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Rue des Jugleors: Musique instrumentale & vocale du XIIe au XIVe siècle

Informations sur l'album

Sise au cœur du Paris médiéval, la Rue des Jugleors est à l’enseigne de ces artisans venus de tous les coins d’Europe pour s’enrichir des nouvelles connaissances de l’art musical et contribuer ainsi à l’effervescence artistique de la métropole.

Le Paris du Moyen Âge est divisé en trois parties: la Ville, l’île de la Cité et l’Université. La Ville, sur la rive droite, est le lieu de commerce et de résidence des bourgeois et des gens du peuple. Au milieu de la Seine, l’île de la Cité est le lieu où se trouve le roi ainsi que les principaux centres religieux et administratifs. S’y trouvent également des chanteurs et des compositeurs émérites au service de Notre-Dame et de la Sainte-Chapelle qui approfondissent les découvertes récentes de l’art polyphonique. Enfin, sur la rive gauche se déploie l’Université où clercs et étudiants, théoriciens et érudits affluèrent de tous les pays d’Europe vers ce qu’on nomme encore aujourd’hui le Quartier Latin.

Aux XIIIe et XIVe siècles, ces divisions créèrent une grande diversité dans l’activité musicale de la ville. À Paris comme ailleurs, les citoyens chantaient et dansaient aux mariages, aux banquets et lors de diverses célébrations de fêtes. Pour ces occasions, le jongleur est un interprète qui a pour rôle d’amuser, comme le souligne l’étymologie de son nom joculator. À la cour cependant, le goût d’une vie plus agréable, plus raffinée, l’autorise à prendre une place plus importante au château: d’amuseur qu’il était, il devient ménestrel, confident et conseiller, puis historiographe. Outre les ménestrels attachés au service du roi, d’autres musiciens s’étaient probablement établis sur la « Rue des jongleurs » où ailleurs dans les environs, vivant de leur art selon les goûts des nobles et des bourgeois qui cultivaient l’art courtois des trouvères et des troubadours ainsi que l’art raffiné du motet polyphonique. Les universités, alors nouvelles, répandent le savoir et favorisent l’émergence de poètes et musiciens marginaux, les goliards. Ces clercs pauvres et lettrés, vaguant d’une université à l’autre, de protecteur en protecteur et qui recherchaient, comme le dit un contemporain, « les arts libéraux à Paris, le droit à Orléans, la médecine à Salerne, la magie à Tolède et les bonnes manières et la morale nulle part! » Les goliards empruntent leurs mélodies à la liturgie et s’adonnent à la chanson d’amour, bachique et anticléricale. Leur œuvre, en grande partie d’origine française, est principalement consignée dans le manuscrit bavarois des Carmina burana.

Aujourd’hui, devenue pour nous un lieu imaginaire, la Rue des Jugleors symbolise par son tracé la vie musicale d’une ville et de son époque. D’outre-mer en cette île d’Orléans au Québec (où fût réalisé cet enregistrement) elle nous a inspiré, au gré des quartiers de Paris, cet itinéraire musical que nous vous proposons de parcourir.

La musique des jongleurs et ménestrels

La littérature médiévale abonde en citations qui se réfèrent à la musique des jongleurs et les enlumineurs médiévaux nous ont laissé de nombreuses images les illustrant. Cependant, nous connaissons peu de choses sur les musiques instrumentales qu’ils nous ont laissées et une importante question se pose: ces musiques étaient-elles destinées à la chorégraphie ou plutôt à la virtuosité instrumentale ? Les traités de Jean de Grouchy (De Musica, env. 1300) et de Jérôme de Moravie (Tractatus de Musica, env. 1300), nous apprennent que la plupart, alors répertoriées — estampies ou istanpitta, retrove, ou danse royale — correspondent essentiellement à la même structure musicale. L’estampie s’avère la forme la plus répandue. Elle était probablement une danse de couple, contrastant avec la danse en rond ou en ligne, comme la carole ou la farandole.

Ce répertoire, d’après plusieurs sources descriptives, était destiné à un petit groupe d’interprètes (de 3 à 5 en général), bien que certaines descriptions de fêtes colorées mentionnent la participation de plus d’une dou-zaine d’interprètes. Enfin, c’est moins d’une cinquantaine de ces musiques, antérieures au XVe siècle, qui sont parvenues jusqu’à nous. Cela semble clairement indiquer que la tradition orale était alors très présente dans l’art du « trouveur » et que l’improvisation et le métissage des cultures, qu’elles soient européennes où du Moyen-Orient, étaient alors choses courantes pour les jongleurs et ménestrels.

© Claude Bernatchez, Pierre Langevin

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AN 2 8799 Octuor Schubert Solistes OSM
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