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AN 2 9962

Melodiya: Glinka, Moussorgski, Rachmaninov, Tchaïkovski

Date de sortie 14 avril 2009
Numéro de l'album AN 2 9962

Informations sur l'album

Le chant russe se veut représentation des émotions, journal intime sonore d’un peuple. Chanter rime toujours avec parler, déclamer, confier. Projet ambitieux et passionnant de la soprano Marianne Fiset, Melodiya est le fruit d’une collaboration exceptionnelle entre Analekta et Radio-Canada.

Romances : Glinka, Moussorgski, Rachmaninov, Tchaïkovski

 » Nous autres, gens du Nord, nous ressentons différemment. Une impression ne nous touche pas du tout ou bien elle tombe au plus profond de notre âme. Pour nous, l’amour est toujours mêlé de tristesse « , justifiait Glinka, considéré le père spirituel de la musique russe.

Les premiers chants russes connus privilégiaient une ligne mélodique élémentaire, constituée de cellules thématiques succinctes. La rythmique se voulait d’une grande liberté, provoquant des changements de métrique multiples. Mikhaïl Glinka (1804-1857), influencé tant par le langage populaire que par les chants de l’Église orthodoxe russe, érigera donc sur ces bases une école nationale qui admet des emprunts à l’Occident, notamment au bel canto italien et à la science de l’harmonie allemande. Il rend pourtant les formes plus malléables, préférant les rythmes impairs de jadis et les phrases assouplies :  » Par les liens légitimes du mariage, je voudrais unir le chant populaire russe et la bonne vieille fugue d’Occident.  » Ses nombreuses mélodies se révèlent une fusion remarquable entre l’aria italienne, la romance française, la chanson russe et la ballade romantique.

Les grands compositeurs russes se sont tous réclamés de Glinka. Peu importe le genre abordé, en frère spirituel de Dostoïevski et Gogol, Modeste Moussorgski (1839-1881) offre toujours un écrin privilégié au peuple russe :  » La vie partout où elle se manifeste, la vérité, fût-elle amère, l’audace, le franc-parler devant tous, à bout portant, voilà mon levain « . Dans Monsieur Croche, Debussy définit la maestria avec laquelle Moussorgski traite ses cycles de mélodies en ces termes :  » Personne n’a parlé, à ce qu’il y a de meilleur en nous, avec un accent plus tendre et plus profond; il est unique et le demeurera par son art sans procédés, sans formules desséchantes. Jamais une sensibilité plus raffinée ne s’est traduit par des moyens aussi simples […] cela se tient et se compose par petites touches successives, reliées par un lien mystérieux et par un don de lumineuse clairvoyance. « 

Alors que les compositeurs du Groupe des Cinq érigent avec conviction un art national, Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) préfère se reposer sur les acquis de la musique occidentale. Cependant, Stravinski n’a pas hésité à le qualifier de  » plus russe de tous « , son invention mélodique en apparence inépuisable ayant peut-être permis à Tchaïkovski d’intégrer une nostalgie et un sens du pathos typiques de son pays dans les formes de l’Occident. Rejetant la conception wagnérienne comme le réalisme de Moussorgski, Tchaïkovski se coule plutôt dans les pas de Glinka, le récitatif devenant élément de liaison entre les moments-clé de l’opéra. Dans cette scène d’Eugène Onéguine, Tatiana, plus ou moins double du compositeur et l’une des plus grandes héroïnes de l’opéra russe, écrit à l’objet de son affection une lettre exaltée.

Entre 1890 et 1917, moment où, en quittant la Russie, il tourne définitivement le dos au genre, Sergueï Rachmaninov (1873-1943) a composé plus de 80 romances. Il a su renouveler la richesse mélodique de ces tableaux intimistes en les habillant d’une expressive éloquence et en confiant une part importante du contenu musical au piano qui devient tour à tour narrateur ou confident. Avec une subtile poésie, en peintre du quotidien, il conjure des visions de torrents ruisselants, de vents d’automne ou de plaines désertées. Peut-être gardait-il en mémoire ces mots de son maître Glinka :  » C’est le peuple qui crée la musique, et nous sommes des « arrangeurs” à son service.  »

© Lucie Renaud

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