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Informations sur l'album

Sous la direction fougueuse et inspirée de Yuli Turovsky, I Musici de Montréal est un orchestre de chambre prolifique. Il présente ici quatre pièces de Chostakovitch, originalement écrite pour quatuor à cordes et la Symphonie de chambre de Weinberg, compositeur prolifique et membre important de la communauté artistique des années de répression culturelle qui ont marqué les règnes de Staline et Khrouchtchev. En première mondiale, Les Danses fantastiques de Ichmouratov, inspirées des toiles surréalistes éponymes de Natasha Turovsky.

Chostakovitch: Prélude et Scherzo, opus 11

Ces deux pièces (Prélude en ré mineur, Scherzo en sol mineur), de 5 à 6 minutes chacune, ont été écrites en 1924-1925, alors que Dmitri Chostakovitch était encore étudiant au Conservatoire de Leningrad. Bien que conçues à l’origine pour deux quatuors à cordes, Prélude et Scherzo, opus 11 peuvent être jouées par un orchestre à cordes comprenant des contrebasses. Le Prélude est dédié à la mémoire du poète et ami Vladimir Kourtchavov, mort de tuberculose alors qu’il était encore très jeune. Deuil et angoisse imprègnent les première et dernière sections de cette structure tripartite. Le Scherzo foisonne de gestes sonores agressifs, violents et très dissonants qui pourraient peut-être avoir inspiré à Bernard Hermann les sons stridents dans la scène de la douche du film Psycho d’Alfred Hitchcock.

Weinberg: Symphonie de chambre no 1, opus 145

Mieczyslaw Weinberg (on voit aussi: Moïse Samuilovitch Vainberg, ou encore Wainberg) appartient à cette génération de musiciens de l’époque soviétique dont les noms commencent à peine à circuler hors de Russie. Pourtant, ce compositeur que Chostakovitch tenait en très haute estime, avait été non seulement un membre important de la communauté artistique des années de répression culturelle des règnes de Staline et de Khrouchtchev, mais encore l’auteur d’une œuvre importante : 23 symphonies, 7 opéras, des ballets, une soixantaine de musiques de film, 17 quatuors à cordes, plusieurs sonates pour divers instruments, plus de 150 mélodies, etc.

D’origine juive, Weinberg est né en Pologne. En 1939, alors âgé de 20 ans, il fuit les incursions meurtrières nazies pour se réfugier d’abord à Minsk (alors en Biélorussie, aujourd’hui au Bélarus), puis, deux ans plus tard, encore plus à l’est, à Tachkent (en Ouzbékistan). En 1943, à l’invitation de Chostakovitch, il s’établi enfin à Moscou où il passera majeure partie de sa longue vie. Ainsi, ne faut-il pas s’étonner qu’ayant surtout vécu en Russie, Mieczyslaw Weinberg soit généralement considéré comme un compositeur russe.

Le musicologue Per Skans (1936-2007), spécialiste de l’école russe du 20e siècle, considère que Weinberg a puisé autant à la veine populaire folklorique qu’à la technique savante dodécaphonique.  » Mais il faut voir en Dmitri Chostakovitch, l’influence majeure qui gouverne son œuvre. Non seulement est-il pour lui un collègue et ami, mais encore a-t-il vu en lui l’image du père spirituel et du guide à propos duquel il a pu dire : « Bien que je n’aie jamais reçu une leçon de lui, je me considère son élève, sa chair et son sang.” « 

En 1987, après avoir inscrit 19 symphonies à son catalogue, Weinberg compose la première de quatre symphonies de chambre. Dans cette œuvre tardive, l’écriture instrumentale et mélodique rappelle à l’évidence le Chostakovitch des quatuors à cordes. Cependant, c’est davantage au Stravinski néoclassique, celui de la Symphonie en ut de 1940, que fait penser le premier thème de l’Allegro d’ouverture de la Symphonie opus 145. Ici, la parenté est si frappante que l’on croirait à un pastiche. Chez Weinberg cependant, cette petite cellule de trois notes s’avère aussi utile au développement thématique que chez Beethoven le motif de quatre notes de la Cinquième Symphonie . Enfin, alors qu’avec humour Weinberg prend plaisir à multiplier les écarts harmoniques, c’est à Prokofiev qu’en cela il est redevable. Mais dans l’ensemble, l’agencement des éléments atteint une transparence qui s’accompagne d’une humeur joyeuse que vient brouiller ici et là une impatiente énergie.

Marqué Andante, le second mouvement s’amorce sur un rythme de marche à la basse au-dessus duquel se déploie lentement un thème plaintif qui se développe et s’amplifie pour aboutir à un climax. Vient ensuite un interlude élégant, bien que d’allure bondissante, qui mène à une troisième partie qui fait la synthèse des deux premières.

Sorte de danse fantomatique, le troisième mouvement se construit avec des éléments sonores venus d’un autre monde. Un bref Presto final se propulse avec une énergie irrépressible et une vivacité pleine de jeunesse.

Ichmouratov: Danses fantastiques, opus 15

Airat Ichmouratov a entrepris sa formation musicale au Conservatoire d’état de Kazan par l’étude de la clarinette. Il a joué dans plusieurs formations instrumentales du Tatarstan, son pays natal, avant de venir compléter une Maîtrise à la faculté de musique de l’Université de Montréal. En 2000, il fondait le Trio Muczynski (piano, violoncelle et clarinette), nommé en hommage au compositeur américain Robert Muczynski (né à Chicago en 1929), ensemble qui a notamment remporté le premier prix de sa catégorie et le Grand Prix du Festival national de musique (Canada) en 2002, ainsi que le premier prix au 8e Concours international de musique de chambre à Cracovie (Pologne) en 2004. Par ailleurs, l’obtention d’un doctorat en direction d’orchestre de l’Université de Montréal a ouvert de nouvelles avenues à la carrière d’Airat Ichmouratov; il dirige maintenant au Canada et en Russie, en juillet 2007, il a été nommé chef en résidence des Violons du Roy de Québec.

Les Danses fantastiques, une commande d’I Musici de Montréal, ont été créées le 20 décembre 2007 devant un public enthousiaste rassemblé à la Salle Pollack de Montréal. Les trois danses s’inspirent de trois toiles surréalistes éponymes de Natasha Turovsky. La première,  » Audition of the Muses by an Uninspired Artist «  (Audition des muses par un artiste en panne d’inspiration), se distingue par son caractère narratif : plusieurs thèmes se font entendre qui à la fin ont cédé leur place à un seul motif d’allure martiale. La  » Valse «  (Waltz), s’inspire du deuxième mouvement de la Neuvième Symphonie de Chostakovitch – Ichmouratov décrit cette danse comme une  » fantaisie libre  » sur le thème principal du Moderato de Chostakovitch.  » The Race «  (La course) est, comme on pourrait s’y attendre, rapide et virtuose.

Chostakovitch: Deux pièces pour quatuor à cordes

Ces deux pièces sont des transcriptions pour quatuor à cordes de morceaux provenant de sources diverses. Élégie, en fa dièse mineur, est l’adaptation de l’aria de Katerina (scène 3 du premier acte) de l’opéra Lady Macbeth du district de Mzensk et la Polka, en si b majeur, est extraite du ballet L’Âge d’or. Chostakovitch a réalisé ces transcriptions en une même soirée de 1931 et les a présentées le lendemain matin à 6 heures comme cadeau surprise au Quatuor Jean-Vuillaume de Kharkov, alors en tournée, qui s’apprêtait à quitter l’hôtel dans lequel le compositeur résidait pour des vacances productives à Batumi, en Géorgie. (Elles ont donc été réalisées avant le Premier Quatuor à cordes de 1938.) L’Élégie de Katerina est une profonde lamentation sur l’ennui abrutissant et la souffrance oppressante endurés par cette femme intelligente et énergique, face à l’indifférence de son mari marchand dans la Russie féodale. En total contraste, la Polka montre Chostakovitch sous un jour hautement humoristique et sardonique.

© Robert Markow
Traduction de Lucie Renaud

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AN 6 1039
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