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FLX 2 3106

Tempus Festorum: Musique médiévale au temps de la Nativité

Compositeurs
Date de sortie 21 novembre 1997
Numéro de l'album FLX 2 3106
Periodes Médiévale
Genres Musique de chambre

Informations sur l'album

La fête

Depuis des temps immémoriaux, la fête est le propre de l’homme. Indissociable des différentes étapes de son existence, elle rehausse la solennité d’événements à caractère sacré ou politique et souligne les grands changements de saisons dont sont tributaires les travaux des champs et, par conséquent, la survie même de l’humanité. Si l’Antiquité est marquée par les jeux et les sacrifices, le Moyen Âge religieux assimile au fil des siècles certaines traditions païennes, comme les saturnales romaines, tandis que la noblesse rivalise en couronnements fastueux, en tournois chevaleresques et en banquets auxquels s’associent la musique et la danse.

Dans le calendrier médiéval, généreusement ponctué de célébrations religieuses d’envergure, le temps de Noël, qui vient réchauffer les cœurs engourdis par la saison hivernale, est un moment particulièrement propice à la fête. Pendant que la chute des feuilles, le froid et la neige mettent un frein aux activités quotidiennes, paysans et citadins, à l’approche du solstice, s’affairent à préparer la naissance de Jésus. Dans cette société féodale soumise à la loi du plus fort et à la sévérité de la morale religieuse, où font rage guerres et croisades, épidémies de peste et autres fléaux, le Tempus festorum entourant Noël est attendu avec impatience. N’apporte-t-il pas un message de rédemption et de retour à la vie?

Le temps des fêtes

Du 6 décembre à l’Épiphanie ont lieu, selon le musicologue Pierre Aubry, les « assises annuelles de la joie1 ». La première fête du temps de l’avent rend hommage à saint Nicolas, évêque de Myre (mort en 325), patron des marins mais surtout celui des enfants. Ses reliques ayant été ramenées, en 1087, d’Asie mineure à Bari en Italie du sud, le Santa Claus du Moyen Âge devient rapidement vénéré dans toute l’Europe. En son honneur sont composés de nombreux jeux liturgiques et des motets polyphoniques tel le joyeux Psallat chorus à trois voix attribué à Francon de Cologne et figurant dans plusieurs manuscrits du XIIIe siècle. L’Immaculée Conception, fêtée le 8 décembre, rappelle, par une musique contemplative (Angelus ad Virginem) ou richement ornée (Dum sigillum summi patris), la dévotion dont la Vierge est l’objet, principalement entre les XIIe et XVe siècles.

La fête de Noël tient de la ferveur et de l’émerveillement, mais aussi de l’allégresse populaire: les vièles, les chifonies, les cornemuses, les flûtes chères aux paysans sont à l’honneur, comme en témoignent les miniatures amoureusement enluminées par les moines et les artistes du Moyen Âge. Les bergers guidés par l’Ange vers la crèche invitent, dès le XIe siècle, au dialogue chanté et à la mise en scène. Ces jeux liturgiques avaient pour but de « fortifier la foi de la multitude ignorante et des novices », écrivait vers 965 le bénédictin anglais saint Ethelwold.

Cependant, le jour même de Noël, la prière tourne à l’euphorie: la fête dite des fous va commencer et, selon les endroits, elle durera plus d’une semaine, affectant aussi bien la Saint-Étienne (26 décembre), les Saints-Innocents (28 décembre) que le jour de l’An, pourtant jumelé à la Circoncision… Comme à l’époque des saturnales, les nobles et les pauvres échangent leurs rôles, tandis que dans l’église se déroule une parodie de messe et que l’on danse jusqu’à épuisement. Le 28 décembre les enfants prennent leur revanche sur le massacre ordonné par Hérode en célébrant eux-mêmes la messe. C’est alors la journée de l’Enfant-évêque.

Entre Noël et le jour de l’An, à Beauvais et à Sens, tel que consigné au début du XIIIe siècle dans l’office de Pierre de Corbeil, évêque de Sens, c’est l’âne associé à la fuite en Égypte qui fait son entrée dans la cathédrale pour la plus grande joie des fidèles. Les musiciens en profitent pour parodier, le temps d’une messe, le très vénérable Kyrie Cunctipotens, fleuron du répertoire du Moyen Âge, ou pour ponctuer d’un vigoureux « Hez, Sire asne, Hez! » un délicat chant marial (Concordi lætitia) dont on a changé les paroles (Orientis partibus).

L’évêque de Paris, Odon de Sully, a beau interdire en 1198 ces coutumes pour le moins étranges, il faudra attendre les conciles de Bâle (1431) et de Tolède (1473) pour que disparaissent ces débordements de joie frôlant l’obscénité: « L’Église (…) doit être purgée de choses honteuses ». Il sera donc défendu d’y introduire « des larves, des monstres et d’y faire des jeux de théâtre, (…) de pousser des cris, de chanter des vers, et de tenir des discours dérisoires qui empêchent l’office et détournent l’esprit du peuple des choses pieuses ».

À partir de manuscrits d’époque et d’éléments improvisés selon la tradition, c’est l’atmosphère à la fois débridée et empreinte de piété des fêtes médiévales de Noël qu’ont voulu faire revivre, par cet enregistrement, les musiciens de l’Ensemble Anonymus. Note: Irène Brisson est professeure d’histoire de la musique et d’histoire de l’art au Conservatoire de musique de Québec.

© Irène Brisson

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