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AN 2 9827-8

Mozart: L'intégrale des trios avec piano (2CD)

Interprètes
Date de sortie 17 janvier 2006
Numéro de l'album AN 2 9827-8
Periodes Classique

Informations sur l'album

Dans cet enregistrement, le Gryphon Trio propose l’intégrale de ses six trios avec piano de Wolfgang Amadeus Mozart.

Mozart : Trios avec piano

Le genre émerge dans la seconde moitié du XVIIIe siècle lorsque les mélomanes se passionnent pour ce nouvel instrument qu’on appelait  » pianoforte « . Comme son nom l’indique, ce clavier avait la capacité que n’avait pas le clavecin de pouvoir varier les dynamiques. Dans les salons, on troque donc son vieux clavecin contre un rutilant pianoforte et la demande d’un répertoire dans lequel le nouvel instrument puisse être mis en valeur, tout en demeurant accessible aux amateurs, devient pressante. On ne veut pas seulement des œuvres solos, mais aussi de chambre pour pouvoir faire de la musique en famille ou entre amis. De là naît le trio pour piano, violon et violoncelle, formation pour laquelle Joseph Haydn composa pas moins de 45 œuvres. En regard, la demi-douzaine que Mozart écrivit peut paraître bien maigre, mais ce corpus plus humble en quantité marque qualitativement une étape non négligeable dans l’évolution du genre.

Divertimento en si bémol majeur (K. 254)

Avant Mozart, le trio ressemblait plus souvent qu’autrement à une sonate pour piano accompagnée par les cordes : le violon doublait la main droite du pianiste, partageant parfois avec elle quelques éléments mélodiques, alors que le violoncelle se limitait à renforcer la main gauche. Lorsqu’en 1776, à Salzbourg, il tente un premier essai dans le genre (Divertimento en si bémol majeur (K. 254), Mozart s’en tient à ce modèle courant. Mais il y transcende déjà les convenances du genre par son génie mélodique et son sens inné du détour inattendu. Entre les deux mouvements vifs, le mouvement lent déploie une superbe cantilène ornementée que le piano et le violon se relancent à part égale dans un dialogue d’une sérénité tout olympienne.

Trio en sol majeur (K. 496)

Mozart ne reviendra au trio avec piano que dix ans plus tard en 1786. Achevé en juillet 1786, le Trio en sol majeur (K. 496) marque une profonde mutation dans la conception mozartienne du genre, tributaire de l’évolution stylistique qui s’est faite à travers les autres genres abordés entre-temps, plus partcuilèrement dans l’opéra et le concerto pour piano. Dans ce second trio, la dimension dramatique est plus prononcée, la partie de piano plus concertante et les parties de cordes plus autonomes. Dès le premier  » Allegro « , dans le développement central qui éclate soudainement comme une tempête, le violoncelle devient le principal interlocuteur du piano. L' » Andante  » s’avère une véritable conversation à trois, alors que, dans le thème et variations de l' » Allegretto « , le violoncelle s’émancipe à nouveau dans la quatrième variation en un chant langoureux.

Trio en si bémol majeur (K. 502)

Daté de novembre de la même année, le Trio en si bémol majeur (K. 502) fut donc composé à peine trois mois après le précédent et tous les aspects novateurs s’y retrouvent à nouveau. Dans l’  » Allegro  » d’ouverture, Mozart prend ici un malin plaisir à jouer avec les conventions de la forme sonate. Au moment où l’on s’attend dans l’exposition à la présentation à la dominante d’un second thème contrasté, il ramène celui du début avec un nouvel accompagnement des cordes qui lui donne un nouvel éclairage. Alors qu’il vient ainsi de nous annoncer une forme sonate monothématique, Mozart nous surprend encore une fois au début du développement en nous présentant au violon le second thème attendu plus tôt et aussitôt repris par le piano et le violoncelle en mouvement parallèle. Dans le  » Larghetto « , en mi bémol majeur et de forme ABACA, une cantilène richement ornementée passe du piano au violon dans un émouvant dialogue que le violoncelle soutient par moments de son propre contre-chant. Dans l' » Allegretto « , sur un rythme de gavotte, Mozart multiplie avec brio les contrastes entre éclat et délicatesse, profusion mélodique et riche contrepoint.

Trio en mi majeur (K. 542)

Les trois derniers trios furent tous composés en 1788. Daté du 22 juin, le Trio en mi majeur (K. 542), présente dans son  » Allegro  » d’ouverture un premier thème où forte et piano alternent à l’intérieur de chaque motif. Le second thème, dolce e legato, d’abord exposé successivement à la dominante par le violon et le piano, est repris une troisième fois subito forte par le violoncelle dans un passage modulant saisissant. L' » Andante grazioso « , en la majeur et de forme grand da capo (ABABA), prend une teinte mélancolique lorsqu’en son cœur, le thème principal est repris en mineur. Tout aussi  » gracieux « , le rondo de l' » Allegro  » final offre une structure plus subtile (ABACBA) dans laquelle la partie centrale C se distingue par un thème contrastant en do# mineur aux parfums bohémiens peu fréquents chez Mozart et qui semblent préfigurer Brahms.

Trio en do majeur (K. 548)

Dans le Trio en do majeur (K. 548) composé un mois plus tard, tous les instruments exposent forte en grand unisson un premier motif qui semble tout droit sorti des Noces de Figaro . Le piano répond, piano justement, avec un second motif que reprend aussitôt le violon. Éclate alors subito forte, comme un grand rire  » figaresque « , un ample geste concertant au piano se décantant jusqu’au second thème. Mozart a qualifié avec raison son  » Andante  » de  » cantabile  » car il y atteint un sommet dans l’art de faire chanter le piano en une ample cantilène ornementée dont le violoncelle, à l’instar du violon, reprend lui aussi en écho certains motifs, précédant même le violon au début du développement. Dans le joyeux rondo du dernier  » Allegro « , le violoncelle se fait de plus en plus actif créant ainsi un bel effet cumulatif final.

Trio en sol majeur (K. 564)

Le Trio en sol majeur (K. 564) fut achevé le 27 octobre. Des esquisses révèlent que Mozart avait d’abord pensé à une sonate pour piano. Mais l’ajout des cordes n’a rien d’une pièce rapportée. Au contraire, on trouve dans leur traitement quelques avancées notables. Jamais le violoncelle n’avait eu, jusque-là, la part aussi belle. Dès le départ, il soutient avec le violon en notes longues l’exposition du premier thème au piano. Il double ensuite le violon en mouvement parallèle dans la reprise de ce premier thème, le sous-tend encore, mais cette fois de son propre chant, dans l’exposition du second thème à la dominante et, lors de la récapitulation, c’est lui qui réexpose ce second thème dans la tonalité principale. Dans l' » Andante « , il est de toutes les parties du thème et variations dont la mélodie tranche par son dépouillement sur les cantilènes richement ornementées des mouvements lents des trios précédents. Mais ce dénuement rare, quintessencié, loin d’être une faiblesse, semble plutôt indiquer, en se délestant du superflu, le chemin de cette simplicité volontaire qui seule permettrait, selon certains, d’accéder à la véritable joie, dont la dernière variation, plus exubérante, deviendrait ainsi l’illustration. Suit un  » Allegretto  » qui achève le tout par un rondo sur un délicieux rythme de sicilienne.

C’est par ce rythme traditionnel de pastorale, que l’on privilégiait à Noël pour faire chanter les bergers et les anges, qu’Amadeus,  » l’aimé de Dieu « , prit congé du genre. Il ne le fréquenta que brièvement, mais ne manqua pas d’y laisser son empreinte… divine et angélique.

© Guy Marchand

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À propos

Gryphon Trio
AN 6 1016

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