fbpx
AN 2 9919

Telemann et les gitans baroques

Date de sortie 06 octobre 2009
Numéro de l'album AN 2 9919

Informations sur l'album

Les membres de l’Ensemble Caprice revêtent encore une fois leurs habits gitans. Après leur décapante incursion avec Vivaldi dans l’univers des bohémiens, les voici qui s’y relancent avec Telemann! Des interprétations survoltées des œuvres de Telemann alternent avec des arrangements brillants de Matthias Maute de pièces gitanes. Toutes les couleurs et la richesse d’un patrimoine culturel unique à votre portée.

De la plume de Telemann lui-même, voici ce qu’il a écrit au sujet des gitans et de leur musique:

« Les improvisations des joueurs de cornemuses et de violons étaient pleines d’une imagination extraordinaire. En seulement une semaine, un compositeur pouvait trouver inspiration pour une vie musicale durant. Depuis ce temps, j’ai conçu de nombreux concertos et trios dans ce style. »

Georg Philipp Telemann (1681-1767) n’était âgé que de 24 ans quand il obtint son premier poste de musicien à la cour. Le jeune musicien s’était plus ou moins initié lui-même à la pratique de tous les instruments de l’orchestre et, en plus des indispensables instruments à cordes, il jouait du clavecin, de la flûte à bec, de la flûte traversière, du chalumeau (l’ancêtre de la clarinette), de certains instruments à vent tels le trombone et même du luth à cinq cordes (calcedon)! Il a ainsi sûrement surpassé les musiciens baroques les plus polyvalents.

Sa réputation de compositeur innovateur et d’homme-orchestre s’est répandue à une vitesse telle qu’en 1705, il était nommé maître de chapelle du comte Erdmann II à sa résidence de Sorau (aujourd’hui en Pologne). Malgré un début de carrière favorable, un musicien de cour aussi privilégié que Telemann restait à la merci des revirements politiques de l’époque. La Seconde Guerre du Nord déclarée par Auguste II, dit Le Fort, prince électeur de Saxe, provoqua la fuite de la cour entière en février 1706 et ce n’est que quatre mois plus tard que Telemann regagna la résidence du souverain. L’infatigable compositeur avait entretemps voyagé jusqu’à Cracovie et Plesse et s’était familiarisé avec la « beauté barbare » –qualificatif attribué par Telemann– des musiques polonaise et morave.

Comme il le mentionne dans son autobiographie, ces rencontres avec la musique des gitans d’Europe de l’Est ont marqué son œuvre. Le jeune Telemann a probablement absorbé avec enthousiasme le magnifique esprit d’invention de cette musique, comme le prouvent certaines des œuvres présentées sur cet enregistrement, à savoir les derniers mouvements de la Symphonie capricieuse et du Concerto en mi mineur pour flûte à bec et flûte traversière. Parallèlement au charme naturel de la construction mélodique, du moins ainsi perçue à cette époque, un engouement pour tout ce qui était polonais a concouru à mettre la musique de cour d’inspiration folklorique d’Europe de l’Est et gitane au goût du jour. L’accession d’Auguste II au trône du royaume de Pologne en 1697 a certainement ouvert la voix à cet intérêt pour la culture est-européenne à laquelle Telemann n’a pas hésité à adhérer!

Son sens infaillible de la couleur sonore est inestimable. L’orchestration inhabituelle de la Symphonie capricieuse en est une preuve irréfutable; la constellation d’instruments solistes employés est unique dans l’histoire de la musique occidentale et sa composition a certainement donné à un Telemann inventif beaucoup de plaisir. La petite flûte, appuyée par la flûte à l’octave inférieure, est soutenue par le hautbois, le chalumeau ainsi que par deux contrebasses solistes (!), tous accompagnés par un orchestre à cordes.

Les mélodies et les danses gitanes présentées ici font partie de la spectaculaire Collection Uhrovska (1730) qui regroupe environ 350 (!) mélodies rassemblées vraisemblablement dans le but de donner un tour d’horizon complet de cette musique populaire. Ce trésor musical d’Europe de l’Est met en évidence des influences hongroises, slovaques, polonaises et dont la provenance ne peut être précisée d’un point de vue géographique. Fidèle à la tradition musicale gitane, seules les mélodies sont répertoriées puisque l’accompagnement devait, à l’époque, être improvisé. En accord avec cette coutume, nous avons fait nos propres arrangements en laissant place à l’improvisation tout en exploitant les richesses rythmiques et harmoniques de ces mélodies inhabituelles.

La virtuosité, la liberté d’expression donnent une force à l’éloquente mélancolie de cette musique qui nous accompagne depuis quelques années déjà, et, malgré cela nous découvrons toujours de nouvelles nuances à cet art gitan si raffiné.

Avec cet enregistrement, nous vous offrons cette reconstitution de la rencontre de Telemann avec les gitans d’Europe de l’Est. Le dialogue entre les mouvements de la Sonate en trio en ré mineur  » à la gitane « , des Quatuors parisiens et les mélodies de la Collection Uhrovska mettent clairement en évidence les caractéristiques communes ainsi que les différences de ces musiques.

En composant dans le style « polonais », Georg Philipp Telemann a suivi la méthode qu’il avait établie lui-même, comme l’illustre si bien le dernier mouvement du célèbre Concerto en mi mineur pour flûte à bec et flûte traversière. Quelques-unes des mélodies polonaises exécutées par l’ensemble sont interrompues par des solos typiquement baroques. Le contraste entre les cultures et le passage rapide d’une à l’autre résultent en un jeu haut en couleur qui retient l’attention tout comme il l’a fait au 18e siècle. La « beauté barbare » des musiques polonaise et morave semble jouir d’une jeunesse éternelle.

© Matthias Maute
Traduction : Anne-Marie Dubois
Révision : Sophie Larivière

Lire la suite

À propos

Ensemble Caprice
AN 2 9996-7 Bach Concertos Brandebourgeois
AN 2 9996-7 Bach Concertos Brandebourgeois
AN 2 9996-7 Bach Concertos Brandebourgeois

Start typing and press Enter to search