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AN 2 9132 Chaconne Voix d’Eternité

Chaconne - Voix d'éternité

Ils en ont parlé

Informations sur l'album

Aux 17e et 18e siècles, il était très souvent impossible de distinguer la chaconne de la passacaille, tant les deux danses se ressemblaient musicalement. Dans les deux cas, la répétition de la même formule harmonique permettait de représenter une notion du temps se situant au-delà du vécu : à savoir, l’éternité ! Cet enregistrement rassemble quelques-uns des plus beaux exemples parmi les centaines de chaconnes et de passacailles qui ont vu le jour durant l’époque baroque. Comme l’illusion d’éternité est également rattachée au principe des variations mélodiques, soit sur un thème, soit sur une formule harmonique répétée, deux célèbres exemples de folias sont inclus sur cet album, l’un composé par A. Falconiero et l’autre par A. Vivaldi.

La Chaconne BWV 1004 est sûrement l’oeuvre la plus connue en son genre. Selon ce que l’on croit, Johann Sebastian Bach l’aurait écrite en 1720, après la mort de sa première épouse Maria Barbara, créant ainsi un requiem instrumental en son honneur, qui transcende le temps. Presque trois siècles après sa composition, l’esprit d’invention et la richesse des couleurs des variations de ce monument musical exercent toujours la même fascination. À l’origine pour violon seul, cette oeuvre est interprétée ici dans notre transcription pour deux flûtes à bec et basse, suivant la tradition qui régnait dans la maison des Bach à Leipzig, où l’on interprétait les pièces pour violon seul de Johann Sebastian en les jouant sur d’autres instruments.

On pourrait dire que les Passacalli della vita et la Ciaccona Di Paradiso e Dell’Inferno résument à elles seules la question de l’éternité. Dans les deux cas, les textes de ces pièces d’origine vocale font allusion à des dimensions supérieures. Dans nos versions instrumentales, la représentation du paradis et de l’enfer est rehaussée par l’insertion de variations de notre propre invention. Quant à Monteverdi, nous avons suivi le même principe : pour mettre en valeur les paroles à double tranchant de Chi vol che m’innamori (On est né aujourd’hui, mais on meurt demain), le compositeur introduit dans cette canzonetta deux sections en forme de chaconne. Ce sont en effet des évocations de la vanité de la vie face à la mort. En suivant la pratique baroque, nous avons agrémenté ces chaconnes de nos propres variations.

Comme les chaconnes et les passacailles puisent toutes les deux leur origine dans la musique folklorique, nous avons choisi quelques exemples qui nous ont séduits par leur beauté mélancolique. Comme le feront les Passacalli della vita un demi siècle plus tard, les chansons tchèques de la fin du 16e siècle expriment les vicissitudes de l’amour et de la vie, tout en injectant une prise d’humour ici et là. Quand nous jouons cette musique, nous avons l’impression de construire un pont vers ces musiciens du passé lointain, dont on dirait qu’ils nous parlent de notre propre vie au 21e siècle.

Si les folias suivent toujours la même formule harmonique, leur contenu musical fait allusion à un état d’âme hors de l’ordinaire. Antonio Vivaldi utilise son esprit d’invention tout à fait exceptionnel pour décrire la folie dans tous ses états, parfois par des rythmes déchaînés, parfois par des dissonances déchirantes.

Cette tension se ressent aussi dans la pièce de son compatriote italien du 17e siècle, Andrea Falconiero – et ce à plus d’un niveau. Composée durant un séjour de sept ans en Espagne, les Folias de Falconiero sont dédiées à une certaine Señora Dona Tarolilla de Carallenos, alors que l’épouse du compositeur se languissait toujours dans son Italie natale…

L’Ensemble Caprice a pris l’habitude d’entrer en dialogue avec les compositeurs du passé. Nous avons donc ajouté de courtes pièces vocales que j’ai composées sur des textes d’un poète mystique du 17e siècle, Angelus Silesius. Ces courts poèmes en alexandrins expriment à la perfection la dichotomie que vit l’être humain – entre la vie et la mort, entre ce monde et un autre à dimensions invisibles.

© Matthias Maute

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À propos

Ensemble Caprice
AN 2 9927-8
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