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Gloria RV 589 pour solistes, chœur et orchestre

Très populaire auprès des mélomanes depuis déjà un bon moment, le célèbre Gloria RV 589 pour solistes, chœur et orchestre de Antonio Vivaldi(1678-1741) peut encore nous surprendre, surtout quand on le chante avec un ensemble de voix féminines.

Au premier abord, l’idée peut sembler saugrenue; la partition suggère en effet un chœur mixte, avec des parties de ténor et de basse, celle-ci notée de façon conventionnelle, en clé de fa. Pourtant, si on examine les conditions dans lesquelles Vivaldi a créé l’œuvre, force est de constater que le recours à un ensemble de voix de femmes est tout à fait plausible.

Au service pendant près de quarante ans de l’Ospedale della Pietà à Venise, un orphelinat où les garçons n’étaient pas admis, Vivaldi a enseigné à d’innombrables jeunes filles tant le violon que l’art du chant. Sur le millier de figlie di commun dont l’institution avait la charge, et parmi les figlie di coro qui faisaient de la musique, seules une cinquantaine recevaient une formation très poussée et pouvaient se qualifier de privileggiate di coro. Elles attiraient les foules et faisaient l’envie de toute l’Italie. Les partitions du Prêtre roux montrent encore aujourd’hui tout ce qu’il devait à la virtuosité de ses jeunes protégées.

Comme son titre Vivaldi et ses anges l’indique, notre enregistrement du Gloria veut rendre hommage à ces jeunes orphelines de l’Ospedale, pour lesquelles Vivaldi a tant composé. On peut imaginer la scène à l’église de La Pietà, où leur jeu à tous les instruments et leurs voix attiraient un auditoire nombreux. Ces chœurs de femmes devaient donner une idée de la musique des anges au Paradis; sans compter la surprise d’entendre ces toutes jeunes personnes maîtriser parfaitement les difficultés techniques des concertos de leur maître. Cela faisait assurément sensation, d’autant plus qu’elles étaient soustraites aux regards par des grilles qui les séparaient du public. Toutes devaient en effet demeurer anonymes, même les plus remarquables d’entre elles.

Résultat : l’institution devint une sorte d’agence matrimoniale! Les  » anges « , en effet, étaient très en demande, si bien que dans le public mélomane des concerts dominicaux, les hommes en quête d’une épouse occupaient une large place… Écouter ces merveilleuses musiques sans pouvoir discerner les traits de celles qui les produisaient donnait assurément l’impression d’être aussi près du Paradis qu’on puisse l’être sur terre. À l’occasion, le règlement de l’Ospedale pouvait être suspendu et il arrivait qu’une pensionnaire sorte de sa cage dorée, mais toujours chaperonnée, si un prétendant avait sollicité une rencontre.

Pour revenir aux aspects strictement musicaux de la vie à La Pietà, les standards de qualité atteints par les jeunes pensionnaires égalaient ceux des orchestres des cours à ce chapitre les plus prestigieuses. Vivaldi savait exactement comment mettre chacune de ses élèves en valeur; inscrivant leurs noms sur ses partitions, il ne leur confiait que les parties vocales ou instrumentales qui correspondaient le mieux à leurs forces respectives. Ce qui peut expliquer la virtuosité presque instrumentale de certains de ses passages vocaux; des airs comme le  » Laudamus te  » du Gloria et le  » Esurientes  » du Magnificat RV 610 doivent en effet beaucoup à la technique du violon. Tandis que dans le motet très dramatique In furore RV 626, la voix de soprano rivalise avec l’orchestre pour, dans la première aria, montrer la fureur déchaînée et, dans la seconde, la plus profonde tristesse. La même souplesse est requise dans le motet Ostro picta RV 642, qui, comme il est indiqué sur la partition, sert d’introduction au Gloria.

Toutefois, la surprise de notre enregistrement concerne avant tout les chœurs. Lorsqu’elles sont toutes féminines, les tessitures rapprochées des voix augmentent considérablement, par le rétrécissement des intervalles, l’effet des dissonances. Le résultat est saisissant, comme on peut le constater dans le  » Et in terra pax  » du Gloria et le  » Et misericordia eius  » du Magnificat. Il n’est pas étonnant que, selon les témoignages du temps, des auditeurs aient parfois versé des larmes ou manifesté bruyamment leur appréciation.

Concerto pour deux flûtes à bec, RV 535

Nous avons ajouté avec un malin plaisir une dernière œuvre pour  » soprano « , plus précisément un concerto pour deux flûtes à bec sopranos! Il s’agit en fait du Concerto pour deux hautbois RV 535, mais nous estimons que Vivaldi, considérant les multiples talents de ses jeunes protégées, n’aurait eu aucune objection à cette nouvelle version d’un de ses plus beaux concertos.

© Matthias Maute, 2008.
Traduction: François Filiatrault.

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AN 2 8746 Ovation
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