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L’HEURE ROSE

On commence à peine à découvrir et enregistrer le répertoire de mélodies françaises de compositrices, pourtant d’une grande richesse. En 2007, alors qu’elle feuillette des partitions rue de Rome à Paris, Hélène Guilmette découvre des pages de Mel Bonis; une véritable révélation. Elle part alors en croisade pour remettre en lumière le travail de ces créatrices plus ou moins oubliées dans un voyage en demi-teintes à travers les 19e et 20e siècles; d’abord en récital puis sur disque avec ce premier opus. Portrait en dix compositrices, qui dénote bien la vitalité et l’originalité de celles-ci.

Filleule d’Alfred de Vigny, la pianiste, organiste et chanteuse Augusta Holmès (1847-1903) a eu la chance d’être encouragée par sa famille plutôt avant-gardiste et de pouvoir rejoindre le cénacle restreint des élèves de César Franck. Elle éditera ses premières oeuvres sous le pseudonyme masculin d’Hermann Zenta. Si son Ode triomphale, interprétée par un immense orchestre sur le Champ-de-mars, a accompagné les célébrations du centenaire de la Révolution française, ses oeuvres ne seront en grande partie redécouvertes que récemment. Imprégnée de Richard Wagner, elle écrit elle-même les textes de ses mélodies, oratorios, symphonies vocales et de son opéra La Montagne noire. Elle est aussi l’auteure du célèbre cantique de Noël Trois anges sont venus ce soir popularisé par Tino Rossi.

Ce sera une audition privée de La Sévillane, en 1882, qui donnera le coup d’envoi à une double carrière particulièrement fructueuse de pianiste et de compositrice de Cécile Chaminade (1857-1944). Invitée à séjourner à Windsor par la reine Victoria et à la table de Franklin Roosevelt (le Philadelphia Orchestra jouera notamment un de ses concertos), elle sera la première musicienne à recevoir la Légion d’honneur en 1913. Ses mélodies (plus de 150) ont été écrites pour honorer un contrat avec son éditeur, montant qui adoucira les dernières années de vie de sa mère.

Mélanie Bonis (Mel Bonis) (1858-1937) devait connaître une carrière passablement moins scintillante. Abordant le piano de manière autodidacte jusqu’à l’âge de 12 ans, elle finira par être présentée à César Franck qui l’accueillera au Conservatoire en 1876. Elle y tombe amoureuse du jeune chanteur Amédée Landely Hettich, mais ses parents mettent fin à ses études pour l’éloigner de lui. Elle mariera plutôt en 1883 Albert Domange, deux fois veuf, de 25 ans son aîné. Délaissant la musique pour se consacrer à l’éducation de ses enfants et beauxenfants, elle ne retrouve l’inspiration que quelques années plus tard, quand sa route croise de nouveau celle d’Hettich. Il l’aidera alors à faire valoir sa musique tout en lui ouvrant les portes des grands éditeurs parisiens. Ensemble, ils auront une fille, Madeleine (1899), dont l’existence restera secrète. En proie au doute et à la culpabilité jusqu’à sa mort, Mel Bonis compose plus que jamais dans les années 1900, sublimant ainsi sa douleur, la transformant en création. Si elle est jouée et chantée dans les salons et aux auditions d’élèves de son vivant, sa musique ne sera que rarement donnée dans les salles de concert. Dans une lettre à sa fi lle datant de 1928, elle écrit : « ma grande tristesse : ne jamais entendre ma musique ». En signant Mel Bonis, elle souhaitait ne pas être reconnue comme femme, mais en tant que compositeur.

C’est à son père ingénieur que Marguerite Canal (1890-1978) doit son éducation musicale et l’immense culture littéraire qui fera d’elle une grande mélodiste. Lauréate en 1920 du Prix de Rome, elle avait été en 1917 la première femme en France à diriger un orchestre. Le musicologue Mario Facchinetti disait d’elle en 1956 : « Marguerite Canal est une compositrice inspirée qui garde à la mélodie française le style de Fauré, Debussy et Duparc, style qui est sobre, noble et pur. »

Mezzo-soprano la plus admirée de son époque, Pauline Viardot (1821-1910) a créé de nombreux rôles dont l’Orphée de Glück (version révisée par Berlioz) dans lequel elle a triomphé à Paris en 1859. Renonçant à la scène en 1863, elle se dédie à la composition et à l’enseignement au Conservatoire national de Paris. Elle a collaboré comme chanteuse, pianiste et compositrice avec Robert et Clara Schumann, Brahms, Liszt, Chopin, Fauré, St-Saëns, Gounod, Massenet, Meyerbeer ainsi qu’avec son « amant-ami », l’écrivain russe Ivan Tourgueniev.

Née à Berlin d’une mère violoniste et d’un père biologiste qui avait étudié avec Louis Pasteur, Wally Karveno (née en 1914) a mené une double vie de comédienne et de concertiste, publié une autobiographie, Madame Quelqu’un, sans négliger pour autant l’enseignement et la composition, qu’elle pratiquait déjà à l’âge de cinq ans. Aussi à l’aise dans les cabarets que dans les plus grands théâtres, elle propose ici une mélodie délicieuse que n’aurait pas reniée Kurt Weill. Presque centenaire, elle vit à Paris et se produit toujours en concert.

Récipiendaire du Prix d’Europe en 1946, la Québécoise Jeanne Landry (1922-2011) a poursuivi ses études à Paris avec Yves Nat en piano, et Nadia Boulanger et Noël Gallon en écriture. Pianiste accompagnatrice exceptionnelle, elle enseignera l’harmonie, l’écriture et l’accompagnement à l’Université Laval de Québec, avant de se consacrer exclusivement à la composition. Elle a notamment laissé plusieurs pièces pour piano et deux cycles de mélodies.

La santé précaire de Lili Boulanger (1893-1918) mettra fin de façon prématurée à sa carrière. Première femme à recevoir le prestigieux Prix de Rome en 1913, elle travaille ensuite au cycle vocal Clairières dans le ciel d’après Francis Jammes. Elle aura le temps de compléter une série de pièces dont son chef-d’oeuvre, Pie Jesu, dicté à sa soeur Nadia, avant qu’elle ne succombe à une tuberculose intestinale.

Nadia Boulanger (1887-1979) se destinait à la composition, son oeuvre la plus connue demeurant le cycle de mélodies Les heures claires, écrite entre 1909 et 1912. Mais, au décès de Lili, elle renonce à l’écriture pour se consacrer à la direction musicale, à la diffusion de l’oeuvre de sa soeur et à l’enseignement, influençant des générations de compositeurs.

Enfant prodige, largement autodidacte, l’Américaine Amy Marcey Cheney Beach (1867-1944) jouait déjà en concert à sept ans Handel, Beethoven, Chopin et ses propres pièces. Seule femme membre de la Second New England School (aussi appelée Boston School), elle signera aussi bien des pages pour piano ou formations de chambre qu’une dizaine de cycles de mélodies pour voix et piano en anglais, en allemand et en français.

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AN 2 9521 Jordan Pal Into The Wonder
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