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AN 2 9995

Vivaldi: Le Retour des anges

Informations sur l'album

En un prolongement naturel du premier enregistrement dédié à la musique sacrée de Vivaldi de l’Ensemble Caprice, ( Gloria! Vivaldi and his Angels), nous retrouvons ici la Venise de Vivaldi et l’enceinte de l’orphelinat Ospedale della Pietà où, dès 1703, le Prêtre roux non seulement a enseigné aux orphelines le violon et le chant (!), mais composé plusieurs de ses concertos les plus éblouissants ainsi qu’une part substantielle de son très inspiré corpus de musique sacrée.

Encore aujourd’hui, il peut sembler presque incroyable que ces partitions très exigeantes aient pu être interprétées avec succès par les jeunes femmes. Néanmoins, ces concerts devaient être de très haut niveau, si l’on considère l’aura de célébrité associé à ceux-ci dans toute l’Europe.

Bien sûr, l’image pittoresque de jeunes femmes jouant et chantant dans l’église a sans aucun doute enflammé l’imagination de nombre d’auditeurs qui venaient de partout pour écouter les orphelines réaliser des miracles musicaux à Venise.

En 1720, un voyageur anglais, Edward Wright, narre les événements en ces termes :

Chaque dimanche ou jour férié, on peut entendre dans les chapelles de ces hôpitaux des concerts, tant vocaux qu’instrumentaux, donnés par les jeunes femmes de l’endroit, placées dans une galerie et qui, même si cela n’est pas dit, les protègent du regard de ceux massés plus bas grâce à un treillis de fer forgé. Les parties d’orgue et des autres instruments sont interprétées par les jeunes femmes. Un eunuque est leur maître et compose leur musique. Leur interprétation est étonnamment juste et on retrouve plusieurs excellentes voix dans le lot. Tout ceci est d’autant plus amusant que leurs visages sont dissimulés.

Il était à la fois absurde et comique que Wright considère le compositeur un eunuque, mais l’extrait démontre que l’imagination des auditeurs masculins pouvait s’emballer quand ils entendaient ces sons angéliques produits par un orchestre et un chœur de femmes invisible.

Après avoir rencontré Vivaldi à Venise en 1739, l’avocat français Charles de Brosse rapporte que

… environ quarante jeunes filles prenaient part à chaque concert. Je vous prête serment que rien n’est plus divertissant que la vision d’une jeune et jolie religieuse en habit blanc, bouquet de grenades au-dessus de l’oreille, qui dirige l’orchestre et tient la battue avec toute la grâce et la précision imaginables.

Une preuve supplémentaire de l’incroyable niveau (et attraction) de ces concerts nous est offerte par nul autre que le raffiné philosophe français (et à l’occasion compositeur) Jean-Jacques Rousseau qui, en 1743, n’avait que des louanges pour les exploits des jeunes filles :

Chaque dimanche, de la musique vocale pour large chœur et orchestre, composée et dirigée par les grands maîtres d’Italie, est jouée dans des galeries bloquées, uniquement par les filles, les plus vieilles d’entre elles n’ayant même pas vingt ans. Je n’ai l’idée de rien d’aussi voluptueux, d’aussi touchant que cette musique.

Si nous acceptons par exemple queJ.S. Bach
n’a entendu sa musique sacrée chantée en public dans l’église que par des garçons et des hommes, mais jamais des femmes, nous pouvons seulement supposer combien la titillation de ces troublantes rumeurs d’un chœur et orchestre féminin vénitien a pu stimuler l’imaginaire des mélomanes habitant au nord des Alpes.

Cet enregistrement nous fera passer d’un portrait de la guerre de Vivaldi à la représentation musicale des joies de la paix.

Juditha triumphans

Datant de 1716, Juditha triumphans est l’oratorio le plus connu de Vivaldi. (Quatre de ceux-ci uniquement ont survécu). Sous-titré Sacrum militare oratorium, ce dernier narre l’épouvantable page de l’Ancien Testament consacrée à Judith, magnifique veuve choisie par Dieu pour mettre un terme à la vie du général assyrien Holofernes – qui avait l’intention de détruire sa ville – en le décapitant.

À l’époque à laquelle l’oratorio a été composé, la République de Venise engageait pour une sixième fois le combat contre l’Empire ottoman et en dépit de son ultime victoire en 1718 deux ans plus tard, la situation était des plus sombres, Venise ayant déjà essuyé deux cuisantes défaites aux mains de la puissante armée ottomane. Dans un amalgame typiquement baroque liant affaires religieuses et publiques en un même champ de bataille, Juditha triumphans souhaitait sans l’ombre d’un doute soutenir les efforts de guerre de la république vénitienne.

Nous savons que cet oratorio a été joué à l’Ospedalle della Pietà, avec une distribution exclusivement (jeune et) féminine, tant aux voix qu’aux instruments. Que ces jeunes femmes en habits religieux aient été engagées dans une guerre musicale ne pouvait qu’ajouter au large éventail de sensations exotiques ressenties par l’auditeur.

Gloria, RV 588

Toutefois, n’oublions pas que le talent de Vivaldipouvait être rayonnant quand il dépeignait la paix. L’intense appel Et in terra pax (tiré du Gloria RV 588) et ses tensions harmoniques se veulent une digne conclusion à cet enregistrement, alors que la guerre est graduellement remplacée par un espoir de paix.

Psaumes, Concertos, Motet

Sur le chemin vers la paix, nous rencontrerons de brillantes lectures de psaumes aux rythmes puissants tant au chœur qu’à l’orchestre (In exitu Israel RV 604 et Laudate Dominum RV 606), deux concertos virtuoses pour multiples solistes (RV 566 et RV 563) et un magnifique motet pour soliste O qui coeli terraeque serenitas RV 631, qui louange la sérénité tant au ciel que sur terre.

Vivaldi a entretenu des liens rapprochés avec Dresde, la Florence de l’Elbe, tant comme interprète que compositeur; en effet, ses pièces étaient fréquemment données à la cour. L’un de ses illustres collègues à Dresde, Jan Dismas Zelenka, s’est manifestement inspiré de la musique sacrée de Vivaldi quand il a composé sa déchirante complainte Misera Madre, dans laquelle les souffrances de Marie au pied de la croix sont arrangées pour chœur de voix aiguës. Les dissonances saisissantes de cette pièce nous rappellent que la transition de la guerre à la paix n’est pas toujours aisée…

Tout comme notre appel à la paix se transmet ici à travers la musique d’hier, nous souhaitons ardemment que la paix règne aujourd’hui et demain : Et in terra pax!

© Matthias Maute, Montréal, 2011
Traduction de Lucie Renaud

Ensemble Caprice

Matthias Maute – chef d’orchestre

Soprano I: Gabriele Hierdeis, Jacqueline Woodley, Dawn Bailey
Soprano II & Tenor : Shannon Mercer, Hélène Brunet, Marie Magistry
Alto I : Laura Pudwell, Scott Belluz, Erika McBurney, Megan Zantingh
Alto II & Basse : Josée Lalonde, Maude Brunet, Kristin Hoff

Violon I: Olivier Brault, Tanya LaPerrière, Sari Tsuji

Violon II: Lucie Ringuette, Jacques-André Houle, Ellie Nimeroski

Alto: Pemi Paull, Jennifer Thiessen
Violoncelle: Isabelle Bozzini, Elinor Frey

Contrebasse: Nicolas Lessard

Flûte à bec: Matthias Maute, Sophie Larivière

Flûte traversière: Sophie Larivière, Grégoire Jeay

Hautbois: Matthew Jennejohn, Kathryn Montoya

Basson: Anna Marsh

Trumpette: Alexis Basque, Amy Horvey

Théorbe: David Jacques

Orgue & clavecin: Erin Helyard

Timbales: Philip Hornsey

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Ensemble Caprice
AN 6 1013
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