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AN 2 9858

Beethoven: Trio avec piano op. 1 no 2; Trio avec piano op. 97 "L'Archiduc"

Interprètes
Date de sortie 20 octobre 2009
Numéro de l'album AN 2 9858
Periodes Classique

Informations sur l'album

Avec cet enregistrement, le Gryphon Trio continue son exploration du riche répertoire de musique de chambre en interprétant deux chefs-d’œuvre du genre, le trio avec piano opus 2 no 1 et le trio « Archiduc ».

À la fin 1792, un an à peine après la mort de Mozart, Ludwig van Beethoven (1770-1827) arrive à Vienne. C’est là qu’il espère voir réalisée la prophétie du comte Ferdinand Waldstein :  » Par un labeur assidu, vous recevrez l’esprit de Mozart des mains de Haydn « .

Pourtant, lors de sa première année dans la grande ville de la culture, Beethoven ne compose rien d’importance. L’année de leçons avec Haydn, gardien du style classique, ne semble même pas porter fruit, du moins jusqu’à ce que le grand maître parte en Angleterre en janvier 1794. Seulement alors, son jeune élève se plonge dans le travail.  » Cette année doit déterminer l’homme complet, écrit Beethoven dans son journal. Rien ne doit rester inachevé.  » Il fouille dans ses cartons pour en extraire de vieux croquis de Bonn et écrit en vitesse du nouveau matériel, assemblant ainsi une série de trois trios avec piano. Tous de grande envergure, ils se veulent preuve de son assimilation du style classique (complétée en partie grâce aux enseignements de Haydn) et laissent entrevoir les éventuelles innovations.

Trio avec piano en sol majeur, opus 1 no 2

L’audace du choix de tonalités du deuxième trio (le Largo est, de façon surprenante, en mi majeur) imite le Trio  » avec rondo à la hongroise  » de Haydn, son contemporain, également en sol majeur. Dans sa réexposition, le Presto final comprend un autre Haydnisme, astucieusement camouflé : alors que les oreilles sont happées par les méandres des octaves au piano, le premier thème se glisse au violon. Si l’influence de Haydn se tapit dans l’ombre, celle de Mozart est assumée : le piano se veut fondamental mais non dominant, la conversation entre les instruments élégante et l’indépendance toute nouvelle du violoncelle et la qualité de son chant mises en relief.

À cette synthèse habile entre Haydn et Mozart, l’esthétiquement tumultueux Beethoven greffe des éléments puisés à même son esprit révolutionnaire naissant. On remarque avant toute chose la conception en quatre mouvements de l’œuvre, une première pour le trio avec piano. Le scherzo adjoint élève le genre vers ceux, plus  » sérieux  » et plus nobles, du quatuor à cordes et de la symphonie. Les nouveaux liens forgés par Beethoven entre le piano et les cordes sont encore plus significatifs. Prenons la façon dont il présente le premier thème du Presto de l’opus 1 no 2 par exemple, un motif rapide de notes répétées (introduit d’abord au violon), aussi idiomatique pour les cordes que virtuellement injouable au piano. Sa solution? Transformer la version pour piano du motif en un trille qui, même si différent, se veut clairement équivalent. Le piano et les cordes partagent ainsi le même matériel tout en maintenant leur individualité. Et dans un tour de force insolent, Beethoven trouve une vertu à la nécessité puisque, par la suite, le violon imitera l’imitation du piano!

Beethoven a dédié ses trios opus 1, publiés en 1795, au prince Karl von Lichnowski, un mécène musical viennois au goût exquis. Lichnowski, qui avait pris le jeune compositeur sous son aile lors de son arrivée à Vienne, le traitait comme un fils, allant jusqu’à l’héberger pendant un certain temps et à exiger de ses serviteurs qu’ils servent Beethoven en premier si tous deux devaient sonner en même temps.

Trio avec piano  » Archiduc  » en si bémol majeur, opus 97

Beethoven n’ayant jamais obtenu de position officielle à la cour, il dépendait de la générosité des mélomanes aristocrates viennois tel Lichnowski pour sa subsistance. (En 1800, ce dernier devait commencer à verser au compositeur une rente annuelle substantielle.) Parmi les autres bienfaiteurs dévoués de Beethoven, il faut compter l’archiduc Rodolphe, talentueux musicien amateur et jeune frère de l’empereur d’Autriche. Beethoven devait lui dédier ses Quatrième et Cinquième Concertos pour piano et plusieurs autres œuvres importantes. En 1809, l’archiduc mit sur pied un consortium d’aristocrates qui financeraient une rente à vie pour le désormais célèbre compositeur. En témoignage de gratitude, Beethoven lui dédia son dernier trio, opus 97, composé en 1811.

Le Trio  » Archiduc «  n’est pas seulement un chef-d’œuvre du genre, mais aussi l’une des réalisations lyriques les plus réussies de Beethoven. Son thème d’ouverture, imposant et expansif, instaure le caractère monumental de toute la pièce. Si on la compare à celle des trios opus 1, la texture des cordes y est beaucoup plus riche. On y retrouve doubles cordes soutenues au violon et d’exquis passages pizzicato d’une portée jamais tentée dans un trio. L’équilibre parfaitement calibré entre le piano et les cordes, ces dernières devenant souvent voix intérieures, est peut-être plus spectaculaire encore. Le résultat se veut une sonorité adroitement fondue, qui n’a d’égale que celle des plus homogènes quatuors à cordes.

Un équilibre particulièrement délicat entre les instruments se produit dans la dernière partie du développement du premier mouvement. Des échos distants du premier thème se dissipent en une toile dans laquelle pizzicatos furtifs et staccatos et trilles diaphanes au piano sont tissés. Une douce brise ne disperse ensuite le tissu fragile dans l’éther alors que la réexposition prend sa place, variée et ornée.

Dans ce mouvement – de fait, dans tout le trio –, Beethoven déploie le propos musical posément. Les idées flottent à une vitesse qui permet à chacune d’être savourée individuellement et retournée dans sa tête, quintessence de Beethoven à son plus pensif.

Ce qui suit n’est pas un mouvement lent mais un scherzo, le mouvement lent succédant au scherzo pour la première fois dans un trio. Joyeux et chantant, le scherzo conserve le style décontracté de l’œuvre tout en atténuant les jeux d’accents et de rythmes attendus, si typiques du genre. Néanmoins, une force sombre se glisse furtivement dans le trio central, un fugato glissant, chromatique, qui infuse le mouvement d’une touche de pressentiment.

L’Andante et le finale qui suivent, joués sans interruption, s’unissent en une large étendue qui souligne l’amplitude de l’œuvre. Le thème serein du mouvement lent, presque un choral, sert de matériau de base à quatre variations. L’énergie rythmique de plus en plus vive de chaque variation atteint un climax dans la quatrième, la syncope se confondant avec une texture dense des cordes et une figuration élaborée du piano. La trame complexe se dénoue quand le thème est réexposé, maintenant teinté de mélancolie, le mouvement flottant et s’éteignant paresseusement… jusqu’à ce qu’on l’éveille en sursaut par de bruyants ébats de basse-cour – un rondo truculent comme Beethoven en a le secret.

Beethoven a composé le Trio  » Archiduc  » à la toute fin de la décennie qui a vu son art s’épanouir en une maturité complète. Dans cette période remarquablement productive, il a écrit une multitude de chefs-d’œuvre, dont l’opéra Fidelio et la Cinquième et Sixième Symphonies. Seize ans après la publication de son opus 1 et deux ans après la mort de Haydn, la stabilité financière de Beethoven est assurée et sa célébrité se propage internationalement. Il n’avait que bien peu de raisons de douter de voir accomplie la prophétie de Waldstein.

© Robert Rival 2009
Traduction: Lucie Renaud

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À propos

Gryphon Trio
AN 6 1016

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