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AN 2 9842-3

Haydn op.33 (2CD)

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 02 octobre 2012
Numéro de l'album AN 2 9842-3
Periodes Baroque

Informations sur l'album

L’opus 33 de Haydn

À l’été et au début de l’automne 1781, Joseph Haydn commence à travailler sur ce que nous connaissons aujourd’hui sous le numéro d`opus 33, identifié de façon plus érudite par le numéro de catalogue Hoboken III: 37-42, connu de façon populaire sous les surnoms « Jungferne » (jeune fille), « russes » et « gli scherzi ».

À la fin de l’automne, Haydn envoie des lettres à plusieurs « gentlemen amateurs, grands connaisseurs et mécènes musicaux », les invitant à souscrire aux partitions manuscrites « au prix de 6 ducats… 6 quatuors pour 2 violons, alto et violoncelle concertante … dans un genre tout à fait nouveau». Haydn pouvait se permettre d’envoyer une telle lettre grâce au merveilleux cadeau que le prince Nicolaus Esterhazy avait offert à son Kapellmeister en 1779 : la liberté d’écrire et vendre toute œuvre non conçues dans le cadre de ses fonctions à la cour Esterhazy.

Les termes allemands utilisés par Haydn pour décrire les œuvres, « von einer neu, gantz besonderer Art », traduits par «d’un genre nouveau, particulier », peuvent aussi signifier « nouveau et entièrement différent» ou encore « nouveau et entièrement exquis ».

Histoire de mettre le prix en perspective, un habit fait sur mesure à Vienne coûtait 7 ducats, le salaire officiel de Haydn payé par le prince était de 600 ducats par année, même si, grâce aux attributions supplémentaires, ses revenus avoisinaient plutôt 1000 ducats.

Trois des lettres dans lesquelles Haydn tente de vendre ses quatuors existent toujours. La première est adressée à Johann Kaspar Lavater, un poète suisse, et l’un des représentants les plus importants du mouvement Sturm und Drang. La deuxième est adressée à Robert Schlecht, abbé cistercien de Salmannsweiler dans le Land Baden (une plaque tournante musicale importante), client régulier, qui s’était déjà porté acquéreur de la Symphonie no 24 en 1773. La troisième était destinée au prince Oeetingen-Wallerstein, dont la cour bouillonnait d’activité musicale. En plus d’engager un excellent orchestre et de réputés compositeurs, il encourageait les musiciens de passage à jouer chez lui, accueillant notamment Beethoven en 1787 et Haydn lors de son premier voyage à Londres en 1791.

Haydn pensait vendre 16 souscriptions, ce qui aurait représenté approximativement le sixième de son salaire annuel. En décembre 1781, Haydn transmit les quatuors à son éditeur principal, la maison viennoise Artaria, prenant pour acquis qu’ils seraient publiés une fois ses souscripteurs contentés. Toutefois, Artaria grava rapidement les pièces et les mit en vente le 29 décembre 1781. Cela enragea Haydn qui, de cette façon, allait perdre une importante somme; il cessa séance tenante toute correspondance avec Artaria (le prix proposé par l’éditeur pour les quatuors gravés était de 4 guldens, ce qui représentait environ 14 % des 6 ducats demandés par Haydn pour les copies manuscrites). Deux semaines plus tard, réalisant peut-être les avantages d’une collaboration à long terme avec Artaria, Haydn se calma; un mois après, il offrit les quatuors à Hummel à Berlin et Forester à Londres, qui tous deux les publièrent cette même année. L’édition Hummel proposait en couverture la gravure d’une jeune fille, ou « jungferne », le premier des surnoms populaires des quatuors. Ceci démontre l’importance et la popularité des œuvres, achetés presque exclusivement par les musiciens amateurs, le concept même du concert de quatuor à cordes ne devenant réalité que quelques décennies plus tard.

La première interprétation documentée des quatuors prit place dans les appartements du grand-duc russe Paul (qui devait devenir le tsar Paul I). Haydn inscrivit une dédicace sur la copie manuscrite des quatuors qu’il offrit au grand-duc, d’où le deuxième surnom populaire, les quatuors « russes ».

Le troisième, « gli scherzi » ou « la plaisanterie » est lié à la musique elle-même. Pour la première fois dans ses quatuors, Haydn a remplacé le menuet par un scherzo identifié comme tel. Même si les six adoptent une forme semblable, on y retrouve une incroyable variété de textures et d’invention. Dans le trio du scherzo de l’opus 33 no 2 en mi bémol majeur (Hob. III : 38, connu sous le nom de «la plaisanterie»), Haydn précise des doigtés dans la partie du premier violon qui suppose des glissements entre les notes (peut-être portrait d’un violoneux de taverne légèrement éméché?). Le dernier mouvement de la même pièce propose une farce élaborée, comportant plusieurs fausses finales, avant de se terminer précisément par les mêmes deux mesures du début. Puisque ces pièces étaient conçues pour un usage privé, elles sont également remplies de blagues pour les interprètes eux-mêmes, l’une des préférées se voulant le dernier mouvement de l’opus 33 no 6 (Hob. III : 40), dans lequel le premier violon multiplie les sauts de cordes à vitesse grand V, alors que le deuxième violon fait plus ou moins du remplissage de la partie du premier violon à l’octave supérieure; nous entendons une simple ligne, alors qu’Haydn semble torturer le premier violon qui travaille bien plus que nécessaire!

© Patrick Jordan
Traduction: Lucie Renaud

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