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Llibre Vermell, Chants & danses de pèlerinage en Catalogne au XIVe siècle

Informations sur l'album

La musique en Catalogne au XIVe siècle

La Catalogne, région du nord-est de l’Espagne qui s’étend de la Méditerranée jusqu’aux Pyrénées, fut marquée par la longue présence des Maures sur son territoire et avantagée par une position géographique privilégiée au confluent des grands courants artistiques et scientifiques de toute l’Europe du Moyen Âge. Une floraison culturelle qui fit naître, dès le XIVe siècle, une véritable Renaissance.

La cour de Barcelone était réputée pour le raffinement et la générosité de ses mécènes. De Jacques II (1291-1327) à Martin Ier (1396-1410), les figures les plus marquantes du monde de la musique venues de France, d’Ita-lie, de Flandres et d’Allemagne apportèrent avec elles les innovations de l’ars nova de Philippe de Vitry. Ainsi, elles contribuèrent à faire de la cour d’Aragon un centre artistique de première importance où tous les styles musicaux contemporains se retrouvaient à un haut niveau d’excellence. Ce dont témoigne éloquemment l’existence d’un manuscrit comme le Llibre Vermell de Montserrat.

Le Llibre Vermell

Le Llibre Vermell, aujourd’hui conservé à la bibliothèque de l’abbaye de Montserrat, est sûrement l’un des plus précieux et l’un des plus célèbres manuscrits de la fin du XIVe siècle. C’est grâce aux moines qui le prêtèrent au marquis de Lio, de l’Académie des Belles-Lettres de Barcelone, que le manuscrit évita providentiellement l’incendie qui détruisit les archives de Montserrat lors de l’invasion napoléonienne de 1811. Le manuscrit fut rendu en 1885, dorénavant relié du velours rouge d’où il tire son nom de Llibre Vermell (livre vermeil).

C’est dans le but de distraire et d’instruire les pèlerins venus rendre un culte à la Vierge noire du sanctuaire — sous les traits d’une statue romane en bois du XIIe siècle — que les moines de l’abbaye de Montserrat composèrent, outre des textes de natures diverses, dix chansons à dévotion mariale à l’exception de la dernière, Ad mortem festinamus, qui est une danse macabre.

Le recueil s’ouvre avec O Virgo splendens qui, tout comme Laudemus Virginem et Splendens ceptigera, est construite sous la forme d’une « caça », et fait preuve d’une maîtrise admirable de l’ingéniosité d’écriture du canon médiéval. La mention « caça de duobus vel tribus », inscrite en marge, indique que les canons peuvent être chantés à deux ou à trois voix. Par ailleurs, Los set goyts et Imperaytritz de la ciutat joyosa sont, à l’exception du latin des autres textes du manuscrit, rédigées dans la langue catalane populaire. La mention « a ball redon » (danse en rond), apparaissant au début de Los set goyts, Cuncti simus concanentes et Polorum regina, fait référence à la tradition de la danse sacrée — alors très vivante à cette époque malgré l’opposition des conciles qui en condamnaient les abus — à l’abbaye de Mont-serrat. Ces chansons à danser, alignant subtilement la succession du refrain et du couplet, se présentent sous la forme de la ballade italienne pour Los set goyts, et sous la forme du virelai français pour cinq d’entre elles, soit: Stella splendens; Cuncti simus concanentes; Polorum regina; Mariam Matrem Virginem et Ad mor-tem festinamus. Enfin, Mariam Matrem Virginem est, avec Imperaytritz de la ciutat joyosa et Stella splendens, un des sommets d’écriture polyphonique du recueil et, sans aucun doute, une des plus belles mélodies que le Moyen Âge catalan nous ait laissées.

L’interprétation

Depuis toujours, les lieux de pèlerinage sont le théâtre d’une expérience humaine du sacré, d’une « rencontre » avec l' »au-delà ». La marche du pèlerin, véritable corps à corps avec l’espace, est un symbole de transformation et de mutation. Un rituel qui appelle le dialogue intérieur, sublimant l’acte pèlerin en un changement fondamental, la « renaissance » du voyageur. Pour notre interprétation du Llibre Vermell, nous proposons d’ajouter subjectivement à cette précieuse collection une structure poétique inspirée de sa réalité historique et traditionnelle de chants de pèlerins. Aux dix chansons présentées dans l’ordre d’origine du recueil, s’intercale entre chacune d’elles une contrefaçon instrumentale progressant dans l’ordre inverse. En jouant ainsi avec les procé-dés médiévaux de composition que sont la contrefaçon (contrafactum), l’occurrence et la récurrence, nous voulons évoquer, par la forme d’arche qui en résulte, le cheminement symbo-lique du pèlerin.

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