fbpx
FL 2 3137

Handel: Airs et danses, Extraits de Agrippina et Alcina

Date de sortie 30 avril 1999
Numéro de l'album FL 2 3137
Periodes Baroque
Genres Musique vocale

Informations sur l'album

Handel était avant tout un compositeur d’opéras. C’est d’ailleurs sa passion pour l’opéra qui l’amena d’abord à quitter sa patrie pour l’Italie. Il avait l’intention d’étudier avec les maîtres italiens du genre, mais le public italien s’est vite aperçu des capacités naturelles du jeune Allemand, et moins d’un an après son arrivée, son premier opéra italien complet, Rodrigo, fut présenté avec succès au théâtre Cocomero de Florence.

Handel devint rapidement la coqueluche des amateurs italiens d’opéra, et termina son séjour de trois ans en Italie avec une production triomphale de son opéra Agrippina à Venise en 1709. Cette production a tenu l’affiche pendant 27 soirées, un succès sans précédent d’autant plus que les populaires compositeurs italiens Gasparini et Lotti présentaient tous deux des opéras dans d’autres théâtres vénitiens au même moment. À ce propos, le biographe handélien Mainwaring a écrit: « Les spectateurs étaient à ce point enchantés de la représentation qu’un étranger qui eut été témoin de leur réaction aurait pu les croire tous égarés. À presque chaque arrêt, le théâtre vibrait aux cris et aux acclamations de « Viva il caro Sassone ! » [Vive le cher Saxon !] et autres formules d’approbation trop extravagantes pour être répétées. Le public était abasourdi par la grandeur et le sublime de son style, car jamais auparavant n’avait-il connu tous les pouvoirs de l’harmonie et de la modulation, déployées avec autant de rigueur et agencées avec autant de panache. »

Le livret de l’opéra a été composé spécialement pour Handel par le cardinal Vincenzo Grimani. L’intrigue tourne autour d’Agrippine, épouse de l’empereur Claude, et de sa détermination à faire monter son fils Néron sur le trône. L’autre personnage féminin de l’opéra est Poppée, une jeune coquette qui est au centre de plusieurs intrigues amoureuses.

Le premier des airs sur ce disque, ‘Non hò cor che per amarti’, est chanté par Agrippine à Poppée. Celle-ci est amenée à croire par la rusée Agrippine que son amant Othon l’a abandonnée. L’ironie du texte est soulignée par l’accompagnement exceptionnellement anguleux. L’air d’Agrippine ‘Ogni vento’ termine le deuxième acte: après maintes péripéties, Agrippine croit avoir enfin accompli son dessein. ‘Vaghe perle’ est le premier air de Poppée dans l’opéra, chanté alors qu’elle se mire dans une glace: elle est désirée par Othon, Claude et Néron, et resplendit de confiance et de liesse. L’air ‘Se giunge un dispetto’ est chanté par Poppée alors qu’Agrippine vient de la convaincre que son véritable amour, Othon, l’a délaissée pour le trône. Nous avons ajouté à ce choix d’airs des danses tirées d’un ballet qui, croit-on, aurait été présenté à la fin d’Agrippina, et qui est aussi associé avec un opéra antérieur de Handel, Rodrigo.

Suite au triomphe d’Agrippina, Handel quitta l’Italie pour se faire un nom à Londres. Le public anglais avait été lent à accepter l’opéra italien comme divertissement viable, mais il devait bientôt changer d’avis grâce à l’arrivée de Handel. Pendant plus de vingt ans, Handel a régalé le public anglais d’une suite ininterrompue d’opéras présentés au King’s Theatre dans le Haymarket. Au cours des années 1730, cependant, la passion pour l’opéra se mit à péricliter.

L’oratorio anglais naissant avait éveillé la curiosité du public, qui manifestait au demeurant un engouement croissant pour des divertissements plus légers, tel le Beggar’s Opera de John Gay. Handel fut également confronté à un autre écueil formidable lorsqu’on institua en 1734 une seconde compagnie d’opéra, le Nobility Opera, qui le remplaça au théâtre du Haymarket en lui enlevant de surcroît ses meilleurs chanteurs. L’impresario John Rich est venu à la rescousse du compositeur en lui offrant, deux soirs par semaine, le théâtre du Covent Garden, flambant neuf. Ce théâtre jouissait d’installations splendides, avec sa vaste scène et ses imposantes machineries. Rich avait aussi engagé la danseuse Marie Sallé et sa compagnie pour la saison 1734-35.

Handel fut donc inspiré à créer cinq opéras pour ce qui sera la plus somptueuse saison qu’il aura connue, et le public répondit avec enthousiasme. Le dernier de ces opéras, Alcina, dont la première eut lieu le 16 avril 1735 au Covent Garden, demeura à l’affiche avec beaucoup de succès jusqu’au 2 juillet. On a souvent considéré Alcina comme le dernier des grands opéras de Handel: alors qu’il avait continué à produire des opéras jusqu’à la fin de la décennie, il se consacrait de plus en plus dorénavant à la composition d’oratorios.

Le livret d’Alcina est basé sur celui de L’Isola d’Alcina de Riccardo Broschi, lequel livret avait été à son tour inspiré du Orlando furioso d’Arioste. Alcina est un opéra « magique », resplendissant d’effets surnaturels. Alcina est elle-même une ensorceleuse qui leurre les gens vers son île enchantée pour les transformer soit en arbre, en animal ou en pierre. Son captif le plus récent est Ruggiero, qui jusqu’à maintenant a été épargné le sort de ses prédécesseurs parce qu’Alcina a jeté sur lui son dévolu. Bradamante, la fiancée de Ruggiero, sous le déguisement de son propre frère Ricciardo, fait naufrage sur l’île puis devient l’objet de l’affection de Morgana, sœur d’Alcina. Plusieurs incidents viennent émailler l’intrigue, mais c’est le malheur d’Alcina qui est au cœur de l’histoire. Ruggiero est amené à abandonner Alcina et à fracasser l’urne qui renferme la source de ses pouvoirs magiques, restaurant ainsi ses prisonniers à leur forme humaine.

Dans son premier air, ‘Di, cor mio’, Alcina respire la confiance et l’assurance alors qu’elle dépeint à Ricciardo, fraîchement débarqué, les délices de son île idyllique et de son amour pour Ruggiero. Le ravissant air ‘Tornami’ est chanté par Morgana à Ricciardo. Le court air de bravoure ‘Barbara’ est chanté par le jeune Oberto, venu sur l’île à la recherche de son père, prisonnier d’Alcina. (Le rôle d’Oberto était chanté à l’origine par un jeune soprano masculin.) Les deux derniers airs sont chantés par Alcina alors que ses pouvoirs magiques commencent à l’abandonner: elle conjure les esprits à venir la secourir, mais en vain; elle reste seule, à la fin, seule avec ses larmes alors que tout autour son empire tombe en ruine.

À ces airs est ajouté un choix de ballets composés pour mettre en valeur le talent de Marie Sallé, la plus illustre danseuse de son temps. Elle inspira à Handel une abondance de musiques de ballet pour les opéras présentés durant la saison 1734-35, dont l’envoûtante séquence de rêve introduite après l’air d’Alcina ‘Ombre pallide’.

© Charlotte Nediger
Traduction: Jacques-André Houle

Lire la suite

À propos

AN 6 1044
Tafelmusik Baroque Orchestra
AN 6 1044

Start typing and press Enter to search