être intégralement répété à la fin, formant ainsi un gigantesque da capo qui englobe trois mouvements lents débordants de lyrisme. Mais le miracle de ces six sonates tient d’abord dans cette fusion incomparable entre écriture fuguée et style concertant. L’éclat de leur écriture contrapuntique et leur grande richesse expressive n’ont pas d’égal dans toute la littérature de la sonate solo ou en trio.  »

En marge de ce cycle  » en trio « , il ne nous reste que deux autres sonates de Bach pour violon et clavier dont l’authenticité peut être considérée comme certaine. Ce sont deux sonates où le clavier revient à son rôle plus conventionnel d’accompagnateur, alors que le violon plane plus librement au-dessus de lui. Ce sont des œuvres qui furent retrouvées au hasard des recherches et dont on n’a de chacune qu’une seule copie, mais toutes deux vraisemblablement de la main d’Anna Magdalena, la seconde femme de Bach. Ces copies dateraient des années 1730, mais la composition pourrait remonter à beaucoup plus tôt, peut-être, comme le cycle  » en trio  » des six sonates, à la période de Köthen (1717-1723).

Dans la Sonate en sol majeur (BWV 1021), découverte en 1928, le chiffrage de la basse continue a été soigneusement détaillé par Jean-Sébastien lui-même, probablement à des fins didactiques, ses quatre mouvements contrastés respectant par ailleurs le modèle corellien de la sonata da chiesa. La Sonate en mi mineur (BWV 1023), sortie de l’oubli en 1867, est plus inusitée. Le premier mouvement se présente comme une  » toccata  » où le violon déploie un perpetuum mobile inquiet aux accents vivaldiens débouchant sur un ample  » adagio  » qui se languit en soupirs élégiaques. Suivent deux mouvements de danses, une allemande et une gigue, qui font de cette sonate une œuvre hybride, juxtaposant aux deux premiers mouvements da chiesa (d’église), deux derniers da camera (de chambre), illustrant une fois de plus cette fusion des styles et des genres qui caractérisent le génie du grand Bach.

© Guy Marchand

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À propos

James Ehnes
Luc Beauséjour
FL 2 3079

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