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Handel: L'Intégrale des concertos pour orgue, vol. 3

Informations sur l'album

En Angleterre, la réputation d’improvisateur de Hændel ne semble jamais avoir faiblie, et ce, malgré l’animosité du public dans les années 1730, l’échec de l’opéra, la maladie et la perte de vision. En fait, il est plus que probable que ses improvisations à l’orgue aient fortement contribué au succès grandissant de l’oratorio, genre nouveau dont l’absence de pure virtuosité et de théatralité aurait pu laisser indifférent. C’est déjà sous-estimer l’importance de l’improvisation que de ne pas inclure sa marque possible dans toute analyse générale du processus compositionel (du moins jusqu’au milieu du XIXe siècle).

Dans le cas de Hændel, ce jugement est encore plus approprié. Ceci est confirmé par nombre d’écrits, comme, par exemple, cette lettre du librettiste Thomas Morell qui nous offre un apperçu de la vivacité d’imagination du compositeur:

… et je lui ai amené, après 2 ou 3 jours, le premier acte de Judas Maccabæus, qu’il a approuvé. « Alors, a t-il dit, comment allez-vous continuer? » « Et bien, nous pouvons supposer qu’il y a eu combat, et que les Israélites ont conquis, et alors commencer avec un chœur comme « Fallen is the Foe” ou quelque chose comme ça. » « Non, j’aurais ceci », et commença à le développer, tel quel, sur le clavecin. « Allez, continuez. » « Je vous en amènerai plus demain. » « Non, quelque chose maintenant « So fall thy Foes, O Lord” cela suffira », et immédiatement [il] en poursuivit la composition telle que nous l’avons dans ce chœur admirable…

L’improvisation, en ce qui concerne les concertos pour orgue, avait un rôle essentiel à jouer. Non seulement une grande partie de la partie d’orgue était improvisée — certaines parties d’orgue ne sont que de simples char-pentes —, mais le concerto lui-même était souvent précédé d’une improvisation, « [son] contrepoint forgé de manière serrée…; [ses] passages s’enchaînant avec une science extra-ordinaire, en même temps parfaitement intelligibles tout au long, avec l’apparence d’une grande simplicité » (Hawkins, A General History of the Science and Practice of Music, 1776).

Les concertos, à quelques exceptions près, et plus encore ceux de l’op. 7, sont truffés de l’indication organo ad libitum (parfois seulement ad libitum). Cette indication a plusieurs sens. Dans certains cas, il s’agit de la composition spontanée d’un mouvement entier, un Largo ou un Adagio parfois suivi d’une fugue (par exemple, Organo (Adagio e Fuga) ad libitum, dans l’op. 7 no. 3). Parfois, ce qui est demandé à l’interprète est plutôt la continuation d’un passage séquentiel ou d’une marche d’harmonie, ou encore la simple ornementation d’un passage noté en style quasi typographique (1er mvt, op. 4 no. 1). Finalement, ad libitum peut aussi signifier le désir d’une plus grande liberté de tempo, comme cela semble être le cas pour la cadence déjà fortement ornementée à la fin du premier mouvement de l’Op. 7 no. 4.

Signalons cependant que, comme le suggèrent les éditeurs de la Hallische Händel-Ausgabe, certaines de ces indications appartiennent peut-être à un stade antérieur de composition, et sont donc superflus. Le Concerto op. 4 no. 1, en sol mineur, appartenait à l’origine à l’oratorio Alexander’s Feast. Non seulement, comme nous l’avons mentionné, la partie d’orgue du premier mouvement n’est qu’une simple charpente destinée à être ornementée (Solo ad libitum, mesure 10), mais elle contient aussi la notation chiffrée de basse continue, ce qui permet de penser que l’ajout de voix médianes y est autorisé.

Les concertos op. 7 no. 1 et op. 7 no. 3, de même que celui en ré mineur, contiennent du matériel emprunté à d’autres compositeurs. Le Concerto en ré mineur est entièrement basé, avec variantes, sur une sonate pour flûte à bec de Telemann (Musique de table, 1ère série).

Le Concerto op. 7 no. 1, de 1740 (seul concerto qui requiert un instrument à pédalier), contient des emprunts aux Componimenti Musicali per il Cembalo de Muffat. Le Concerto op. 7 no. 3, quant à lui, emprunte quelques uns des éléments de son matériau thématique aux Messes Op. 1 de Franz Johann Habermann. Ce concerto, dernière composition instrumentale de Hændel (1751), est parfois surnommé « Hallelujah », pour des raisons que toute audition rendra évidentes. Il est à noter que cet enre-gistrement ne comprend, comme il est convenable de le faire, que le premier des deux menuets, soit le seul contenant une partie d’orgue.

Les Orgues

L’église anglicane de Frelighsburg, dans le sud du Québec, possède un orgue de Samuel Warren depuis fort longtemps. C’est probablement en 1854 que le facteur montréalais a construit ce positif de huit jeux, dont le buffet s’harmonise parfaitement au style néo-go-thique de l’édifice. L’instrument a conservé un état de fraîcheur étonnant et n’a subi aucune transformation depuis son installation. Le jeu de trompette, le seul à ne pas fonctionner au moment de l’enregistrement, possède sa tuyauterie et il retrouverait facilement sa voix si les paroissiens voulaient un jour la lui redonner.

On notera que le jeu appelé clariana, un principal étroit de type dulciane, emprunte au bourdon ses tuyaux graves. C’est en 1874 que l’église paroissiale de Saint-Roch-des-Aulnaies, au Québec, fut dotée d’un orgue. L’instrument, un Déry de dix jeux, s’est maintenu pendant plus de cent ans sans nécessiter de réparations importantes, malgré qu’il ait subi autant d’hivers pendant lesquels on ne chauffait l’église que pour le dimanche. Il avait donc vraiment mérité le bon relevage accompli par la maison Guilbault-Thérien. Ce premier ouvrage signé Napoléon Déry fournit la preuve de l’intelligence et du goût de ce facteur. Sans doute, l’expérience lui permettra-t-elle de construire, plus tard, des mécaniques plus souples et moins bruyantes que celle de Saint-Roch. Mais on demeure frappé, aujourd’hui encore, par la richesse sonore d’un instrument dont les ressources sont pourtant fort limitées.

Le facteur: Samuel Warren

Samuel Russel Warren (Triverton, R.I. 1809 – Montréal, 1882) reçut sa formation de facteur aux États-Unis, notamment auprès d’Appleton, avant de se fixer à Montréal, en 1836. Il y connut rapidement un succès durable qui lui permit de construire plus de quatre cents instruments et de former plusieurs disciples, notamment son fils Charles S. et Louis Mitchel, qui ont illustré, à leur tour, la facture canadien-ne. Warren fut, en fait, notre premier facteur professionnel et c’est lui qui a donné à notre facture une solide base traditionnelle et, en même temps, l’ouverture aux nouveautés, introduisant ici le levier Barker (1851), la soufflerie hydraulique (1860) et des jeux relativement nouveaux comme les flûtes harmoniques et les anches libres. Ses grands ins-truments ont, hélas, disparu ou ont été très remaniés.

Heureusement, les positifs de Chambly, Frelighsburg et Dunham ont été à peu près épargnés par les alénas du temps et de la mode.

Le facteur: Napoléon Déry

Napoléon Déry avait son atelier dans le Faubourg Saint-Jean, à Québec. Bien qu’il ait produit assez peu d’instruments, il nous en est resté plusieurs dans un état assez remarquable d’authenticité: à Saint-Roch-des-Aulnaies (1874), Saint-Joachim (1885), Saint-Isidore (1889), et Saint-Michel-de-Bellechasse (1897).

Ses orgues, remaniés ensuite par Casavant, de Neuville (1880), Cap-Santé (1884), et surtout Saint-Jean-Baptiste de Québec (1886), son principal ouvrage, ont retenu une part importante de leur tuyauterie d’origine. Cette tuyauterie, de bonne qualité, Déry l’importait du facteur Pierce, de Londres, d’où elle lui arrivait probablement pré-harmonisée. Contrairement à beaucoup de ses contemporains, Déry affectionnait les mixtures sans tierce et les principaux relativement légers, ce qui donne à ses plenums beaucoup de limpidité.
– Antoine Bouchard

Composition de l’Instrument (S. Warren) Clavier manuel (expressif) Open Diapason 8′ Stopped Diapason 8′ Clariana 8′ Principal 4′ Flûte harmonique 4′ Fifteenth 2′ Trompette 8′ Pédale Bourdon 16′ Pedal Couple Octave Couple Composition de l’Instrument (N. Déry) Clavier manuel Diapason Montre 8′ Principal 4′ Twelfth Mixture 11 Diapason 8′ bass Diapason 8′ treble Flûte d’amour 4′ Flûte traverse 4′ bass Flûte traverse 4′ treble Mélodie 4′ Hautbois 8′ (viole) Pédale Bourdon 16′ Pedal Couple Octave couple

Note du réalisateur

Les seize concertos de Hændel proposés dans cette collection ont été enregistrés sur des orgues anciens du Québec. Les dimensions modestes de ces instruments suggéraient un effectif orchestral réduit. Les auditeurs ne doivent pas s’étonner d’entendre des bruits mécaniques, fréquents dans les orgues de cette époque. Ils sont reproduits ici avec autant de fidélité que l’ensemble du message sonore.

© Alex Benjamin

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