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AN 2 9857

Tango nuevo: Piazzolla, Durán, Ginastera

Interprètes
Date de sortie 21 octobre 2008
Numéro de l'album AN 2 9857
Periodes Contemporaine
Genres Musique de chambre

Informations sur l'album

Le nuevo tango. Laissez-vous transporter par la musique inspirée du tango de Piazzolla, Durán et Ginastera, interprétée par le Gryphon Trio. Avec ces nouveaux arrangements pour violon, violoncelle et piano, le Gryphon Trio (gagnant de deux Junos) démontre encore une fois sa volonté d’élargir le répertoire pour trio avec piano.

Le tango

Il était une fois le tango, danse lascive née dans les bordels de Buenos Aires… du moins, ainsi le veut la légende. Une part de vérité y est liée mais l’histoire du tango en tant qu’élément identitaire de l’Argentine se veut bien plus riche. À la fin du dix-neuvième siècle, les immigrants européens, principalement originaires d’Italie et d’Espagne, débarquent en Argentine, mus par l’espoir de profiter de l’essor agricole du pays. Plusieurs sont incapables d’acheter des terres cependant et doivent plutôt s’installer dans les quartiers ouvriers de Buenos Aires. Déchirés par le mal du pays, souvent pauvres et sans emploi, ces immigrants, tout comme les natifs de la cité portuaire, transcenderont leurs combats quotidiens en créant une nouvelle forme d’art hybride.

Les sources musicales du tango, un mélange de culture italienne et méditerranéenne, de flamenco espagnol et d’habanera cubaine, sont aussi multiples que ses créateurs. Même son instrument emblématique, le bandonéon – cousin de l’accordéon, inventé en Allemagne comme orgue portatif pour des services religieux – semble un protagoniste inattendu. Dans les années 1920, Carlos Gardel, le  » roi  » du tango, popularise la forme chantée du genre. La haute société parisienne se l’approprie bientôt, ce qui contribue à propager sa popularité partout dans le monde.

Mais même une tradition vibrante risque de stagner si elle ne se renouvelle pas et parfois, pour ce faire, elle a besoin qu’un nouveau regard soit posé sur elle par un étranger. Comme l’a fait remarquer le pianiste et chef d’orchestre Daniel Barenboïm, le fardeau afin d’éviter que  » le tango ne devienne une relique du passé  » a été déposé sur les épaules d’Astor Piazzolla (1921-1992).

Astor Piazzola: Nuevo Tango

Né à Mar del Plata de parents d’origine italienne, Astor Piazzolla émigre à New York avec sa famille alors qu’il n’a que quatre ans. Dès huit ans, il joue du bandonéon. Adolescent, il retourne en Argentine et, en quelques années, obtient un poste dans le célèbre orchestre de tango d’Aníbal Troilo. Rapidement ennuyé par un genre qui, selon lui, connait une impasse, dans ses temps libres, il se met à cultiver son intérêt de longue date pour la musique classique en composant un corpus de musique  » sérieuse  » considérable. En 1954, prévoyant faire carrière en musique classique, il se rend en France pour étudier avec la plus célèbre pédagogue en composition de l’époque, Nadia Boulanger. Cette rencontre changera sa vie – et l’histoire du tango – à jamais.

Boulanger considère la musique de Piazzolla comme bien faite et y reconnait l’influence de Ravel, Stravinski et Bartók. Pourtant, selon elle, il y manque l’esprit. Quand elle apprend que Piazzolla compose et arrange des tangos pour gagner sa vie (avec une certaine honte), elle lui demande de lui en jouer un. À contrecœur, il s’exécute. Boulanger prend alors ses mains dans les siennes et lui dit :  » Astor, c’est magnifique. Voilà le vrai Piazzolla – ne le quitte jamais. « 

Considérant ce moment comme  » la plus grande révélation de sa vie « , Piazzolla retourne en Argentine pour y fonder son célèbre Quintette (bandonéon, violon, piano, guitare électrique, contrebasse), véhicule-clé de son nuevo tango, un nouveau style qui intègre les harmonies dissonantes et les polyrythmes des maîtres classiques du XXe siècle. Ce faisant, il fait passer le tango du plancher de danse à la salle de concert.

La vision du tango de Piazzolla devait cependant rencontrer une résistance féroce de la part des traditionnalistes. Après un concert, un auditeur lui demanda en ricanant :  » Maestro, pourquoi ne jouez-vous pas un tango?  » La question devait le hanter pendant toute sa carrière. Dans son autobiographie, il soutient même avoir été battu une fois dans les rues par un membre de la vieille garde du tango contrarié.

Las cuatro estaciones porteñas

Parmi les nombreuses pièces écrites par Piazzolla pour son Quintette, on retrouve Las cuatro estaciones porteñas (Les quatre saisons de Buenos Aires;  » porteño  » signifiant  » de Buenos Aires « ). Les quatre pièces sont pleines d’énergie, de dissonances grinçantes et de rythmique percussive. Des interludes lents offrent des sections contrastantes de lyrisme nostalgique. Le schéma vif-lent-vif (sauf celui d’Invernio porteño, renversé) est peut-être le clin d’œil le plus significatif aux Quatre Saisons de Vivaldi, œuvre de son célèbre prédécesseur. Sinon, les Saisons de Piazzolla, non conçues comme un tout, ont peu à voir avec le style ou le concept de Vivaldi. Alors que les Saisons de Vivaldi sont pastorales et littérales (chiens aboyant, oiseaux gazouillant et orages se préparant), celles de Piazzolla sont urbaines, liées à une ville en particulier et dépeignent l’essence de chaque saison plutôt que d’en traduire littéralement les sonorités. Piazzolla écrivit Verano porteño (été) d’abord, en 1965, et compléta les autres segments de 1965 à 1969.

Milonga del ángel, Muerte del ángel, Resurrección del angel, Tango del ángel

Les pièces qui constituent la série  » ange  » (composées entre 1957 et 1965), dont quatre sont reprises ici, sont liées de façon encore plus lâche. L’ensorcelante Milonga del ángel (Milonga de l’ange) est l’une des pièces signature de Piazzolla : apaisante, mais teintée d’un désir ardent, elle colle à la peau. Muerte del ángel (Mort de l’ange) débute et s’achève par une furieuse fugue qui revigore le tango autant qu’elle offre un nouveau souffle à une vieille forme baroque. La ligne de basse chromatique, constante, de Resurrección del ángel (Résurrection de l’ange) évoque le symbole la complainte baroque. Tango del ángel (Tango de l’ange) est tour à tour fonceur et serein.

Oblivion

Piazzolla, également très en demande comme compositeur de trames sonores, composa en 1985 la musique pour le salué El exilio de Gardel du réalisateur argentin de gauche Fernando Solanas. En dépit de sa désapprobation face aux  » opinions discutables  » de Piazzolla envers la brutale dictature militaire des années 1970, Solanas a dû reconnaître que le compositeur  » avait su exprimer l’angoisse, la mélancolie, la nostalgie et la dépression si typiques de l’homme de Buenos Aires « . Oblivion, avec ses lignes enlevées et son accompagnement doucement pulsé, est le sommet de la trame sonore d’un autre film, Enrico IV (1984) de Marco Bellocchio, d’après la pièce de Pirandello.

Alberto Ginastera: Milonga

Alors qu’il travaillait dans les cabarets de Buenos Aires, avant ses études avec Boulanger, Piazzolla a affiné ses dons en suivant les leçons de composition d’Alberto Ginastera (1916-1983), un compositeur argentin célèbre par son habileté à marier la musique folklorique et les techniques modernistes. Les Deux Chants pour voix et piano, opus 3 (1938) de Ginastera, comprennent la souvent transcrite Milonga, dont la mélodie plaintive, soupirante, devient tout à coup enjouée. (La milonga, chant traditionnel argentin, est une autre source du tango.)

Hilario Durán: Contradanza, New Danzon

À sa façon, le compositeur et pianiste cubain-canadien Hilario Durán (1953- ), récipiendaire d’un Juno, a revisité les vieilles formes de sa terre natale. Sa Contradanza, presque une fantaisie, est basée sur une danse collective cubaine du même nom, dont l’ancêtre était la populiste contredanse ( » country dance « ) anglaise. Les musiciens cubains en ont enrichi la forme en y intégrant le rythme de l’habanera avant que la contredanza ne se transforme, à la fin du XIXe siècle, en une toute nouvelle forme de danse, la danzón, devenue danse nationale de Cuba. Dans New Danzon Durán rafraîchit le genre en y insufflant un lyrisme senti, des harmonies jazz et une sophistication taquine.

© 2008 Robert Rival
Traduction: Lucie Renaud

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À propos

Gryphon Trio
AN 6 1016
AN 6 1016

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