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AN 2 9855-6

Schubert: Intégrale des trios avec piano (2CD)

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 23 octobre 2007
Numéro de l'album AN 2 9855-6
Periodes Romantique

Informations sur l'album

Le Gryphon Trio nous présente ici l’intégrale des trios avec piano de Franz Schubert (1797-1828). Hormis deux pièces en un mouvement, un essai de jeunesse (D. 28) et un  » Notturno  » tardif (D. 897), Schubert n’a laissé que deux trios complets pour piano, violon et violoncelle (D. 898 et D. 929). Mais tous deux furent rapidement considérés comme des sommets dans le genre.

Sonatensatz, trio avec piano en si bémol majeur, D. 28

En 1812, à 15 ans, Schubert perd subitement sa mère, alors âgée de 55 ans. Deux semaines plus tard, Schubert débute des études privées de composition et de théorie musicale avec Antonio Salieri, le célèbre Kapellmeister de la cour de Vienne. Les leçons du maître en contrepoint, en fugue et en prosodie italienne constituent non seulement des distractions qui tombent à point pour l’adolescent en deuil, mais améliorent rapidement sa technique d’écriture. Et lorsqu’il mue cet été-là, mettant ainsi une fin abrupte à sa carrière de choriste, il se retrouve du coup avec plus de temps qu’il n’en a jamais eu pour la composition. Au cours des mois très productifs qui suivent, il compose une Sonate en un seul mouvement pour trio avec piano, D. 28 , la première dans laquelle il adjoint le piano aux cordes. Ce charmant Allegro tout imprégné de grâce mozartienne aura été la seule œuvre dans ce médium jusqu’à sa dernière année.

Notturno, trio avec piano en mi bémol majeur, D. 897, op. post. 148

Composé en 1827, à la même époque que ses deux grands trios avec piano, le Notturno (Nocturne) d’un seul tenant serait le mouvement lent rejeté du Trio en si bémol majeur D. 898. Ainsi, d’aucuns l’ont souvent considéré comme un simple  » rejet « ; mais d’autres au contraire l’estiment une œuvre de grande beauté, décelant dans la mélodie perpétuellement entrelacée du violon et du violoncelle un chant d’amour profond, presque érotique dans l’extase de son déploiement. D’autres encore ont même suggéré que ce mouvement fut le germe de l’Adagio du Quatuor à cordes en do majeur. Leurs équivalences, en tous les cas, sont frappantes : une lente et sereine mélodie en écriture serrée ceinte par les parties extrêmes (dans le Notturno, par le piano); une section centrale turbulente dans le ton du deuxième degré abaissé de la gamme; l’usage du pizzicato; et enfin une coda qui ramène le matériau des deux caractères dominants, le tranquille et le tumultueux. Ce point de vue est séduisant et fait du Notturno – une esquisse abandonnée d’une œuvre et les assises d’une autre – un témoin unique du processus créatif lui-même.

Trio avec piano n°1 en si bémol majeur, D. 898, opus 99

Schubert a vraisemblablement composé ses deux gigantesques trios avec piano peu de temps l’un après l’autre vers la fin de 1827, bien qu’il demeure incertain dans quel ordre. Le Trio en si bémol majeur, aujourd’hui considéré comme le premier, débute sur un Allegro moderato radieux. Schubert le compositeur de lieder brille ici dans le second thème, introduit par le violoncelle, d’un lyrisme qui en fera le sujet d’effusions passionnées dans le développement. Ce mouvement en forme sonate présente une curieuse anomalie : la récapitulation commence dans le  » mauvais  » ton (sol bémol); ce ne sera qu’à la réexposition par le piano du thème initial à la tonique (si bémol majeur) que notre attente de symétrie sera comblée. L’ambiguïté se joue ainsi de nos expectatives : la récapitulation s’amorce-t-elle avec le retour du premier thème ou bien alors avec l’arrivée du ton principal ?

À nouveau source d’expression lyrique, le violoncelle introduit le superbe thème chantant de l’Andante un poco mosso, repris ensuite par le violon. Après une section médiane décorative, Schubert nous dévoile une ultime transformation de la mélodie initiale : elle module désormais en cours de route et non seulement entre chaque réitération.

Le scherzo est un Allegro staccato qui ressemble au scherzo du Quintette  » La Truite « , mais avec la mélodie inversée. Dans le Trio, des lignes de chant aux cordes planent au-dessus d’un rythme de valse sans temps fort au piano; les mélodies des cordes et le piano chamboulé naviguent en des eaux rythmiques distinctes, réussissant cependant, comme par magie, à suivre le même cours.

Schubert a nommé le finale Rondo, mais il serait plus aisé de le comprendre comme une forme sonate dont les rôles de développement et de récapitulation se recoupent. Marqué Allegro vivace, il réaffirme l’entrain du premier mouvement, bien que des trémolos et des sonorités de cloches au piano y ajoutent une touche de mystère. Le thème principal provient du lieder  » Skolie  » de Schubert, dont les paroles se lisent :  » En ce rayonnant matin de mai, prenons plaisir en la vie brève de la fleur, avant que ne disparaisse son parfum « . Une mélodie dansante, introduite par le violon, offre une amusante diversion. Lorsqu’elle réapparaît vers la fin dans le registre aigu du piano, le mouvement semble prêt à s’éteindre doucement, comme un tambour-major de plomb, mais Schubert garde son dernier souffle exubérant pour la coda Presto.

Trio avec piano n°2 en mi bémol majeur, D. 929, opus 100

Selon Schumann, les deux grands trios de Schubert constituaient un ensemble complémentaire, celui en si bémol majeur étant plus lyrique et celui en mi bémol majeur, plus robuste. Le Trio en mi bémol majeur – des deux de loin le plus long – est à la hauteur de sa réputation de taille dès le début. Le premier mouvement, un Allegro, s’ouvre sur un puissant motif à l’unisson, qui ne sera réentendu qu’à la fin du développement. Le second thème est paisible et sera au cœur du développement, duquel une section entière se verra répéter deux fois plutôt qu’une, dans des tonalités différentes.

Dans l’Andante con moto, au-dessus d’une sorte de marche funèbre, le violoncelle fait entendre une mélodie envoûtante inspirée du chant suédois  » Se solen sjunker  » (Le soleil se couche). Dans un évident renversement des rôles, le piano, en octaves ouvertes, reprend le thème alors que les cordes l’accompagnent de la marche lente. Entre les mains de Schubert, jusqu’à l’évidence même devient pure beauté ! Les couplets du rondo introduisent des éléments agités qui en intermittence viennent ponctuer le calme général.

Le Scherzo est un Allegro moderato au contrepoint élégant, dont le canon de 27 mesures se poursuit en imitation serrée. L’Allegro moderato conclusif, quant à lui, entraîne un thème décontracté à travers un paysage d’un fort dynamisme rythmique où abondent modulations et changements métriques (oscillant du 6/8 au 2/2 à pas moins de cinq reprises).

La cohésion de cette œuvre panoramique tient à l’élément cyclique. Le chant suédois apparaît deux fois dans le finale – dans le développement et dans la grande coda – à chaque reprise chez le violoncelle. Un autre élément cyclique plus subtil se trouve dans le motif de quatre notes qui se retrouve dans tous les mouvements : en tant que pont modulant en si mineur dans l’exposition du premier mouvement; d’accompagnement au chant sur un rythme de marche, dans le deuxième mouvement; de thème canonique dans le Scherzo; et tout au cours des sections en 2/2 du finale.

Des années plus tard, Robert Schumann salura le trio en mi bémol majeur comme  » un furieux météore fusant au travers du ciel musical du temps, éclipsant tout sur son passage « . Ce fut la seule œuvre de Schubert publiée de son vivant en dehors de l’Autriche. À la question de son éditeur à savoir qui en serait le dédicataire, Schubert répondit :  » Cette œuvre ne sera dédiée à personne, sauf à ceux qui y trouvent plaisir. « 

© Robert Rival 2007
Traduction : Jacques-André Houle

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À propos

Gryphon Trio
AN 6 1025

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