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FL 2 3131

Mozart: Airs pour soprano des Noces de Figaro; Exsultate, jubilate

Date de sortie 12 octobre 1999
Numéro de l'album FL 2 3131
Periodes Classique
Genres Musique vocale

Informations sur l'album

Splendeur de la voix, finesse des sentiments: voilà qui caractérise bien la musique pour soprano de Mozart et en même temps préside à l’agencement du programme de ce disque. De grands airs pour soprano, magnifiquement interprétés par Lyne Fortin.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) a toujours su tailler sa musique vocale sur mesure à la fois pour l’interprète à qui elle était destinée et pour épouser, voire amplifier, l’affect d’un texte. Il est d’ailleurs tout à la gloire des plus grandes voix d’avoir réussi à rendre ces airs géniaux comme s’ils avaient été composés expressément pour elles. Dans le meilleur des cas, on peut réellement parler de « re-création », et la musique parvient alors à l’auditeur dans toute sa fraîcheur d’origine, agrémentée chaque fois d’un éclairage nouveau et personnel.

Motet Exsultate, jubilate, K. 165

Tel est le défi brillamment relevé dans le magnifique motet Exsultate, jubilate qui sert ici de lever de rideau, œuvre qui se veut avant tout une célébration de la voix. À l’automne 1772, Wolfgang et son père, Leopold, entreprirent leur troisième et dernier voyage en Italie pour y présenter à Milan le nouvel opéra du jeune prodige, Lucio Silla, qui connut un bon succès. En janvier 1773, quelques jours avant son dix-septième anniversaire, Mozart composa l’Exsultate, jubilate pour le primo uomo de l’opéra, le castrat Venanzio Rauzzini, qui était aussi compositeur et claveciniste.

L’œuvre se présente comme un petit et brillant concerto en trois mouvements pour voix solo. Le premier mouvement, débordant d’allégresse, fait place après un court récitatif à une ravissante aria qui met en valeur les qualités expressives de la voix. Le célèbre Alleluia final, quant à lui, fait étalage de toute l’agilité dont on est en droit de s’attendre d’un soprano étoile, qu’il soit masculin ou féminin. À la splendeur et à l’éblouissement, ajoutons maintenant toute la finesse et l’acuité dont est capable Mozart au zénith de ses facultés.

Le mariage de Figaro, K. 492

Le 1er mai 1786, Vienne vit la première de l’opera buffa dont on peut soutenir qu’il est le plus grand et le plus ingénieux de tous les temps, transcendant même le genre: Le nozze di Figaro, composé sur un livret de Lorenzo da Ponte d’après la comédie de Beaumarchais, La Folle journée ou le Mariage de Figaro (1784).

On sait que la pièce avait fait scandale en France par son portrait des mœurs de l’aristocratie, et qu’elle fut un temps interdite en traduction allemande de toute représentation théâtrale par l’empereur Joseph II. Ce despote éclairé autorisa cependant la publication de la pièce et semble avoir encouragé Da Ponte à procéder à sa transformation en livret d’opéra, après que celui-ci lui eut assuré en avoir expurgé les éléments de critique sociale. On peut donc supposer que le public des Noces de Figaro connaissait d’avance la trame de la pièce et qu’ainsi, avec la complicité d’une musique qui caractérisait non seulement les états d’âme des personnages mais aussi leur statut social, rien n’était perdu dans l’œuvre, ni du comique, ni du mordant.

Outre la multiplicité des imbroglios du récit, visant à faire rire, certes, mais surtout à dépeindre l’insoumission des valets vis-à-vis des injustices de leurs maîtres et autres complexités de la nature humaine, la musique de Mozart met en lumière et trouve une expression sans pareille dans les parties où la comtesse Almaviva (épouse du Comte) et Susanna (fiancée de Figaro et camériste de la Comtesse) se soutiennent dans leur condition de femme. Aussi, le personnage de Cherubino (page du Comte), un rôle travesti, permet au compositeur d’exploiter à satiété tout le charme poétique de cet adolescent enivré d’amour.

Et c’est avec le premier air de Cherubino que s’ouvre ce choix d’airs pour soprano tirés des Noces de Figaro, présentés dans l’ordre de l’opéra. Dans Non so più cosa son (Je ne sais plus qui je suis), le jeune page expose à Susanna tout l’émoi amoureux qui le possède. « Toutes les femmes me font changer de couleur, dit-il, me font trembler. » Alternant entre l’exaltation et la contemplation, l’air profite d’une instrumentation qui chez Mozart accompagne les moments de ravissement sentimental, où prédominent les couleurs combinées de clarinettes, cors et basson.

On retrouve à nouveau le timbre languissant des clarinettes pour accompagner le premier morceau du second acte, la cavatine de la Comtesse, Porgi, amor, qualche ristoro (Que l’amour apporte un réconfort). Ici, la noble dame est seule pour appeler sur elle la consolation d’un amour qu’elle craint perdu, celui du Comte. Une miniature où les traits sont gravés avec un détail et une délicatesse infinis. Suit la délicieuse « chanson » Voi che sapete che cosa è amor (Vous qui savez ce qu’est l’amour) de Cherubino en l’honneur de la Comtesse, chanté pour celle-ci et Susanna, qui l’accompagne à la guitare. Encore ici, mais dans un autre registre émotif, Cherubino traduit le trouble amoureux qui l’habite. « Le grand art de Mozart, nous dit Michel Noiray, a été de prêter à la canzone de Chérubin tous les dehors de la « naïveté » […] sans jamais tomber dans la mièvrerie ni dans la banalité: à cet égard, « Voi che sapete » peut être considéré comme la quintessence du style mozartien, avec son mélange trompeur de grâce apparente et de subtilité cachée. »

L’air Venite… inginocchiatevi… (Venez… à genoux…) est certainement le moment le plus piquant de l’opéra. Dans ce premier air de Susanna, celle-ci, de connivence avec la Comtesse, pare Cherubino d’atours féminins afin de piéger le Comte. Elle accompagne ces gestes presque intimes de commentaires coquins et d’autres recommandations pendant que Cherubino en profite pour admirer la Comtesse. Plusieurs détails de la musique viennent souligner avec esprit le côté affriolant de la scène, dont par exemple les notes répétées aux violons suivies d’un grupetto. Avec le récitatif et air du troisième acte, E Susanna non vien! — Dove sono i bei momenti (Et Susanna qui ne vient pas ! — Où s’en sont-ils allés, les doux moments), nous laissons momentanément de côté tout aspect ludique pour plonger dans l’introspection, où la rage, la détermination et la résignation se partagent le cœur de la Comtesse.

Dans le magnifique récitatif accompagné, elle exprime la honte qu’elle ressent d’avoir à s’abaisser au jeu de la dissimulation pour espérer regagner le cœur de son époux. Dans l’air qui suit, elle envisage avec courage mais résignation l’épreuve à venir, comme seul remède à son cœur blessé. Ici, la voix s’épanouit avec grandeur et générosité dans un des chants les plus nobles de l’œuvre. Encore un moment sublime pour la voix — les voix, devrait-on dire —, le duettino Sull’aria… « Che soave zeffiretto” (Sur l’air… « Quel doux petit zéphyr ») met en camaïeu, en écho, les timbres sonores et les aspirations de deux femmes complices, Susanna et la Comtesse, opposées par le rang mais unies par leur appartenance au sexe féminin. Elles (Lyne Fortin dédoublée) lisent ici la lettre qui doit servir d’appât au Comte.

Le dernier morceau tiré de la version originale des Noces sur ce disque, le récitatif et air du quatrième acte Giunse alfin il momento — Deh vieni, non tardar, o gioia bella (Que vienne enfin l’heure — Viens, n’attends pas, ô joie divine), est le comble de la finesse d’expression des sentiments. Susanna, déguisée en comtesse d’Almaviva, profite de la pénombre pour chanter non sans ambiguïté le bonheur qui l’attend auprès de son bien-aimé (qui, selon la manigance, doit être le Comte), sachant très bien que Figaro l’écoute et qu’ainsi elle attise sa jalousie. Ses sentiments sont purs mais son dessein est sournois. Ce jeu de l’amour et du hasard inspira à Mozart une musique transcendante, dont le ton oscille entre l’innocence et la ruse mais dont la ligne parvient à se renouveler sans cesse.

Le rideau tombe pour se relever aussitôt, comme il se doit. La cantatrice nous offre, tirés de la reprise des Noces en août 1789, deux airs ajustés à la nouvelle Susanna d’alors, « la Ferrarese »: Un moto di gioia, K. 579, qui remplaça le Venite… inginocchiatevi…, et Al desio di chi t’adora, K. 577, qui remplaça le Deh vieni.

© Jacques-André Houle

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AN 2 9770-5
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