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AN 2 8786

Jean-Marie Leclair: Six Sonates pour deux violons, op. 3

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 02 février 2018
Numéro de l'album AN 2 8786
Periodes Baroque

Informations sur l'album

Jean-Marie Leclair est né à Lyon (France) en 1697. La musique était manifestement importante au sein de sa famille puisque quatre de ses cinq frères et soeurs sont devenus des musiciens professionnels. Connu sous le nom de Jean-Marie « l’aîné » pour le différencier de son plus jeune frère du même nom, il est considéré le père du violon en France, où il a amené le violon à la même notoriété qu’en Italie et dans d’autres centres. Leclair possédait une bonne formation dans les arts en général, et en plus de la musique, il était lettré et versé en littérature et en danse. Sa première femme était une danseuse et c’est dans ce domaine que Leclair s’est fait remarqué initialement, en 1722, alors qu’il fut nommé danseur principal et maître de ballet pour le Teatro Regio à Turin. Ironiquement, son rôle de danseur en Italie a été important pour sa carrière de musicien. Il a été plongé dans le monde de l’interprétation virtuose et des compositions éclatantes du violon italien, et cette influence a grandement contribué à la progression de sa notoriété comme interprète et compositeur.

Après plusieurs années d’aller-retour entre Turin et la France, la carrière de danseur de Leclair avait laissé place à la musique, et Leclair est rentré à Paris où il a basé sa carrière en musique – celle-ci le menant partout en Europe. Outillé par les prouesses techniques de l’excellente école italienne de violon, il a rapidement démontré au public français que le violon était beaucoup plus qu’un instrument d’orchestre. En restant fidèle aux danses françaises et aux doux rythmes chantants, il a établi une virtuosité française qui n’était jamais flamboyante, mais demeurait réservée et élégante tout en demandant une bonne maîtrise technique. Ses compositions sont colorées de moments de pur génie, de dialogues se développant doucement entre les instruments – parfois tendres, d’autres fois plus combatifs.

Son opus 3, sonates pour deux violons, enveloppe toutes ces qualités avec ses pastorales chantantes, ses gracieuses sarabandes et ses gigues fougueuses. Son écriture mélodique est délicate et précise, bien que dessous la structure harmonique peut parfois être intense et dense, rappelant presque l’orgue. Ces œuvres sont exigeantes et demandent précision et délicatesse, mais toujours dans le but de servir de la grande musique. Le génie de Leclair repose sur son talent à créer des couleurs et des styles qui se développent continuellement. Les deux violons se relaient constamment, chacun continuant un moment tendre, partageant l’humour ou se lançant dans un débat. Les parties du premier et du deuxième violon sont d’égale importance, s’interpellant et s’imitant constamment sans toutefois vouloir être identiques – chaque partie avec son caractère propre et sa contribution. Pour utiliser la métaphore des amoureux imprévisibles, un mouvement dépeint l’apogée de la romance, tandis que le suivant évoque l’argumentation et la chamaille.

Il y a dans ce jeu, un lien avec la vie de Leclair. Après le décès de sa première femme, Leclair a marié sa graveuse, Louise Roussel, qui a gravé et publié toutes ses compositions ; mais, la relation n’a pas duré et les deux se sont éventuellement divorcés. Le divorce a laissé Roussel sans fortune et dépendante de la générosité d’autrui, et a forcé Leclair à déménager dans une petite maison d’un quartier moins que recommandable de Paris. Leclair, familier avec les scandales, avait aussi une relation problématique avec son neveu. Guillaume- François Vial, violoniste, souhaitait que Leclair l’aide à promouvoir sa carrière, mais ce dernier refusa, et, semble-t-il, Vial ne lui pardonna jamais.

Ceci est l’histoire derrière la mort prématurée de Leclair – il a été retrouvé poignardé à mort, à l’extérieur de sa maison, en 1764. Son ex-femme semblait avoir les meilleures raisons pour l’attaquer – elle aurait hérité de sa maison et de ses biens, lui permettant de retrouver une sécurité financière. Peut-être a-t-elle engagé le jardinier qui a trouvé le corps et dont le témoignage était sans cesse inconsistant… ou peut-être que les soupçons devraient être dirigés vers le neveu qui, avec sa colère et son ressentiment, avait la rage pour commettre un tel geste. Le meurtre n’a jamais été résolu, mais ces trois individus demeurent les principaux suspects dans cette affaire.

La musique de Leclair semble être, d’une certaine façon, la métaphore de sa vie et celle-ci nous donne un point d’ancrage pour écouter et jouer ces sonates. L’intimité de deux violons travaillant ensemble dans l’adversité et l’épreuve, dans la romance et la violence semble un bon point de départ pour explorer le caractère de ces œuvres. En espérant que notre approche – d’aller au-delà des défis techniques – transmet une impression de la nature de l’homme et des relations qu’il entretenait.

© Karl Stobbe
Traduction : Sonia Lussier

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À propos

AN 2 9888 Trios Violon Violoncelle Harpe
Karl Stobbe
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